vendredi 10 juin 2011

Procès Colonna: Dupond - Moretti sort " une nouvelle lettre " !

C’était le moment le plus attendu de cette journée de reprise, après une courte escapade lundi à Ajaccio pour la reconstitution : la cour devait se prononcer ce mercredi sur cette fameuse lettre, transmise il y a 10 jours par Christian Lothion. Le directeur central de la PJ affirmait qu’un informateur « digne de foi » lui avait fait parvenir cette missive, dans laquelle Yvan Colonna menaçait Pierre Alessandri et, après avoir avoué qu’il n’avait pas vu l’original, il avait fourni une copie de la lettre, non sans consentir qu’on pouvait « tout faire avec une photocopieuse… ».
Après avoir expliqué durant trois jours, que leur client avait bien écrit ce courrier, les avocats de la défense avaient opéré une brusque reculade et remis en question l’authenticité de ces quatre pages rédigées en corse. Dans la foulée, ils avaient demandé à ce qu’elles soient écartées des débats. Hier, la cour a débouté la défense, arguant que l’origine du document litigieux ne suffisait pas pour l’exclure de la procédure.
« C’est un faux ! »
Aussitôt, M e Dupond-Moretti, le -solide- diablotin lillois, surgit de sa boîte, avec, à la main, une enveloppe A4 en papier kraft. Il en tire quelques feuilles. « Cette lettre m’a été remise par un certain Roger… », explique-t-il. Médusée dans un premier temps, la salle comprend vite où l’avocat veut en venir. « Comme le policier de la PJ, je ne vous dirai pas où, je ne vous dirai pas quand. Cette lettre est la même que la première. Avec les mêmes mots, en corse. Avec la même calligraphie ». La seconde missive est un montage réalisé à partir de la première. « Oui et c’est pour bien vous prouver que l’on peut faire n’importe quoi avec une photocopieuse… ».
La stupeur passée, les conseils de Colonna expliquent qu’ils vont déposer un pourvoi en cassation, avec « une requête en examen immédiat », contre la décision de la cour. « Et nous allons aussi déposer une QPC (ndlr : question prioritaire de constitutionnalité, surnommée question particulièrement chiante par les chroniqueurs judiciaires). Cette lettre est un faux ! », hurle Me Sollacaro qui poursuit, avec sa distance légendaire : « Vous ne pouvez pas asseoir votre intime conviction sur ce torchon produit par un poulet ! ».
Dans ce procès qui s’aventure sur une pente glissante, la seconde bafouille a nourri une bonne partie de la journée. « Enième manœuvre », dénoncent les avocats des parties civiles. « Laisser entendre qu’Yvan Colonna pourrait être condamné à perpétuité à cause de cette lettre, c’est faire fi du reste du reste du dossier », confie M e Cathy Richard. « C’est un nouvel écran de fumée savamment orchestré par la défense ».
Plus tôt, Jeanne Ferrandi était venue à la barre. Contre son gré puisqu’en réponse au courrier dans lequel elle avait expliqué qu’elle ne viendrait pas témoigner, le président avait ordonné sa comparution…
Silence assourdissant
Le président relit ses déclarations initiales concernant le soir des faits. « Mon mari est arrivé à la maison peu après 21 h avec Colonna et Alessandri. Ils ont fermé les rideaux, se sont enfermés dans la salle de bains, ont parlé à voix basse. Ils sont revenus dans le salon, on a ouvert la radio. C’est là que j’ai appris l’assassinat. J’ai tout de suite compris. Alain, mon mari, a posé sa main sous mon menton, m’a demandé si ça allait. Je lui ai dit oui. Il y a eu une connivence pathétique… ».
Jeanne Ferrandi reviendra sur ces déclarations en 2004. Colonna est alors sous les verrous. Ce mercredi, questionnée sur ce revirement, elle ne cessera de répéter qu’elle n’a « rien à dire ». Silence assourdissant. L’avocat général lui demande si elle a quelque chose à déclarer sur l’implication d’Yvan Colonna. « Rien à dire… ». Un leitmotiv qui, pour le berger, est peut-être pire que la lettre de menaces…

http://www.estrepublicain.fr/fr/france-monde/france-monde/info/5224034-Bataille-de-lettres-au-proces-Colonna

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