Jean-Luc Lazzarin venait juste de racheter l'établissement. Il ne s'attendait pas à découvrir un déficit d'exploitation de l'ordre de 135 000 euros. Des espèces qui auraient été détournées par la comptable entre 2006 et 2009.
C'EST une maison qui a pignon sur rue. Une authentique brasserie de tradition, à la fois cosy, familiale et branchée. Son nom évoque l'histoire d'une ancienne maison bourgeoise, située au cœur de la place Drouet-d'Erlon, construite en 1850, puis transformée en imprimerie et maison d'édition au début du 20e siècle. Aujourd'hui, L'Apostrophe doit faire face à une situation délicate… Un trou d'exploitation à hauteur de 135 000 euros parce que la comptable a piqué dans la caisse.
Des malversations
Pour Jean-Luc Lazzarin, le nouveau gérant de l'affaire, la pilule a du mal à passer. « C'est une affaire que j'essaie de mener tambour battant. J'ai une famille à nourrir, une affaire à faire tourner, 35 personnes à payer… Je n'accepte pas. »
Les manœuvres frauduleuses ont été découvertes en septembre 2009, à la suite du rachat de la brasserie par Jean-Luc Lazzarin, via sa holding, au couple Thilmont en janvier 2008. L'expert-comptable, Marc Mauviel, alors missionné pour procéder à la clôture de l'exercice 2008, va déceler des incohérences dans la comptabilité, découvrir des « factures rectifiées, systématiquement majorées », qui vont le conduire à se pencher davantage sur les exercices comptables de la brasserie. Une étude minutieuse qui va durer deux mois.
Il va alors se rendre compte que d'avril 2008 à mai 2009, tous les mois, soit des versements d'espèces qui sortaient de la caisse n'arrivaient pas à la banque, soit des espèces arrivaient mais avec des montants minorés. En parallèle, des factures fournisseurs étaient majorées… histoire d'équilibrer les comptes.
Cité en tant que témoin, mardi lors de l'audience correctionnelle, l'expert a évoqué une « pratique comptable difficile à repérer. C'était très bien fait. Cette façon de procéder était très subtile ». Entre le 1er janvier 2006 et le 31 août 2009, il va ainsi mettre au jour un détournement d'espèces à hauteur de 153 000 euros. Seuls 135.000 euros seront retenus dans la prévention. Une plainte sera déposée le 2 octobre 2009 par le président de L'Apostrophe pour détournement d'espèces.
Très vite les soupçons vont s'orienter vers la comptable de l'établissement, Hélène V., une Axonaise de 51 ans, déjà condamnée en 2006 à 7 mois de prison avec sursis pour des faits d'escroquerie, des falsifications de chèques notamment… au préjudice de son ancien employeur.
La comptable nie les faits
Mardi, à la barre, la comptable a nié toute implication dans ces détournements. Elle a évoqué des pressions. « Ils m'ont forcé à signer ma lettre de démission et à reconnaître les détournements. Ils m'ont dicté ce que je devais écrire. Je n'ai jamais prélevé aucune espèce. J'ai fait une grosse erreur en 2004, je n'allais pas recommencer. »
Interrogée sur le cheminement des espèces, sur les dépôts en banque, la prévenue va se montrer confuse, allant jusqu'à mettre en cause l'ancienne gérante ou même l'expert-comptable qui aurait « trafiqué les chiffres ». Sur l'argent liquide qui a été déposé sur son compte, elle va indiquer qu'elle travaillait de temps en temps au noir, sans pouvoir s'en expliquer davantage. Elle dira même que son frère lui donnait de l'argent.
Son avocat, Me Ginestrat, va dénoncer une procédure à charge. « Parce qu'elle a un passé, on le lui jette à la figure. On ne l'a pas prise la main dans le sac, mais ça ne peut être qu'elle… On est allé que dans une voie dans ce dossier. Tous contre elle et elle contre tous… On lui a extorqué des aveux, or elle ne peut être désignée comme celle qui a commis ces faits. » Et de demander la relaxe au bénéfice du doute, alors que le substitut du procureur, Béatrice Neveux, a requis deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis et une interdiction d'exercer la fonction de comptable pendant un délai de 5 ans.
Me Busy, le conseil de Jean-Luc Lazzarin, a réclamé la somme de 260 000 euros au titre du préjudice. L'affaire a été mise en délibéré au 7 février 2012.http://www.lunion.presse.fr/article/marne/la-comptable-de-lapostrophe-tapait-dans-la-caisse
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