Des sanglots sporadiques sur les bancs des parties civiles, plus de trois ans après le drame. L’examen clinique des faits, ces 44 coups de couteau détaillés par le médecin légiste mardi après-midi. À la barre, devant les jurés, jeudi, les mots d’une mère condamnée à vivre avec le souvenir de son garçon de dix ans, Valentin, assassiné dans une rue de Lagnieu, un soir d’orage de juillet 2008.
L’émotion d’un côté, une froideur dilettante de l’autre, le contraste a été saisissant au cours de cette première semaine de procès devant la cour d’assises de l’Ain, entre les accusés, enfermés dans leurs délires schizophrènes, et le monde réel. Il y a un gouffre, entre la précision des enquêteurs, décortiquant la procédure, mercredi et jeudi, et les déclarations souvent incohérentes du couple de routards pseudo-mystiques.
Ces deux mondes ne se rejoindront pas. Et pourtant, comme avaient dû s’y résoudre les gendarmes, lors des auditions des suspects en garde à vue, la cour d’assises a passé le plus clair de son temps à tenter de pénétrer l’univers parallèle de « sa majesté » Noëlla Hégo, 51 ans, « princesse des esprits divins », et de son « secrétaire » Stéphane Moitoiret, 42 ans, désigné par l’instruction et l’ADN comme le meurtrier présumé du petit Valentin.
Lui, la coupe au bol, le visage bouffi par les neuroleptiques, n’est jamais sorti de sa torpeur. Oui, non, je ne sais pas, c’est faux, je ne me rappelle plus, ça s’est pas fait, ou encore je réponds comme je peux : pas une phrase de plus de sept mots n’est sortie de sa bouche. Amorphe, il s’en est remis au président Bréjoux et aux avocats, le plus souvent contraints de répéter et compléter ses réponses inaudibles.
Beaucoup plus prolixe, son ex-compagne d’errance, Noëlla Hégo, s’est vite retrouvée par défaut au centre de toutes les attentions. Personnage principal malgré elle en quelque sorte, même si dans leur duo délirant, c’est elle qui tenait le premier rôle en tant que « divinité nommée par une voix automatique », pour mener à bien leurs missions secrètes. Au président, qui lui demande pourquoi elle n’a pas paraphé son dernier procès-verbal d’audition de l’habituel « Sa Majesté Hégo Noëlla », elle rétorque dans un élan de lucidité : « Parce que je sais que vous ne croyez pas aux nominations divines ».
Dans ce contexte, M es Berton, Delarue et Pilloud, les avocats de Moitoiret, n’auront aucun mal à porter la contradiction sur la question de la responsabilité pénale, qui a commencé à diviser les experts vendredi. Il faudra trancher ce débat.
http://www.leprogres.fr/ain/2011/12/11/proces-moitoiret-voyage-au-coeur-de-la-schizophrenie
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