Vingt deux tomes, 3500 pièces, seize prévenus, quatre jours de débats prévus… Ces chiffres pléthoriques montrent à eux seuls l'ampleur d'un procès peu banal, qui doit s'ouvrir demain mardi devant le tribunal correctionnel de Pau. C'est d'ailleurs dans la vaste salle des assises que ces personnes, vieux chevaux de retour palois du trafic de stupéfiants, ou jeunes tendrons cantonnés à la revente de hasch, sont convoquées.
L'affaire est pourtant partie loin de Pau, au péage de Thun-l'Évêque dans le Nord-Pas-de-Calais, lors d'un contrôle des douanes, le 2 décembre 2008. Une Audi A3 refuse de s'arrêter, traverse la herse tendue sur la chaussée, éclate ses quatre pneus, mais poursuit sa course. Elle sera retrouvée quelques kilomètres plus loin, abandonnée. À l'intérieur, les douaniers découvrent trois kilos d'herbe, une centaine de grammes de résine de cannabis et, surtout, un kilo et demi d'héroïne pure, quatre kilos de phénacétine, ainsi qu'un peu d'acide borique, ces deux derniers produits étant connus pour servir régulièrement à couper la cocaïne.
Un réseau puissant
Des recherches sont alors entreprises sur la voiture, immatriculée dans le 64, qui s'avère appartenir à une jeune fille de Pau. Mais les recherches ADN conduisent aussi les enquêteurs vers un habitant de la région parisienne, déjà connu pour avoir servi de « mule » dans un autre réseau de stupéfiants. Une information judiciaire est donc ouverte en Béarn et confiée à la juge d'instruction Céline Pagès-Couderc.
Pendant plusieurs mois, les enquêteurs de la brigade des stupéfiants de la sûreté de Pau, auxquels vont s'adjoindre leurs collègues de la PJ, vont s'attacher à établir un état des lieux de ce trafic ainsi découvert. Par des renseignements locaux, par des écoutes, par des recoupements, ils vont méticuleusement mettre à jour un puissant réseau d'approvisionnement de résine de cannabis, qui vient du Maroc via l'Espagne, et arrose l'agglomération paloise mais aussi au-delà, jusqu'à Bordeaux et Toulouse.
Un travail de fourmis, rendu plus difficile par l'habitude qu'ont les animateurs de cette vaste toile de changer régulièrement de téléphones portables, achetant des cartes jetables le plus souvent en Espagne. Les dealers parlent de manière codée, et se montrent très prudents au téléphone.
À Bordeaux et Marseille aussi
Mais l'information de l'arrestation en Espagne, quelques jours après la découverte de Thun-l'Évêque, de deux habitants du quartier de l'Ousse-des-Bois bien connus des services, fera progresser grandement l'enquête. D'autant qu'un des dealers, en cheville avec le réseau, a pris l'habitude de passer des coups de fil depuis la maison d'arrêt de Saint-Sébastien, via une ligne fixe, d'autant plus facile à localiser…
Autres recoupements, les enquêteurs vont se rendre compte que ce puissant réseau palois spécialisé dans l'importation de résine de cannabis fait partie d'un vaste ensemble, mis en place un peu partout en France, avec le même fournisseur à l'international, qui a ses habitudes au Maroc et en Asie du Sud-Est.
Ainsi, les enquêteurs palois vont se rendre compte que la juridiction interrégionale spécialisée de Bordeaux, mais aussi celle de Marseille, travaillent au même moment sur d'autres branches de ce vaste ensemble d'approvisionnement de drogue. Un réseau dont les « go-fast » se jouent des frontières, et où l'on paie le principal fournisseur, qui a toujours su se mettre à l'abri de la justice française, par mandats internationaux.
Restitutions d'écoutes
En octobre 2009, la police déploie les interpellations sur Pau, mais aussi en Béarn, sur Mourenx par exemple, et jusqu'à Toulouse. Au bout, ces seize prévenus soupçonnés d'avoir participé à divers degrés à cette entreprise de livraison de cannabis aux dimensions internationales, et surtout prospère. Les enquêteurs estiment que, pour la seule année 2008, entre une et trois tonnes de résine de cannabis ont pu parvenir sur Pau. Ils se sont surtout rendu compte qu'à mesure des livraisons, les voitures se trouvaient de plus en plus chargées en drogue.
Les débats, qui s'appuieront sur les restitutions d'écoutes principalement, risquent d'être longs ces prochains jours devant le tribunal. D'autant que les principales têtes du réseau devraient farouchement nier toute participation à la filière
http://www.sudouest.fr/2011/06/13/proces-d-ampleur-pour-un-reseau-de-drogue-424809-4344.php
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