vendredi 6 mai 2011

« Une pluie de dessins tapissait sa porte »

Depuis hier et jusqu’à ce soir, la cour d’assises du Haut-Rhin juge Yvan Vorburger, un Colmarien de 50 ans, accusé de viols et d’attouchements sur quatre garçons. L’affaire n’est pas née de plaintes des victimes, trop honteuses, diront-elles, pour en parler à qui que ce soit. Elle s’ouvre en septembre 2006 à partir d’un signalement des autorités néerlandaises enquêtant sur des images pédopornographiques. Yvan Vorburger est identifié comme un des internautes de ces sites et interpellé deux ans plus tard.
Perquisition est faite, révélant des images, des vidéos. Le Colmarien parle spontanément de films qu’il a réalisés lui-même avec de jeunes garçons. Des garçons de 8 à 12 ans qu’il rencontrait dans le cadre de sa profession d’animateur et qu’il a agressés sexuellement, violés et filmés. Les histoires se sont enchaînées, un garçon remplaçant l’autre dans le lit et dans le cœur de l’accusé entre 1989 et 2008.
Yvan Vorburger reconnaît d’une voix faible, même si jamais il ne prononcera le mot « viol ». Il raconte comment les choses se sont élaborées, toujours « le même processus ». L’accusé « se lie d’amitié » avec un enfant ; va voir ses parents pour leur proposer une aide aux devoirs pour leur fils ; leur propose aussi de prendre le garçon les week-ends chez lui, ou plutôt chez sa mère avec laquelle il vit.
L’accusé parle d’« amour », de « sentiments ». Il affirme que les enfants se disaient « fous amoureux » de lui, qu’à l’époque il y croyait. « Aujourd’hui, je crois que ce n’était pas possible. » Des phrases interloquantes sortent : « À un moment, M. n’a plus voulu me voir. Je ne comprenais pas. J’ai appelé son père. Je ne sais pas s’il a réussi à le convaincre de revenir vers moi… »
Les victimes sont venues témoigner, confirmant les dires de leur agresseur. « Il ne m’a jamais forcé, indique l’un en réponse à une question du défenseur M e Allouche. Si je ne voulais pas, il me faisait la tête. »
Mais ils parlent aussi de leur « peur », de leur culpabilité. « Je pensais que c’était ma faute. » Un jeune homme raconte comment, après avoir pris conscience que « ce n’était pas normal », il a monté une stratégie d’évitement. « J’ai trouvé des excuses pour le voir moins, puis plus. » Pourtant quelques années plus tard, ce même garçon devenu père, va revoir son agresseur, en fait le parrain de son fils. « Ce sont mes parents qui l’ont proposé ; je n’ai pas osé dire non de peur qu’ils sachent la vérité… »
« Vous avez dû déployer beaucoup d’énergie pour cela », commente le représentant du ministère public Laurent Guy.
La première partie de la journée a été consacrée à la personnalité et au parcours de l’accusé. Ce dernier s’est souvent positionné en victime ou en mouton noir. Il a mis en avant un père alcoolique et violent ; un camarade qui le rackettait ; affirme avoir connu avec un copain une agression pédophile (le copain a nié fermement) ; parle d’un enseignant qui était « très méchant » avec lui ; se plaint de « l’enfer » de la détention…
Cet homme, qui a arrêté ses études au collège, s’est converti dans l’animation tardivement après un licenciement. Il a exercé ce métier de 1989 à 2001, puis seulement pendant les étés. Un parcours émaillé de signes avant-coureur : un licenciement lors d’une colonie ( « Il avait une relation excessive, possessive avec les enfants. Il avait le don de les envoûter », dira la directrice) ; un signalement de la part d’un directeur d’école (« Il rendait les enfants affectivement dépendants de lui »).
Un animateur déclarait : « Certains enfants l’idolâtraient. Une pluie de dessins tapissait la porte de sa chambre… »
http://www.lalsace.fr/actualite/2011/05/06/une-pluie-de-dessins-tapissait-sa-porte

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