vendredi 10 juin 2011

Par amour pour son mari, elle sacrifie sa fille victime d'agressions sexuelles

Ça suffit, vous n'avez qu'à penser ce que vous voulez, je ne dis plus rien ! » Poussée dans ses retranchements par la procureur Bozzolo, la prévenue fond en larmes et détourne la tête.

Il faut l'intervention de la présidente pour ramener un peu de sérénité dans cette affaire d'agressions sexuelles où la mère est poursuivie pour non dénonciation et reprendre l'instruction d'audience. Ce que le parquet et les juges voulaient comprendre c'est si oui ou non la mère s'était-elle rendue compte de ce que subissait sa fille de la part du beau-père. Et pourquoi n'a-t-elle pas dénoncé plus tôt de tels agissements ? Par amour certainement, tant les sentiments qu'éprouvait l'épouse étaient forts. Au point de « sacrifier » sa fille. Peut-être bien.
Les époux font connaissance sur Internet. Mais les hauts murs du centre de détention de Bapaume où l'homme purge depuis 1997 une peine de vingt-cinq années de réclusion pour meurtre et braquage, n'empêchent pas le couple de s'aimer. Le 15 mai 2004, ils se marient derrière les barreaux. Quand en septembre 2005, l'homme sort en liberté conditionnelle, il trouve chez son épouse le domicile rêvé. Mais les choses tournent vite mal. Un soir que le couple et la fille de madame sont sur le canapé, l'épouse croit voir son mari faire des caresses sur les fesses de la petite âgée de dix ans. Elle ne dit rien. Un autre jour, la petite descend de l'étage apeurée demandant pourquoi son beau-père vient dormir dans son lit. Les adultes ont une dispute et on en reste là. Pour en avoir le coeur net, la mère installe une petite caméra de surveillance dans la chambre de sa fille, et depuis une autre pièce assiste à des agressions sexuelles de son époux. Il se masturbe devant la petite, la caresse. Elle déboule dans la chambre et demande des explications. S'en suit une violente dispute familiale. Les gendarmes sont appelés. Elle ne dépose pas plainte pour les violences et encore une fois tait les agressions sexuelles sur sa fille.
Du coup, l'homme n'est même pas renvoyé en détention ! Et la vie continue... Ce n'est que plus tard, qu'elle se décide à alerter les gendarmes et à leur remettre la fameuse bande vidéo où on voit l'agression : pas pour protéger sa fille, croit comprendre le tribunal, plutôt pour punir son mari qui voyait une autre femme. Littéralement accro à son mari, elle ne coupe pas pour autant les ponts : elle retourne le voir deux fois par mois en détention... avec ses trois enfants (car le couple a eu entre temps deux enfants). Et les agressions sexuelles sur la malheureuse se poursuivent au parloir tandis qu'elle est assise sur les genoux de son beau-père. « Vous vous êtes même proposée de l'accueillir pour des permissions de sortie alors que vous saviez ce qu'il avait déjà fait », constate la présidente, incrédule. « Même si j'avais peur, j'avais envie d'y croir e. Si je suis allée le voir au parloir, c'est parce que j'avais besoin de l'entendre avouer ce qu'il avait fait », se justifie la prévenue entre deux sanglots. « Vous vous rendez compte qu'il y a un défaut de protection des enfants ? », demande la procureur. « Mais il ne les frappait pas », répond benoîtement la prévenue. Amoureuse, éperdument, quitte à ne pas voir ou vouloir voir la réalité. C'est en substance ce que retient la substitut du procureur qui secoue encore une fois la prévenue dans ses réquisitions pour lui ouvrir les yeux. « Au lieu de dénoncer les faits, vous les avez enfouis. Votre mari est un individu perdu pour la société il a lui même avoué être attiré par la petite fille alors qu'elle n'avait que 10 ans ! » L'agresseur, qui a refusé son extraction du centre de détention, a été condamné à cinq ans de prison ferme avec interdiction de rencontrer la victime. La mère indigne écope d'un an avec sursis et mise à l'épreuve de trois ans : outre l'obligation des soins psychologiques, elle a l'interdiction de rentrer en contact avec son futur ex-mari. Si elle se décide... à divorcer.
http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Arras/actualite/Secteur_Arras/2011/06/09/article_par-amour-pour-son-mari-elle-sacrifie-sa.shtml

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