Les souvenirs, il n’en a plus, et le vocabulaire lui manque. Le regard baissé dans le box, il n’a pratiquement pas dit mot de la journée, l’examen quasi-clinique et répétitif des faits, martelés par le défilé ininterrompu des proches, témoins, experts, enquêteurs, ne lui en ayant guère laissé l’occasion, hier, tout au long du premier jour de son procès devant la cour d’assises de l’Ain.
Poursuivi pour une double tentative de meurtre, survenue le 29 juin 2010 en plein centre du village de Villebois, Denis Araujo, 36 ans, aura la parole ce matin, et l’occasion d’exprimer des regrets sur son attitude, ce « coup de sang », au cours duquel, ivre de rage, il aurait poignardé une dizaine de fois son ex-compagne, Estelle, la mère de ses deux fils, et tenté de tuer également Fabien, le nouveau compagnon de celle-ci.
Ce soir-là, 18 h 30, ils venaient chercher les garçons, dans le cadre du droit de visite obtenu par la mère devant la justice. C’était l’ultime épisode d’une impitoyable guerre des nerfs, presque dix ans d’une vie de couple tumultueuse, faite de séparations et de retrouvailles hypocrites, de coups de poings et de procédures, avec les enfants comme enjeu entre les deux parents. Lui, père attentionné, mais conjoint plutôt brutal, personnalité « border-line » pour les experts. Elle, accablée par son mal-être, qui avait fini par perdre la garde des gosses, après avoir porté un coup de couteau à son concubin au cours d’une dispute, en 2008, à Chalamont, lors d’une énième tentative de reprise de vie commune.
Il avait donc récupéré ses fils, refusait qu’elle les voit, considérant qu’elle était devenue toxicomane. Le droit de visite prononcé en faveur de madame, en 2009 ? Il lui vaudra trois plaintes en trois mois pour non-représentation d’enfant. Pour la maman, ça ne pouvait plus durer : « Je devais y aller, pour pouvoir démontrer dans la procédure que j’avais effectué toutes les démarches. » Ce n’était pas sans risque. Son nouveau compagnon, Fabien, en était conscient : « Il était hors de question que je la laisse y aller toute seule parce que je savais qu’il pouvait être violent. On se doutait que ça allait mal se passer, mais pas à ce point-là. » La suite sera une scène sanglante, une dizaine de coups de couteau portés à chacun, presque sans un mot échangé, elle laissée entre la vie et la mort, son compagnon étant parvenu à parer des coups qui auraient pu être mortels. L’illustration d’un immense gâchis, résumé hier par la mère de famille, ayant pu récupérer ses enfants après six mois de placement : « Je n’arrivais pas à vivre avec cette idée de ne pas les revoir. Dans le couple, on a chacun notre part de responsabilités, mais j’aurais tellement voulu que ça se passe autrement, qu’on se sépare à l’amiable. On n’en serait pas là aujourd’hui. » Verdict ce soir.
http://www.leprogres.fr/ain/2011/06/07/une-double-tentative-de-meurtre-pour-la-garde-des-enfants
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