«Je me sens responsable de la mort de Géraldine. Pourquoi n’ai-je pas éteint cette bougie lorsque je suis parti ! » Pour la première fois depuis le début du procès, qui s’est ouvert lundi devant la cour d’assises de la Côte-d’Or, l’accusé, un homme d’origine malgache de 51 ans, a fait preuve d’une certaine émotion. Hier, l’audience prenait fin lorsqu’il a pris la parole d’une voix semblant réprimer des sanglots. Il a affirmé avoir été « soulagé d’apprendre que Géraldine n’était pas morte de l’étranglement » dont il a reconnu être l’auteur, mais dans l’incendie qui a suivi. Un début d’expression encouragé par le président Philippe Theurey : « Il est important que vous parliez. »
Mais des versions si différentes qu’il a données du déroulement de la nuit du drame, en est-il une qui soit véritable ? Il a prétendu que cet étranglement avait été un jeu, puis que la victime, qui « voulait mourir », lui avait demandé de lui serrer le cou.
« Dans son audition du 29 janvier, à 5 h 25, l’accusé explique que Géraldine Page était éveillée quand il est parti de chez elle, qu’il lui a même fait un bisou sur la bouche avant de partir. A midi, il présente une autre version : « Elle ne bougeait plus : elle était inanimée ! », s’est emporté l’avocat général Jean-Luc Chemin, stigmatisant « les variations constantes de l’accusé, entre vérités et contrevérités ». « Il agit un peu à la manière d’un caméléon », a relevé le psychiatre le Dr Didi Roy.
Ce qui est sûr, c’est que Géraldine Page, 35 ans, caissière à Carrefour Quetigny, était harcelée par son amant violent et possessif, un homme marié, de 15 ans son aîné, qu’elle avait rencontré lorsqu’elle n’avait que 18 ans.
Une double vie
Ce chauffeur de bus Divia, père de trois enfants, menait une parfaite double vie entre son épouse, et sa maîtresse.La veille du drame, le 27 janvier 2010, à 11 heures, Géraldine Page, qui vivait depuis longtemps un véritable calvaire, avait déposé une main courante au commissariat de police de Dijon où elle déclarait être séparée depuis un mois de cet homme. « Celui-ci n’accepte pas la rupture ; il revient à mon domicile, me harcèle, m’importune sur mon lieu de travail ; il me fait du chantage. » Géraldine Page, qui craignait pour sa vie, avait même caché un grand couteau de cuisine sous son lit. Elle était en train déménager à l’insu de son ex-amant, qui l’espionnait sans cesse.
Sur son lieu de travail, elle avait rencontré un agent de sécurité, avec lequel elle envisageait enfin l’avenir. Elle était tombée enceinte…
Alors pourquoi, se sachant en danger, est-elle allée, le 28 janvier 2010, à 1 heure du matin, chercher son ex-amant, au dépôt de bus, à la fin de son travail ? Les policiers ont établi que la jeune femme avait reçu un coup de téléphone chez elle en soirée. L’accusé lui a-t-il reparlé de cette fameuse cassette vidéo qu’il avait enregistrée de leurs ébats sexuels, et qu’il menaçait régulièrement de diffuser sur internet ?
L’autopsie de son corps calciné a révélé qu’elle avait été étranglée, avant de mourir asphyxiée par des dégagements de fumée. Les deux départs de feux observés dans sa chambre à coucher, au rez-de-chaussée du12 avenue de la Concorde à Dijon, confortent la thèse criminelle.
Justement, le procès se poursuit lundi par l’audition des experts en incendie, avant celles des parties civiles, représentées par M e Samuel Estève.
http://www.bienpublic.com/cote-d-or/2011/12/10/le-calvaire-de-geraldine-etranglee-asphyxiee-et-brulee
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