mercredi 15 juin 2011

Assises / Les témoins évoquent «une vision d'horreur»

REIMS (Marne) Depuis hier, Bara Kasse Codevelle comparaît devant la cour d’assises de Reims pour tentative d’homicide volontaire aggravé. Il fait face à sa victime, Sélima Belhadi, une jeune femme de 22 ans, poignardée à 49 reprises et sauvée d’une mort certaine par l’intervention simultanée des policiers et pompiers rémois.

«IL y avait du sang partout. C’était une vision d’horreur… » Hier après-midi, tour à tour, les témoins, policiers et sapeurs-pompiers, ont évoqué la scène, telle qu’ils l’ont vécue ce 13 mai 2009 dans cet appartement au 7e étage du 18, allée des Bourguignons, dans le quartier Croix-Rouge à Reims (notre édition du 13 juin). De ces quelques minutes où la vie de Sélima Belhadi a failli basculer dans le vide.
Avec douleur, les larmes coulant sur ses joues, Sélima Belhadi, aujourd’hui âgée de 22 ans, a fait face à son agresseur, revivant avec courage la scène vue par les différents protagonistes : policiers, pompiers, enquêteurs… Des policiers appelés ce 13 mai pour un différend conjugal avec une personne blessée par arme blanche. Ils vont re-situer les événements de la soirée. Du moment où ils vont pénétrer dans l’appartement jusqu’au sauvetage inespéré de la jeune femme.

« Il préfère mourir »

Ce soir-là, toutes les portes sont ouvertes, sauf celle de la chambre au fond du couloir où le prévenu s’est réfugié avec sa victime. Policiers et pompiers vont tenter de le calmer, de le raisonner. En vain. Il va insulter les policiers, menacer de se jeter dans le vide avec sa victime. Et les témoins d’évoquer un homme « agressif », « surexcité »…
« On entendait gémir la victime de l’autre côté de la porte », ajoute cette policière. « Elle disait qu’elle ne pouvait plus respirer, qu’elle allait mourir. »
Policiers et pompiers vont alors convenir d’une stratégie commune et coordonner leurs interventions. Il faut attendre l’arrivée de la nacelle avant de bouger. Ils vont tenter à nouveau de raisonner le prévenu…
Tous racontent la même scène et témoignent d’un homme « énervé » qui refuse de parler aux policiers, hurle aux pompiers de prendre en note son « testament ». Il « préfère mourir que d’aller en prison ».
L’ordre de défoncer la porte est donné… Aussitôt Bara Kasse Codevelle se jette dans le vide, avec sa victime dans les bras. Ils seront sauvés « in extremis ».
« Il était à califourchon sur le balcon. Il tenait la femme dans ses bras… Il a basculé dans le vide avec elle. Nous avons juste eu le temps de les rattraper », se souviennent les policiers. Il va s’agir alors de maîtriser Bara Kasse Codevelle qui refuse de se laisser interpeller, frappe un policier… bien déterminé à se jeter dans le vide.
Hier, il s’agissait pour la cour de déterminer les circonstances exactes du sauvetage. La position de la nacelle au moment où le couple bascule dans le vide.



Coup de folie ?

Les gestes, les mots, le comportement du prévenu. Les paroles de la victime… Etait-elle consciente, inconsciente ? Etait-il agressif, excité ? Avait-il conscience de ses actes ? Avait-il l’intention de se jeter dans le vide avec elle ? A-t-il ou non simulé la crise d’asthme qui a suivi son interpellation ? Voulait-il vraiment mourir avec Sélima ou tout simplement échapper à la police ? Etat de choc ou comportement délibéré ?
Les événements qui vont suivre son interpellation seront également examinés à la loupe. Les enquêteurs vont alors aborder la difficile garde à vue du prévenu, qui sera entravé du fait d’une certaine violence envers lui-même et d’une volonté manifeste de « mourir ». Seul avec son médecin, il ingérera l’équivalent d’un verre de détergent engendrant une hospitalisation. Pour Me Ludot, avocat de la partie civile, l’intention criminelle ne fait pas de doute. Pour Me Hachouf, avocat du détenu, il s’agit d’expliquer son geste par l’amour passionnel qu’il portait à sa compagne.
Aujourd’hui, la cour entendra les différents experts psychiatriques, ainsi que le témoignage de la victime, qui est restée consciente tout au long des événements… Bara Kasse Codevelle encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
http://www.lunion.presse.fr/article/region/assises-les-temoins-evoquent-%C2%ABune-vision-dhorreur%C2%BB

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