mercredi 15 juin 2011

Assassinat à coup de barre de fer : « Je ne voulais pas çà ! »

Assises du Doubs. S’il admet avoir frappé à mort son ex-associé dans une rue d’Audincourt, René Wetzel 52 ans, assure qu’il voulait seulement saccager sa voiture quand un « sourire narquois » de la victime a tout fait déraper.
Oubliées la teinture blonde et la barbe dont René Wetzel s’était affublé lors de sa courte cavale dans l’ouest en 2008. Devant les jurés de la cour d’assises du Doubs, le quinquagénaire est redevenu lui-même avec quelques traits couleur sel dans sa chevelure noire et quelques années de plus.
Mais la pugnacité de l’ancien karatéka de haut niveau, ancien chef d’entreprise, est toujours perceptible. Il comprend qu’on l’accuse d’avoir assassiné son ex-associé Philippe Courtois, 36 ans. Mais il conteste aussitôt l’intention criminelle et d’autant plus la préméditation. « Je n’ai jamais voulu çà ! »
Durant toute cette première journée d’audience, hier à Besançon, l’homme s’en tient à cette version du drame.
Oui, ce matin du 22 octobre 2008, sous le regard consterné de dizaines de témoins dans un rond-point très fréquenté d’Audincourt (Doubs), il a bien frappé la victime à la tête. Au moins quatre coups d’un tuyau métallique, assénés avec acharnement, qui n’ont laissé aucune chance au malheureux. Cette matraque en fer, il l’avait « toujours » avec lui dans sa voiture de service lors de ses tournées nocturnes d’entreprises de sécurité dans les cités. « Pour impressionner les p’tits jeunes… », indique l’accusé.
Et ce matin-là, le tuyau n’était destiné à l’entendre qu’à « la voiture » de sa victime. Une Citroen C6 rutilante symbole de la réussite de son ex-associé qui l’avait évincé, une « voiture de ministre » qui le renvoyait lui à son échec et qui symbolisait tous ses maux.
Mais sur la chaussée humide, « tout est parti en vrille ». René Wetzel assure n’avoir pas tamponné volontairement la Citroen qu’il suivait de près. C’est « un imprévu, mon 4x4 a glissé ».
Mais à la suite du petit choc, Philippe Courtois est sorti de son véhicule en même temps que lui. « Il n’y a pas eu de parole. Quand il m’a reconnu, il m’a fait ce petit sourire narquois dont il avait l’habitude. J’ai pété les plombs et je l’ai frappé au visage… le bruit du carrefour les cris… Après c’est le trou noir. » Sur le banc des parties-civiles, la veuve de la victime balance sa tête dans ses mains en signe de dénégation.
Son avocat, Maître Robert Bauer ne croit pas un mot de ce récit. S’il voulait seulement s’en prendre à la voiture pourquoi ne l’a-t-il pas fait le matin même alors qu’il était à l’affût devant la maison du couple Courtois ? « Parce qu’il n’était pas là pour voir. Je voulais qu’il ait peur » Tout aussi dubitative, l’avocate générale, Thérèse Brunisso, l’interroge sur sa fuite, préparée depuis plusieurs jours, sa cavale qui l’emmène chez sa maîtresse près de Royan.
Et pourquoi ce changement de look et d’identité lorsque les enquêteurs se présentent ? « Je voulais prendre une autre personnalité car ce que j’avais fait était surréaliste. Je ne me supportais plus ». René Wetzel a réponse à tout et une seule ligne de conduite. Il voulait s’attaquer aux biens de son associé, pas à lui-même, mais tout a dérapé.
Si préméditation il y eut c’était celle de tirer un trait sur ce passé.
En plus du différend qui les avait conduits devant les prud’hommes, il accumulait les déboires comme le relèvent ses avocats Maîtres Uzan et Schwerdorffer.
En l’espace de quelques semaines, l’ex-chef d’entreprise venait de plonger dans une profonde dépression et de découvrir que sa compagne le trompait avec son meilleur ami…
« C’est un homme humilié, démoli qui apprend en outre le samedi précédent le drame qu’il est interdit bancaire ». Le duo d’avocat s’efforce au gré des témoignages de montrer que la sauvagerie de leur client était imprévisible et imprévue ce matin-là.
Commettre un tel acte sous les yeux de dizaines de témoins ne ressemble pas à cet homme « connu et reconnu dans les milieux de la sécurité comme un excellent professionnel mais un piètre gestionnaire ».
Un enquêteur concède qu’il n’a pas cherché à « brouiller sa piste sur les faits mais il l’a fait sur sa fuite » L’accusé a quand même annoncé à un proche avant le drame qu’il détruirait son portable « Je ne pense pas qu’il aurait prévu cela pour un simple saccage de voiture ! »
D’évidence, la défense s’oriente vers le coup de folie.
L’audition des experts qui ont évoqué des traits de personnalité paranoïaque et une « altération du discernement » sera au cœur des débats aujourd’hui au tribunal de Besançon avant les réquisitions et plaidoiries prévues vendredi.
http://www.leprogres.fr/jura/2011/06/15/assassinat-a-coup-de-barre-de-fer-je-ne-voulais-pas-ca

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