jeudi 17 mars 2011

L'affaire Dany Leprince devant la Cour de révision

Condamné il y a quinze ans à la perpétuité pour un quadruple meurtre sanglant, il a toujours clamé son innocence...
Pendant seize ans, on l’a appelé le «Boucher de la Sarthe». Mais aujourd’hui, Dany Leprince pourrait bien devenir un simple innocent qui a passé seize ans en prison. Condamné à la perpétuité pour un quadruple meurtre sanglant commis en 1994, cet agriculteur comparaît, ce jeudi à 9h, devant la Cour de cassation qui siègera pour l’occasion en Cour de révision. Si elle estime que les faits nouveaux présentés par la défense sont «de nature à jeter un doute sur la culpabilité du condamné», la plus haute juridiction française a le pouvoir de convoquer un nouveau procès d’Assises, plus de quinze ans après les faits. Et des «doutes», il semble y en avoir. En juillet dernier, déjà, Dany Leprince a bénéficié d’une suspension de peine exceptionnelle en raison des éléments incohérents soulevés par son comité de soutien. Car, dans cette affaire, Dany Leprince n’a été condamné sur la foi d’aucune preuve matérielle. Juste sur celle de trois dépositions à charge, déposées notamment par sa fille et son ex-femme.


Quatre meurtres à coups de hachoir


A l’époque, Dany Leprince vivait, à Thorigné-sur-Dué, juste à côté de la maison de son frère. Jusqu’à ce matin de septembre 1994. Inquiets de ne pas voir arrivé Christian Leprince et son épouse Brigitte au travail, leurs proches se rendent chez eux. Dans la maison, c’est un spectacle d’horreur. Les deux adultes gisent sur le sol, atrocement mutilés. Leurs deux filles, Sandra 10 ans et Audrey, six ans, sont également découvertes mortes dans les étages. Seule la petite Solène, 2 ans, est miraculée dans cette bicoque couverte de sang du sol au plafond.


Les victimes auraient été tuées à l’aide d’une «feuille de boucher», une sorte de hachoir utilisé par les professionnels. Or, Dany Leprince travaille justement de nuit dans une entreprise de boucherie car il n’arrive pas à subvenir aux besoins de sa famille avec son seul métier d’agriculteur. Arrêté et mis sous pression par les enquêteurs, il avoue le meurtre de son frère avec qui il avait un litige financier. Mais pas les autres. Rapidement, il se rétracte et nie tout en bloc. Insuffisant : la Cour d’assises le condamne à la prison à perpétuité.


Nu dans sa cellule pour clamer son innocence


Depuis sa cellule, Dany Leprince ne cessera plus de clamer son innocence. En 2007, il décidera même de rester totalement nu pour protester contre sa condamnation. A l’extérieur, son comité de soutien s’active. Roland Agret, le président de l’association Action justice, refait l’enquête. Il rappelle que, dans la maison, deux ADN masculins n’ont jamais été identifiés (ils ne correspondent pas à celui de Dany Leprince) et surtout on a retrouvé une trace de pas dans une mare de sang. Les chaussures de type Doc Martens étaient de taille 41. Or, Dany Leprince chausse du 45… «A l’époque, il n’a pas eu le droit à un procès équitable. Tous les éléments prouvent qu’il est innocent». Car le temps a aussi permis de délier les langues. Celle de son ex-femme, notamment, personnage trouble de l’affaire qui est revenu à plusieurs reprises sur ces déclarations. Et la dernière en date, fait froid dans le dos. Face à l’expert psychiatre, elle a déclaré : « Je me demande finalement si je n’ai pas fait quelque chose. J’ai peut-être tué quelqu’un. Je l’ai dit à mon avocate ». Avec tous ces nouveaux éléments, la Cour de révision devra donc dire, ce jeudi, si Dany Leprince a le droit à un nouveau procès. La décision sera mise en délibéré.


http://20min.fr/a/688496

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