Quand Rose et Jeanne ont repêché un cadavre dépecé flottant dans un sac, se pose aussitôt une question urgente et macabre : à qui appartiennent ces restes humains ? Les enquêteurs songent rapidement à la « cousine » du curé et se mettent donc à la recherche de l’homme d’église pour l’interroger…
Portrait d’un curé peu ordinaire
Qui est le père Delacollonge, qui occupe le presbytère de l’église de Sainte-Marie-La-Blanche, proche de Beaune en Côte-d’Or ? Notre apôtre se prénomme Jean-Baptiste. Il est issu d’un milieu modeste. Né à Bagnols, non loin de Villefranche-sur-Saône, il semble qu’il ait embrassé l’état ecclésiastique sans une vocation véritablement affirmée. Bas les masques ! Pour un certain nombre d’hommes, de toutes conditions, qui visaient plus ou moins haut dans la hiérarchie de notre sainte mère l’église, devenir ministre divin a pendant des siècles été un moyen de s’assurer un avenir convenable sur terre, et… au ciel. À 24 ans donc, en 1820, Jean-Baptiste est ordonné prêtre. C’est l’année où Alphonse de Lamartine publie Les méditations poétiques. Les deux hommes ont en commun d’être jolis garçons, de plaire aux femmes et de multiplier les aventures sentimentales. Ce qui demeure de bon ton, pour un poète romantique que s’arrachent les salons de Mâcon, de Dijon et même de Paris, est plus compliqué pour un homme d’église… alors, pour assouvir ses pulsions charnelles dévorantes, Jean-Baptiste a recours aux services des professionnelles tarifées que l’on nommait alors « les filles publiques ». Abondance de biens ne nuisant point, Il entretient également des liaisons avec de jeunes paroissiennes… généralement séduites lors de l’exercice subtil de la confession.Et d’aventure en aventure, de cure en cure
Dans La faute de l’abbé Mouret, Émile Zola nous a merveilleusement décrit la saveur douce-amère des amours interdites qui unissent la naïve Albine et un jeune prêtre… Le manège de notre Jean-Baptiste finit tout de même par faire désordre. Toutes ces maîtresses éplorées, et les mains jointes en signe d’adoration, mais qui prennent des airs de mater dolorosa au moment des ruptures, entre les missels dorés sur tranches, le tabernacle, l’étole, le ciboire, et tout le saint-frusquin finissent par irriter l’évêque.En 1831, on déplace Jean-Baptiste à Thoissey, dans l’Ain. Le transfert s’effectue sur la recommandation de l’évêque de Belley-Ars, ce qui au passage ne manque pas d’être étonnant compte-tenu des frasques de notre bon curé qui a déjà une sacrée réputation, faute d’avoir une réputation sacrée. Qui plus est, notre homme a pris du galon : il est devenu directeur d’un collège. Il profite de ses séjours professionnels à Lyon pour venir retrouver une ancienne pénitente qui est restée une maîtresse entre toutes, chère à son cœur : Fanny Besson. Quand il vient rejoindre sa bien-aimée, pour employer une expression qu’affectionne le Cantique des cantiques, le bien-aimé, en vêtements civils, bien-entendu, la retrouve à l’Hôtel du Cheval Blanc… Mais Jean-Baptiste ne reste pas longtemps à Thoissey ; il y entretient des relations intimes avec une jeune lingère… on jase et on évacue prestement le jeune curé au fort tempérament à Neuville-sur-Saône.
Les desseins de Dieu…
Les paroisses changent, les paroissiennes aussi, le confesseur conserve le même charme… et les mêmes pulsions… Six mois plus tard, il est exilé de Neuville, « attendu qu’il n’offrait pas de garanties suffisantes pour qu’on pût lui confier un ministère aussi important que celui de la confession ». Fin 1831, l’autorité épiscopale décide que Jean-Baptiste ne sera plus habilité à exercer de pouvoirs religieux dans le diocèse de Lyon.On le sait… ils sont impénétrables… ceux de ses ministres le seraient-ils aussi par voie de conséquence ? Toujours est-il que le 25 décembre 1832, bingo ! C’est Noël pour le cousin du petit Jésus ! Notre homme récupère, par miracle, les pouvoirs inhérents à son sacerdoce et le voilà accueilli dans le diocèse de Dijon, à Sainte-Marie-la-Blanche. De même que Juliette Drouet suivait toujours Victor Hugo, migrant dans le sillage de la famille de l’écrivain au gré de ses différents déménagements, et demeurant dans un faux incognito à quelques rues de son illustre amant, Fanny va emboîter le pas à Jean-Baptiste. Ainsi en mai 1833, l’installe-t-il chez Mlle Martin. La respectabilité de la logeuse n’empêche pas la rumeur publique d’aller son train… d’autant que Fanny est enceinte de 4 mois. Il la renvoie donc à Lyon. Mais elle a perdu la clientèle de sa boutique de modiste et se trouve sans ressources. Le futur papa rapatrie alors la future maman à Chalon. Il vient la voir toutes les fois qu’il le peut mais les voyages coûtent cher, et les langues, une fois de plus vont bon train. 1 er septembre 1834, Fanny vient habiter à Dijon. On voit bien que le temps s’accélère et que le bon curé de campagne est pris dans une spirale de plus en plus infernale. Et c’est vraiment peu dire que le pire est encore à venir…
À suivre…
http://www.bienpublic.com/faits-divers/2012/01/15/enquete-au-presbytere
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