mardi 13 décembre 2011

Les experts pas « amis-amis » s’opposent sur le cas Moitoiret

« Je me demande si on n’est pas tous, ici, en train de délirer aussi… » lâche le D r Daniel Settelen, comme un résumé de six jours de débats, et même de toute cette affaire depuis les premières auditions des gendarmes demandant à Noëlla Hégo : « Devons-nous vous appeler sa majesté ? ».
Quelle impression auront fait sur les jurés les neuf experts psychiatres (le dixième est décédé) qui ont défilé à la barre vendredi et hier ? Sûrement celle d’une grande confusion. Car les diagnostics divergent et les conclusions à la barre aussi sur le cas Moitoiret ! « Folie à deux » pour les D rs Peyramond et Bornstein, « schizophrénie » pour les D rs Bensussan, Zagury, et Blachère, et « paraphrénie » (un délire imaginatif cohabitant avec une certaine adaptation à la réalité) pour les D rs Coutanceau, Canterino, Prosper, et Settelen.
« Ce sont deux malades mentaux, sans hésitation, l’étiquette que leur mettent les psys est accessoire », a relativisé le D r Blachère. Certes. Mais quid de la responsabilité pénale de Moitoiret, un des enjeux de ce procès ?
Vendredi, les deux premiers experts lui avaient trouvé « une once ou un cheveu de discernement » et avaient évoqué « le rôle thérapeutique d’un procès d’assises ». Le D r Bensussan les avait accusés de « négationnisme diagnostique. »
La controverse a été plus sereine hier. « Le gourou Noëlla Hégo a recruté un adepte qui alimente son délire dans une mini-secte » et le meurtre de Valentin serait « le crime inaugural d’un malade mental » irresponsable pénalement estime le D r Blachère, tout en se demandant s’il ne s’agirait pas « d’une scène conjugale entre malades mentaux qui aurait mal tourné ».
« Dans 99 % des cas, les experts sont d’accord, mais scientifiquement on ne peut pas trancher, c’est l’originalité de ce dossier. Devant le doute et l’incertain, il reste le plaisir de se quereller », a expliqué le Dr Coutanceau. Comme ses confrères, il en est réduit aux « hypothèses » faute de mobile du crime et d’aveux de Moitoiret. Au grand dam de la défense qui reproche au troisième collège d’experts de constater un manque d’éléments pour conclure tout en évoquant la simple « altération du discernement » de Moitoiret au lieu d’un constat de carence. « Nous avons laissé un champ large de la responsabilité à l’irresponsabilité » a justifié le D r Frantz Prosper, renvoyant aux jurés le soin de décider.
S’agissant de Noëlla Hégo, « criminologiquement, la thèse de sa complicité ne me tente pas », a expliqué le D r Coutanceau. Son discernement serait plus ou moins altéré selon que les experts ont été informés ou pas qu’elle était poursuivie pour complicité d’assassinat ! Selon la psychologue Hélène Dubost, sa séparation avec Moitoiret « aurait tué l’enfant en lui et il l’aurait projetée sur Valentin. » Une théorie comme une autre dans un procès où la querelle d’experts embrume encore un peu plus des débats déjà bien fumeux.
http://www.leprogres.fr/ain/2011/12/13/les-experts-pas-amis-amis-s-opposent-sur-le-cas-moitoiret

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