Une vie «marquée par la violence», selon ses avocats. La cour d'assises de l'Essonne s'est penchée mercredi sur le passé de Manuel Ribeiro Alves Da Cruz, au premier jour du procès de ce violeur récidiviste de 49 ans. L'homme reconnait avoir enlevé, violé et assassiné une joggeuse de 42 ans, Marie-Christine Hodeau, en septembre 2009 dans l'Essonne. Cheveux et bouc bruns, regard sombre, Manuel Da Cruz est arrivé dans le box des accusés, face à la famille de la victime, une assistante maternelle originaire de l'Essonne. «Il est très angoissé à l'idée de croiser le regard de la famille de la victime et de ses proches. Il y a des regrets», avait indiqué avant l'audience Me Damien Brossier, l'un des avocats de l'accusé.
Un père alcoolique et violent
«A leur arrivée en France, les enfants ont connu l'enfer», a rapporté l'enquêteur de personnalité devant la cour. Elevé par ses grands-parents au Portugal, Manuel Da Cruz rejoint ses parents en France à 7 ans, avec ses deux soeurs. «Mon père était très sévère. Il rentrait bourré et tapait à coups de poings dans la figure», a déclaré l'accusé, s'exprimant rapidement avec un accent portugais.
«Mon petit frère, c'est celui qui se faisait le plus frapper», a raconté sa grande soeur, sans décliner son identité. Emue, cette quinquagénaire a raconté «la peur» dans laquelle vivait la famille : «On se cachait (...) quand il tapait ma mère (...) mais on entendait les cris.» «Je n'arrive pas à comprendre son geste. Pourtant je l'aime parce que c'est mon frère», lâche-t-elle avant d'exprimer sa douleur pour la famille de la victime, et de déclarer : «Il n'y a pas de mots, il faut qu'il paie».
«On fait le procès de qui ? Du père ou de M. Da Cruz ?», s'est alors interrogé Me Dominique Polion, avocat de la famille de Marie-Christine Hodeau, selon qui la violence du père «n'a pas de lien direct avec les faits qui nous concernent aujourd'hui».
Un homme «violent et très impulsif»
Manuel Da Cruz quitte le domicile familial à 17 ans et passe un an dans la rue. Il aura quatre enfants, de trois lits différents. Aux questions de la présidente Xavière Siméoni, il affirme être volage et avoir eu «jusqu'à huit maîtresses en même temps». Sa première compagne, mère de sa fille aînée avec laquelle il n'a pas de contacts, a quant à elle décrit deux années passées avec un homme «violent et très impulsif». «Il m'avait donné un coup de pied dans le ventre quand j'étais enceinte de huit mois», a-t-elle témoigné.
Pour Me Damien Brossier, avocat de l'accusé, «sa vie a été marquée du début à la fin par la violence, d'abord subie, et ensuite imposée».
«Un suivi insuffisant», selon les avocats de l'accusé
Le destin tragique de la joggeuse avait bouleversé l'opinion et mobilisé le gouvernement sur la récidive, d'autant que la victime avait d'abord réussi à échapper à son agresseur selon un scénario digne d'un terrible thriller.
Dès le début du procès ce mercredi, le débat sur le suivi des récidivistes a été relancé. Me Brossier a mis en avant des «moyens limités d'introspection et d'analyse» de Manuel Da Cruz. Selon Me Laurent Caruso, également avocat de l'accusé, tout n'a pas été fait, lors de la sortie de prison de Manuel Da Cruz en 2007, pour éviter la récidive. «Comme presque tous les détenus, son suivi est évidemment trop insuffisant. Si il pouvait avoir un suivi personnalisé, ça serait autre chose», a-t-il déclaré.
L'accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité, avec une peine de sûreté de 22 ans. Le procès doit durer jusqu'à mardi.
http://www.leparisien.fr/faits-divers/proces-le-passe-violent-du-meurtrier-presume-de-la-joggeuse-02-11-2011-1698469.php
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