mercredi 8 juin 2011

Affaire Berkmans : un accusé prisonnier d'une « stratégie défensive délibérée »

Il est le dernier de la vingtaine de témoins cités pour ce procès. Le docteur Delannoy s'est penché sur le profil psychologique de Mohamed Medjahed.

Lui aussi paraît bien démuni devant cet homme qu'il a trouvé, comme son confrère psychiatre, bien « singulier ». Un vrai mystère que ce meurtrier présumé de Sophie Berkmans qui répète à l'envi, depuis lundi devant la cour d'assises du Nord, qu'il est innocent. « Il se décrit comme un brave type dont les ennuis de santé auraient pourri la vie. » Vertiges, vomissements, ulcérations, dépression... Mohamed Medjahed ne manque jamais une occasion de revenir à ces pathologies qui l'ont miné au cours de ces vingt ou trente dernières années. Sauf qu'elles ne résistent pas à l'examen clinique et encore moins aux relevés de la Sécurité sociale, qui ne mentionnent, de sa part, pas ou très peu de visites chez le médecin... Fausse « hypocondrie » lui sert plutôt « à se dégager de ses responsabilités ».
L'évitement, le grand classique semble-t-il de cet inactif professionnel, sans travail depuis la fin des années 80 (« C'était trop dur »). L'analyste ne dit pas autre chose : « Il est incapable d'assumer la responsabilité de ses actes ». D'où cette « stratégie défensive délibérée au bout d'un long parcours de vie dominée par l'échec, l'errance, la paupérisation... ».
Personnalité « autocentrée », il ne peut être que la victime. Dans l'affaire qui nous concerne, Mohamed Medjahed est apparu sans une once d'empathie pour l'autre victime, la vraie, Sophie Berkmans, ni même les autres victimes, collatérales, la famille. « Il se dit victime des antécédents judiciaires... » Actes passés dont il dilue d'ailleurs la responsabilité dans une période troublée par l'alcool.
Un peu perplexe - comme chacun des observateurs de ce procès - devant des faits « d'une violence inouïe », pourtant entourés d'un si grand mystère, la présidente Anne Cochaud-Doutreuwe usera avec son interlocuteur sa dernière cartouche pour tenter de le percer. « Mais enfin, si passage à l'acte il y a eu, comment l'expliquez-vous ? » Un coup d'épée dans l'eau, avec un expert bien obligé d'avouer son impuissance : « Je ne sais pas, je n'ai pas d'éléments ».
C'est bien là l'autre drame de cette affaire. La culpabilité ou l'innocence de Mohamed Medjahed, que la cour énoncera aujourd'hui, n'apportera à l'iceberg de questions qu'elle a soulevé qu'une réponse imparfaite. Mais ne dévoilera rien de plus sur sa partie immergée.
http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Valenciennes/actualite/Valenciennes/2011/06/08/article_affaire-berkmans-un-accuse-prisonnier-d.shtml

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