jeudi 8 décembre 2011

Norredinne Dif réclame la perpétuité par « respect » pour les victimes

Tête basse, Norredinne Dif, 41 ans, écoute sans broncher la lecture de l'ordonnance de mise en accusation. Les faits sont monstrueux. La barbarie avec laquelle il aurait violé deux deux dames de 81 et 86 ans, le 29 novembre 2008, est indicible. L'homme, en bras de chemise, cheveux courts, petit bouc, se lève et s'adresse aux victimes. « Je suis complètement perdu. Sincèrement, je ne voulais pas ça… Si ça peut rassurer les victimes, je vais prendre perpétuité avec une période de sûreté de 20 ans. J'ai du respect pour les victimes, je demande le maximum. » L'accusé s'autoflagelle… Mais, très vite, il se reprend et sa hargne se porte sur la presse, sur la justice, « ces salauds, ces travestis du parquet » à l'origine de tous ses maux. Menaçant, il toise les journalistes, refuse de répondre à Me Ammoura, l'avocat d'une victime. Il n'accepte pas la médiatisation de son « problème d'anatomie », son « micro-pénis », qui lui avait valu un acquittement en février 2008 Il menace, se pose en victime. Il fuit ses responsabilités.
Trop c'est trop. Me Beyer-Buchwalter, l'avocate de la seule victime présente, va se lever et rappeler « qu'il y a là une victime ». Comme à son habitude, l'accusé va réagir vivement, il s'offusque et change de ton… Il a « le plus grand respect pour la victime ». C'est d'ailleurs « la seule personne » qu'il « respecte »…
Comme à son habitude, Norredinne Dif se mure dans son silence lorsque les questions le dérangent, s'emporte contre les avocats, le parquet… et le reste du temps ne soutient aucun regard. Il fait état de son mal de vivre, de son handicap physique… Des événements ? Il ne se souvient de rien.

Abandonnée dans le local poubelle
Pourtant, les faits sont là, les preuves ADN aussi Ils sont d'une telle cruauté que même l'accusé ne peut les entendre. « Les faits sont monstrueux, barbares. Je ne me sens pas capable de les faire. » Lors de sa troisième audition, après son interpellation le 4 décembre 2008, Norredinne Dif était sorti de son mutisme. Il avait alors indiqué n'avoir aucun souvenir des faits. Il dira ne pas se sentir capable de les avoir commis, du moins pas de « sang frais (sic) ». Il se rappellera seulement s'être « réveillé en transe le lendemain… avec une odeur de mort ». Il avait trop bu ce jour-là. C'est la version qu'il a également défendue hier en début d'audience. Il devrait être entendu plus longuement sur le fond de l'affaire dès ce matin.
La version des victimes, elle, fait froid dans le dos.
Il est 17 h 30 ce 29 novembre 2008. Alice*, 86 ans, vit seule depuis une vingtaine d'années dans une petite maison de la rue Brûlée. Elle est veuve, se déplace difficilement à l'aide d'un déambulateur. On sonne à la porte. Son voisin s'annonce. Elle ouvre et voit que l'homme qui se présente à elle, n'est pas son voisin. Elle tente de refermer la porte, il la repousse, lui porte plusieurs gifles au visage. Elle tombe sur le sol. Il la relève, la pousse vers la chambre et la maintient debout contre son lit médicalisé, lui dit qu'il va la tuer si « elle ne ferme pas sa gueule ». Il lui lève la robe, retire sa couche-culotte et commet des attouchements aux fesses et à l'anus… Alice aura la présence d'esprit de dire qu'elle attend quelqu'un. L'homme va alors prendre la fuite. La police ne sera prévenue que vers 18 h 30, Alice ayant attendu « honteusement » l'arrivée de son aide médicale pour avouer l'agression. Aujourd'hui, Alice, qui n'a pu venir à l'audience, a 90 ans. Elle a perdu toute autonomie depuis les faits. Le bras fracturé, elle n'a plus jamais eu la possibilité de se maintenir avec son déambulateur.
Ce même jour à 19 h 40, les enquêteurs sont appelés pour une autre agression rue Cérès à Reims. Lorsqu'ils arrivent, les pompiers donnent les premiers soins à une femme âgée, gravement blessée. Sa sœur l'a trouvée agonisante dans le local poubelle, le visage tuméfié, la jupe relevée, du sang s'écoule entre ses jambes…
Colette*, 81 ans, revenait de courses ce soir-là lorsqu'elle a été violemment poussée dans le hall d'entrée par un homme. Il va la gifler, lui cogner la tête contre le mur, la jeter au sol et s'allonger sur elle, la menacer, la violer et abandonner là… Souffrant de multiples fractures, Colette mettra six mois à s'en remettre. Les blessures étaient d'une telle gravité que l'examen gynécologique a dû se faire sous anesthésie générale. Le caractère insoutenable des photos prises sur la victime sera tel que même les enquêteurs n'auront pas la force de toutes les regarder…
Aujourd'hui, Colette vit recluse avec sa sœur, ne sort plus, ne fait plus les courses. La vie s'est arrêtée pour elle ce 29 novembre 2008. Mais elle est là, présente à l'audience. Elle fait face à l'accusé, un homme qui ne soutient pas son regard. Tout au plus lâchera-t-il tête basse, « Je l'ai pas fait sciemment. Les mots d'excuses ne serviront à rien ».
Norredinne Dif, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, devrait livrer sa version des faits ce matin. Les experts, psychiatre et psychologue, seront entendus dans la journée.

http://www.lunion.presse.fr/article/marne/norredinne-dif-reclame-la-perpetuite-par-respect-pour-les-victimes

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