Ils auraient, selon les estimations des enquêteurs, escroqué plus de 70000 automobilistes. Un employé et trois gérants de stations-service Total, tous membres d’une même famille, comparaissaient mercredi soir à Melun (Seine-et-Marne), pour avoir trafiqué des pompes à essence. « C’est un peu l’histoire du petit technicien qui fragilise la grande multinationale », a caricaturé François-Marie Giacomoni, le président du tribunal correctionnel.
Le petit technicien, c’est José M., 53 ans. Simple titulaire d’un CAP de chaudronnerie, ce fils d’ouvrier ne paye pas de mine. Mais selon son ex-épouse, « il a toujours été un escroc ». Jusqu’à présent, il avait surtout commis des arnaques grossières. Cette fois, cet homme légèrement dégarni, aux mains calleuses, croyait tenir le bon filon lorsqu’il a proposé un « coup » à son beau-frère, qui l’employait comme simple caissier dans sa station-service d’Esbly.
Un petit génie de la bidouille
Après des mois de réflexion et de tests, il va mettre au point un dispositif très ingénieux (voir infographie ci-dessous), qui permettra de délivrer aux automobilistes, sans qu’ils s’en rendent compte, 5,7% de carburant en moins que ce qui est affiché sur le compteur…
Total, comme les contrôleurs des services de l’Etat, n’y a d’ailleurs vu que du feu. « S’il n’y avait pas eu une lettre de dénonciation anonyme, ce système aurait pu fonctionner encore très longtemps », a commenté François-Marie Giacomoni. A l’audience, ce passionné d’électromécanique et de modélisme a voulu minimiser son « talent ». « Ce n’était pas très élaboré. J’ai simplement changé des pignons. » En réalité, le petit génie de la bidouille avait aussi pensé à un système de double comptabilité. Toujours afin de ne pas éveiller les soupçons de la maison mère, le caissier mettait aussi certains pistolets hors service, ce qui permettait d’écouler le surplus de carburant. Enfin, des télécommandes servaient à rétablir le bon fonctionnement des pompes en cas de contrôle inopiné.
La « manip » a bien failli être mise au jour une première fois en 2003. Mais, faute de preuves, José M. et son beau-frère sont passés entre les mailles de la justice. Ce qui leur a permis de reproduire, à l’identique, le dispositif cinq ans plus tard à La Rochette, près de Melun. Là encore, ils opéraient dans une station Total, mais cette fois gérée… par leur fils!
« Après la découverte de cette affaire, l’ensemble des stations du groupe a été inspecté, afin de voir si M. M. n’avait pas revendu son procédé. Heureusement, cela n’a pas été le cas », a rappelé à la barre l’avocat du groupe pétrolier, Me Jean-Benoît Lhomme. José M. a écopé de trois ans de prison, dont quatre mois ferme, ainsi que d’une amende de 35000 €. Son beau-frère a pris dix-huit mois avec sursis-mise à l’épreuve et 8000 € d’amende. Leur fils, enfin, est condamné à six mois avec sursis et 3000 € d’amende.
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