Lundi, la jeune femme est allée déposer plainte pour deux passages à tabac successifs, le 24 avril et le 1er mai. Coups de poings, de tabouret, projetée la tête contre le mur, elle aura même le tranchant d’une hache appliqué sur la gorge.
Enceinte de quelques jours, ils se sont disputés « parce qu’il voulait que j’avorte », dira-t-elle dans un premier temps, évoquant même la terrible correction que Naceredine lui aurait administrée « avec des cailloux » lors d’un séjour en Algérie. Mais deux jours plus tard elle se rétracte, dit qu’elle a menti, pour se venger, parce qu’il tchatait sur des sites de rencontres. Et lui, d’une voix plaintive, abonde en ce sens : « Je ne l’ai pas touchée ! »
Que croire ? Le rapport du médecin légiste peut-être qui, en trois pages que lit intégralement le président Depoulon, énumère la lancinante kyrielle de traces de coups relevés sur le corps de la jeune femme, les bras, les cuisses, le dos et ce poignet fracturé d’une torsion. D’autant plus que leur ancienneté et leur morphologie correspondent très distinctement aux déclarations de ses sévices faites aux policiers, par la victime, avant de retirer sa plainte.
Mais rien n’y fait, même le témoignage de la propre sœur de Mina, expliquant que, depuis qu’elle connaît cet homme, cette femme au caractère bien trempé est devenue « triste », a « maigri », « perdu son travail » et justifie les bleus que remarque sa cadette par des chutes elle qui ne se cognait jamais. Au tribunal, lors de la comparution immédiate, elle affirme désormais que c’est « un homme » dont elle ne « connaît pas le nom » qui l’a agressée par deux fois. « Il ne s’est rien passé en Algérie non plus ! », assure-t-elle, chancelante, d’une voix morne, à la barre, « je regrette et je m’en veux. »
Au désespoir, le président renonce à interroger plus avant un couple si uni et passe la parole au procureur. Chacun sait, dans le prétoire, que cette situation de déni n’a rien d’étonnant. C’est même une constante chez les femmes battues passant de la détestation à la réconciliation, endossant la culpabilité de leur infortune. « C’est un scénario classique mais le dossier est parlant. Madame est bien la victime de violences graves et réitérées par un homme qui se livre régulièrement à des violences sur ses compagnes. On ne peut plus lui accorder de nouvelle chance car ce soir, demain ou dans quelques jours, cela va se reproduire. » Il requiert la peine plancher de deux ans ferme avec mandat de dépôt.
« Que dire dans cette situation. La difficulté est de fournir la preuve des faits », note Me Liard, le défenseur de Roumane qui note que « mon client nie les faits alors qu’auparavant, il les a toujours reconnus. »
Cela ne suffit pas à convaincre le tribunal qui le condamne à la peine de deux ans ferme. « C’est trop monsieur. C’est moi qui dois payer. J’ai tout inventé », implore une petite voix au fond de la salle.
http://www.estrepublicain.fr/fr/24-heures-doubs/info/5046994-Besancon-la-brute-l-amoureuse-et-le-legiste
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