jeudi 16 juin 2011

Infanticide (Assises) / Les terribles aveux d'une mère exténuée

Laurence Godbille, âgée de 36 ans, accusée d'avoir tué son bébé âgé d'un mois en avril 2007 en Thiérache, connaîtra son sort aujourd'hui. L'accusation considère que le geste était délibéré et va requérir de la prison ferme.

«JE N'AI jamais voulu tuer mon fils. J'y pense tous les jours. J'ai juste voulu qu'il arrête de pleurer. Je me sens responsable de sa mort mais je ne pouvais rien dire », dit l'accusée. Elle s'exprime debout, mais sa petite silhouette fait songer immanquablement à une adolescente perdue au milieu des adultes et longtemps emmurée dans son secret.
La mort du nourrisson s'est déroulée vers cinq heures du matin le 21 avril 2007 à La Neuville-lès-Dorengt. Ce n'est que onze mois plus tard, lors d'une garde à vue chez les gendarmes, que Laurence Godbille avoue avoir pressé le crâne de Brandon contre les draps. Une attitude commandée par une extrême lassitude, celle d'être une mère de cinq enfants qui se cogne à la vie, soudainement lassée d'être une servante. Le mari est décrit comme le monarque de ce royaume misérable. Sa tiare, ce sont ses chaussons. Il règne sur la télévision sans être un despote.
« C'est une bonne épouse, une bonne mère », dit-il à propos de sa femme avec laquelle il ne parle pas. Tous les jours, il se lève à 4 h 30 pour aller travailler dans une usine d'équarrissage. Il est courageux, ne ménage pas ses efforts de salarié. Chez lui, il se transforme en rentier. C'est le statut du mâle adopté par habitude. Les débats visitent la condition féminine. Devenir mère consiste à devenir employée de toute la famille.
La vie n'est pas facile. Personne n'aide l'autre dans ce coin isolé de Thiérache oublié des transports en commun. Le rôle de ménagère, d'infirmière, de cuisinière, de chauffeur, est dévolu à l'épouse.


Pas de miracle

« Pourquoi ne l'aidez-vous pas ? » l'interroge Me Moreau, avocat de l'accusée, d'une voix douce à cet homme qui n'est pas un tyran, juste un mari, comme bien d'autres. Il n'a pas vu que sa moitié travaillait pour deux.
Le couple vit enlisé dans ses silences. « Quand il n'y a pas de mots, il y a des actes », remarque la présidente, Isabelle Seurin. Une phrase qui résume finalement cette affaire dont l'épilogue s'écrit aujourd'hui avec les réquisitions et le verdict. Il faut une cour d'assises pour qu'enfin l'épouse s'adresse pour la première fois à son époux. « Je voudrais qu'il se bouge plus, qu'il s'occupe des enfants. » Le papa pleure silencieusement. Le prix de ce manque de dialogue est élevé, c'est la vie de Brandon, âgé d'un mois, une victime par ricochet. Le bébé pleure dans la nuit. Ses pleurs résonnent comme une agression pour la mère exténuée, prête à tout pour un peu de sommeil.
« C'était involontaire », dit-elle en indiquant qu'elle comptait bien retrouver son bébé vivant le lendemain matin. Mais il n'y a pas eu de miracle.
http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/infanticide-assises-les-terribles-aveux-dune-mere-extenuee

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