Deux médecins isérois comparaissaient hier après-midi devant le tribunal correctionnel de Grenoble. Une praticienne libérale de 46 ans et un de ses confrères de 56 ans qui occupait parfois un poste de médecin régulateur au Samu étaient prévenus d’”homicide involontaire par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le règlement”. Les faits remontent au 3 avril 2004. Jérémie, 17 ans, passe le week-end chez les parents de sa petite amie. L’adolescent présente des vomissements et de la fièvre. Le médecin de la famille de sa petite amie ne peut le recevoir. La praticienne se fait décrire les symptômes et rédige une ordonnance sur laquelle elle prescrit du Doliprane et du Primperan. Une ordonnance que l’adolescente passe récupérer. Mais, plus tard dans la journée, l’état de santé de Jérémie s’aggrave. Maux de tête, fièvre, nausées, difficultés de locomotion, agitation… Vers 21 heures, la mère de famille appelle le Samu. Le médecin régulateur diagnostique une gastro-entérite et rassure son interlocutrice. Sauf que vers 23 heures, le jeune homme est retrouvé inconscient au pied de son lit. Quand le Smur arrive, Jérémie est en arrêt cardio-respiratoire. Les secouristes ne parviendront pas à le réanimer. L’autopsie et une expertise anato-pathologique retiendront une méningite foudroyante associée à une myocardite comme causes de la mort.
La relaxe et quatre mois de prison avec sursis requis
Hier, il était reproché au premier médecin d’avoir prescrit des médicaments « qui auraient pu masquer les symptômes d’une méningite » sans avoir examiné l’adolescent. À la barre, la praticienne libérale a expliqué avoir posé « toutes les questions que l’on pose toujours pour éliminer une méningite d’un diagnostic ». Sauf que ce 3 avril 2004 en début de journée, Jérémie ne présentait pas tous les symptômes de la méningite. Le second médecin mis en cause, qui occupait le poste de régulateur au Samu « à une époque où il fallait réguler “serré” », a pour sa part reconnu, à demi-mot, ne pas avoir posé toutes les questions qu’il aurait dû. « Ils sont impardonnables, ils n’ont pas fait leur travail. Finalement, il est mort tout seul », a lâché la mère de Jérémie. « C’est un deuil qui ne se termine pas », a ajouté M e Pollard, qui représentait les intérêts de la famille de l’adolescent. La représentante du ministère public s’est pour sa part basée sur les différentes expertises pour déterminer si une « faute caractérisée » avait été commise et si cette faute pouvait être en « lien causal » avec la mort de l’adolescent. Selon elle, « le diagnostic d’une méningite ne pouvait pas être posé » au moment où le médecin de famille a rédigé son ordonnance. Elle a donc requis la relaxe pour la praticienne. En revanche, la procureur a affirmé que « tous les moyens n’ont pas été mis en œuvre » par le médecin régulateur du Samu pour diagnostiquer la méningite. Elle a requis quatre mois d’emprisonnement avec sursis à l’encontre de ce second médecin. Sauf que, d’après M e Guy, l’avocat du médecin régulateur du Samu, aucune expertise n’a permis de savoir si l’adolescent a succombé à une méningite d’origine virale ou bactérienne. Or, en cas de méningite d’origine virale, « l’issue ne pouvait être que fatale » à l’heure où son client a pris l’appel. Réfutant ainsi le lien causal entre le mauvais diagnostic posé par son client et la mort de Jérémie. « Vous êtes tenus de faire du droit. Et si vous le faites, vous ne pourrez que relaxer », a lancé M e Guy au tribunal correctionnel en fin de plaidoirie. La décision a été mise en délibéré au 24 novembre
http://www.ledauphine.com/isere-sud/2011/11/11/deux-medecins-a-la-barre-du-tribunal-correctionnel
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