Murat Caliskan, 31 ans, a été condamné par la cour d’assises d’appel de la Somme, à Amiens, à vingt ans de prison et Sandra Boulanger, sa compagne âgée de 26 ans, à huit années de détention. Le verdict a suivi les réquisitions de l’avocat général Jean-Philippe Rivaud. Depuis mercredi, le couple de toxicomanes de Beauvais comparaissait pour la mort, le 16 juillet 2007, de leur petite Sibel, 2 ans et demi, sous les coups de son père. L’enfant, qui aurait pu être sauvée si la mère avait réagi plus rapidement, avait succombé, dans l’après-midi du lundi. à une péritonite consécutive à la perforation de l’intestin grêle due à un coup de poing donné le dimanche.
Pour ces faits, Murat Caliskan avait été condamné en novembre 2010 par la cour d’assises de l’Oise à Beauvais à vingt ans de prison. Décision dont il avait fait appel. Quant à Sandra Boulanger, elle avait écopé de dix ans de prison. Cette fois, c’est le parquet qui avait fait appel de cette peine. Les travailleurs sociaux avaient pourtant été alertés de la situation délicate de la famille. Une ordonnance de placement du 11 mai 2007 n’avait jamais été exécutée. L’avocat général a souligné : « Il y a eu un couac, mais ce n’est pas parce qu’il y a eu un couac que cela autorisait Murat Caliskan à frapper sa fille. »
Pour lui, si le placement avait été clairement motivé par des violences physiques, il aurait été appliqué plus rapidement. Murat Caliskan ne supportait plus — ou plutôt n’avait jamais supporté — cette petite fille non désirée, qui avait peur de lui et refusait de l’appeler papa. « Frapper durant cinq à six minutes, ce n’est pas donner une paire de claques ! En voyant des photos d’elle morte, il n’a pas eu d’affect », a-t-il estimé. Quant à Sandra Boulanger, il a estimé qu’« elle portera ce fardeau toute sa vie ».
En partant délibérer, les jurés avaient aussi en tête la plaidoirie de Me Sandrine Makarewicz, avocate de Marie-Christine Clé, la mère de Sandra Boulanger et grand-mère de la petite victime. Très émouvante, lorsqu’elle a parlé au nom de Sibel : « Je suis une poupée de chiffon. Je suis au ciel. On m’a condamnée à perpétuité.»
Sandra Boulanger est alors en larmes. Pour elle, le dossier est simple, mais difficile : une petite fille est morte sous les coups de son père, avec une mère qui a vu la scène mais qui n’a pas pris les dispositions nécessaires pour soigner et sauver sa fille. Des parents immatures, obsédés par leur drogue. Sibel était devenue un punching-ball : « Il l’a prise sur lui dans le canapé. » L’avocate mime la scène, un gros sac sur les genoux, qu’elle frappe du poing. « Et il a frappé durant dix minutes. Le calvaire de Sibel aura ensuite duré 1 080 minutes. Tout était cassé dans son ventre. » Me Philippe Tabart a raconté sa rencontre avec la fragile et frêle Sandra Boulanger, au commissariat de Beauvais après les faits : « J’ai découvert le dossier et les dysfonctionnements de notre système judiciaire. Le danger était avéré, c’est là votre couac, monsieur l’avocat général. Les services sociaux ont défailli. Plus jamais ça. A cause de la drogue, elle ne pouvait pas faire le lien entre les coups et la mort de son enfant. Je vous demande de juger avec justice un homme qui a eu un geste sur un enfant, mais qui n’était pas volontaire. Vingt ans, c’est trop, ce n’est pas un criminel. Au mur de sa cellule, il y a la photo de sa gamine », a plaidé Me Franck Berton, coavocat de Murat Caliskan.
Sandra Boulanger veut lire une lettre : « Sibel, je l’aimerai toute ma vie. Je regrette de ne pas avoir su la protéger. Je m’en voudrai toute ma vie. Pardon, mon ange. » Son compagnon ajoute : « Je regrette ce que j’ai fait à ma fille, je regrette d’avoir gâché la vie de Sandra. »
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