jeudi 8 décembre 2011

De la folie douce d’une «mission divine» à la folie meurtrière

« Si vous êtes une déesse et vous un apôtre, moi je suis le pape et je vais vous montrer le chemin du retour. » Maurice, solide Bourguignon, ne s’était pas démonté quand les « rigolos » Stéphane Moitoiret et Noëlla Hégo l’avaient abordé en 2007, même si le premier l’avait menacé de « brûler sa maison ». Comme d’autres témoins il est venu hier matin raconter à la barre l’étrange rencontre avec le couple « en mission divine » depuis vingt ans sur les routes de France.
Avec une constante, « la présidente des grandes obligations divines » toujours en retrait tandis que son « secrétaire » se chargeait de trouver une salle paroissiale pour passer la nuit ou d’arrêter un automobiliste pour les emmener au village suivant. En employant parfois la manière forte.
Marie-Thérèse, encore tremblante, raconte comment l’assassin présumé de Valentin l’avait menacée de mort car son refus « blessait son altesse ». Hégo « regardait la scène de loin ». La divinité était « impassible ». Comme un raccourci de la soirée funeste du 28 juillet 2008.
Selon les déclarations de Noëlla Hégo et l’enquête des gendarmes, ce soir-là ? Stéphane Moitoiret aurait lardé Valentin, 10 ans, de quarante-quatre coups de couteau. À son retour à la cure de Saint-Sorlin, « sa majesté » lui aurait dit : « Tu exagères ». Elle se serait mise en colère : « Si tu avais tué un vieux ou un malade c’était moins grave. » Une froideur affective qui paraît effrayante. Voire coupable, estime l’accusation pour avoir « instillé » en lui l’idée d’un « retour en arrière » synonyme de meurtre, et mis peu d’empressement à dénoncer les faits. « Je n’avais pas d’emprise sur lui. Il est parti quand même. Mais c’est vrai que je ne l’ai pas dénoncé », se justifie « la divinité » depuis le box des accusés. « Avez-vous une responsabilité morale au moins ? » questionne le président Bréjoux. « J’ai pleuré quand il m’a dit qu’il avait tué un enfant », répond Hégo.
La « complicité » de la routarde mystique a encore été longuement débattue hier au gré des auditions des gendarmes qui ont entendu le couple en garde à vue. Des dialogues « burlesques » a résumé M e Collard. « Devons-nous vous appeler sa majesté ? » demandait l’un d’eux quand l’autre consignait « profession : mission divine » sur son PV. Une foule de « questions fantaisistes » bien éloignées du drame qui étonnent M e Berton, défenseur de Moitoiret. Les gendarmes voulaient « pénétrer l’univers » des deux routards pour mieux comprendre la mort atroce de Valentin. De leur charabia loufoque, l’accusation retient cette énigmatique notion de « retour en arrière » pour donner un sens au crime. « Vous avez orchestré tout ça », lance M e Frémion à Noëlla Hégo. « Non, le retour en arrière c’est une séparation de la mission ou ma mort », se défend l’accusée. « Elle a aussi dit que ça arrivait souvent et il n’y a pas eu d’autres meurtres », souligne finement M e Delarue, autre avocat de Moitoiret. Faute d’explication rationnelle à la folie meurtrière, les acteurs du procès en sont réduits à des spéculations autour de propos délirants pour mener à bien la « mission » judiciaire
http://www.leprogres.fr/ain/2011/12/08/de-la-folie-douce-d-une-mission-divine-a-la-folie-meurtriere

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