vendredi 11 novembre 2011

Le trio avait dérobé 27 palettes de matériel électroménager

Après plus de vingt mois d'enquête, les gendarmes ont interpellé trois hommes soupçonnés d'être impliqués dans une escroquerie. Le préjudice se monterait à plus de 45 000 euros. Deux d'entre eux ont été condamnés hier à des peines de prison.

Du cran et de l'audace. Larbi Hamnache n'en a manifestement pas manqué lorsque le 26 février 2010, vers 10 heures, il s'est présenté au volant d'un ensemble routier au bureau des enlèvements de la société BT LEC, à Witry-lès-Reims, une entreprise fournissant les établissements Leclerc de la région en produits électoménagers. Du cran et de l'audace parce que vêtu d'un blouson de l'entreprise Caillot, mandatée pour l'acheminement des marchandises vers les points de vente, cet homme de 46 ans, marié et père de quatre enfants, n'était en réalité qu'un usurpateur, nullement salarié du transporteur rémois. Sans perdre son sang-froid, il s'est ainsi emparé sans attiré le moindre soupçon de 27 palettes de matériels hi-fi et électroménagers en tout genre, après avoir fourni en bonne et due forme les documents adéquats à l'en-tête de la société Caillot. Depuis un quai de déchargement, les marchandises ont été chargées dans la semi-remorque qui est repartie sans être inquiété. Valeur : pas moins de 45 000 euros. Auparavant, l'homme avait même poussé l'audace, prétextant être nouveau dans l'entreprise, jusqu'à solliciter l'aide de la réceptionniste afin de remplir les papiers administratifs. A bord d'un fourgon, plusieurs individus attendaient pendant ce temps-là à proximité de l'entrepôt. En cas de pépin.
Mais la société Caillot n'a pas tardé à flairer la supercherie en ne manquant pas de faire un rapprochement avec le vol d'une semi-remorque constaté le soir-même sur l'un de ses sites, impasse du Beaussonet à Reims.

Mystérieux commanditaires

Au terme de plus de deux mille procès-verbaux et de vingt mois d'un véritable travail de fourmi, les gendarmes de la section de recherches de Reims ont mis au jour une escroquerie en bande organisée dans laquelle Larbi Hamnache n'était finalement qu'un simple chauffeur, certes extrêmement bien renseigné. Il ressort de l'enquête qu'un certain Robert Alfer, père de famille de 48 ans au casier judiciaire déjà bien chargé, apparaît comme l'un des principaux déclencheurs de cette affaire. Selon lui, il aurait en effet été contacté par des individus -dont il n'a pas voulu fournir l'identité par peur de représailles-, qui lui auraient demandé de trouver un chauffeur moyennant 3 000 euros. Ancien voisin du dénommé Hamnache, demeurant comme lui à Val de Reuil (Eure), il aurait alors pensé à ce dernier, le sachant d'une part dans le besoin mais aussi titulaire du permis poids lourd.
Bien décidés à se faire un peu d'argent -quelque 1 500 euros sont également promis à Larbi Hamnache -, les deux hommes ont ainsi tout mis en œuvre pour répondre aux exigences de leurs mystérieux commanditaires. Ils ont loué un tracteur dans l'Eure avant de rejoindre Aussonce, dans les Ardennes, où ils ont stationné le camion dans la cour d'un certain Tony Lecomte, un autre père de famille, âgé de 31 ans, avant de le maquiller à l'enseigne de la société Caillot au moyen d'autocollants. Dans l'intervalle, un petit arrêt à Bagnolet leur a permis de récupérer un portable destiné à l'opération. Le vol de la semi-remorque a ensuite été commis dans la nuit et l'ensemble a stationné le long de l'A34, à Isles-sur-Suippe, en attendant le lendemain matin pour passer à l'action. Quelques heures plus tard, les marchandises étaient déchargées à Mitry-Mory, en Seine-et-Marne. Le semi-remorque était quant à lui retrouvé ultérieurement à Guyancourt, dans les Yvelines et le tracteur restitué, légèrement abîmé par le portail de la propriété de Tony Lecomte, à l'agence de location, dans l'Eure.
Interpellés mardi, les trois hommes impliqués dans cette affaire de vols et d'escroquerie en bande organisée ont été jugés hier dans le cadre d'une comparution immédiate. Si Larbi Hamnache et Robert Alfer ont plus ou moins reconnu à la barre du tribunal correctionnel leur implication en se justifiant par l'appât du gain, Tony Lecomte a pour sa part nié catégoriquement sa mise en cause. Absent ce jour-là, il ignorait la présence du camion dans sa cour. Le portail étant constamment ouvert, n'importe qui pouvait entrer. D'ailleurs, il n'a pas reconnu les deux autres prévenus qui, eux non plus, n'ont pas semblé le connaître. Raison pour laquelle, en dépit de certains faisceaux de présomption, celui-ci a pu se réjouir de conserver son casier judiciaire vierge, le tribunal l'ayant relaxé.
Larbi Hamnache, en revanche, a écopé d'une peine d'un an de prison intégralement assortie d'un sursis avec mise à l'épreuve. Son comparse Robert Alfer a été plus lourdement puni : deux ans dont un an de sursis avec mise à l'épreuve. Tous deux devront en outre indemniser les victimes et se soumettre à une obligation de travail. Une bien mauvaise affaire, d'autant qu'ils n'ont jamais vu la couleur de l'argent qu'ils miroitaient. Mais le plus coûteux reste à venir : l'affaire a été renvoyée sur intérêts civils au 5 janvier prochain.

http://www.lunion.presse.fr/article/marne/le-trio-avait-derobe-27-palettes-de-materiel-electromenager

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