« Coucou, ça va ? » En recevant ce SMS d'un numéro inconnu, il y a un an, Alexandra, 12 ans, ignore qu'elle entre dans un terrible engrenage. Elle répond sobrement : « C'est qui ? » L'inconnu écrit qu'il s'appelle Philippe, qu'il a 17 ans. S'ensuit une correspondance amicale, qui devient progressivement amoureuse. Fleur bleue. Romantique. Alexandra tombe sous le charme. Jusqu'au mois de mars dernier, où la discussion devient graveleuse, puis carrément pornographique.
Dans un silence glacial, Bernadette Rivière-Caston, la présidente de la 7e chambre correctionnelle de Nice, lit les textos, plus odieux les uns que les autres. Dans le box des prévenus, l'auteur de ces propos immondes baisse la tête. Il s'appelle bien Philippe mais il est beaucoup plus âgé. L'homme a 58 ans.
Lundi après-midi, ce Mentonnais comparaissait pour corruption de mineur. Mais aussi pour détention d'images à caractère pédo-pornographique. Car les enquêteurs, après la plainte déposée en Corse par la maman d'Alexandra, ont découvert que Philippe détenait de nombreuses images à caractère pornographique, dont une série mettant en scène des mineurs. Précisément, 124 vidéos dans son téléphone portable et 200 fichiers - effacés mais retrouvés par les enquêteurs - dans son ordinateur.
En récidive légale
« Ces images montrent des enfants avec des enfants, des adultes avec des enfants. Sur certaines, on voit un enfant de 18 mois, des petites puces de 3-4 ans. C'est à cause de gens comme vous que ces viols-là sont commis ! Vous vous en rendez compte ? » le bouscule la présidente, avant de montrer les photos à ses assesseurs. La salle est atterrée. Le prévenu bredouille qu'il voulait arrêter. Cherche ses mots, visiblement conscient de la gravité de ses actes.
Pour ne rien arranger à sa situation, Philippe n'en est pas à son coup d'essai. En 2008, il a été condamné à un an de prison par le tribunal correctionnel de Marseille pour des motifs similaires. Il est donc en récidive légale. Et dans ses dépositions, cet électricien, qui travaille à Saint-Laurent-du-Var, ne nie pas son attirance pour les petites filles, le fantasme qu'elles suscitent chez lui. « Et malgré votre condamnation, malgré l'exécution de votre peine, malgré votre suivi psychologique, vous recommencez », s'exaspère la présidente. Pas de réponse.
« Heureusement que vous n'êtes pas passé à l'acte, lui lance la procureure Valérie Thouvenot. Vous vous seriez retrouvé en face d'une cour d'assises. Mais j'ai très peur que vous recommenciez en sortant de prison car vous êtes un prédateur. » D'où des réquisitions exemplaires : une peine plancher de trois ans ferme, un suivi socio-judiciaire et une injonction de soins pendant huit ans. Et deux ans de prison supplémentaires en cas de non-respect de ces dernières obligations. Me Renaud Broc, côté défense, a eu beau plaider que « le tout répressif n'est pas la solution », le tribunal a prononcé la peine requise, avec une année en plus en cas de non-respect des obligations de soins à la sortie de prison.
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