L’étudiante géorgienne, tuée en 2009 à Amiens, n’avait rien en commun avec
son meurtrier présumé, dont le procès reprend mardi.
Le destin de Natalia Tsetskhladze l’a amenée au 61 rue du Cange à Amiens, dans un studio voisin de celui de Khalifi. Ils ont à peu près le même âge, mais c’est la seule chose qu’ils semblent avoir en commun. Car leur parcours est en totale opposition.
La vie de Wahid Khalifi est celle d’un jeune « qui n’aimait pas l’école », et qui a sombré dès l’âge de 10 ans dans la délinquance. Vols, violences, rébellion, trafics de stupéfiants…
Mineur, il fréquentera les foyers, centres éducatifs fermés et centre éducatifs renforcés. Majeur, les séjours en prison se succèdent. « Tous les 5 mois à peu près », résume une de ses ex-petites amies.
Natalia, elle, a grandi dans un pays où le salaire moyen est de 70 ¤ par mois. Sa famille mise sur l’éducation de ses quatre enfants pour leur réussite. Natalia est une élève brillante, sérieuse.
Titulaire d'une licence de sciences sociales, « elle a tout fait », dixit sa responsable pédagogique, pour participer à un échange pédagogique qui l’amène en France. Elle est arrivée en juin 2009, et son stage devait durer sept mois. Elle nageait dans le bonheur.
Vendredi, la responsable pédagogique s’est exprimée à la barre. C’était un moment fort du procès. Elle raconte que Natalia lui a dit qu’elle a « tout trouvé en France » et qu’elle « voulait remercier ce pays » : « Elle a choisi de donner son sang pour peut-être sauver une vie ». Et la dame pleure lorsqu’elle raconte le moment où elle aurait dû annoncer aux parents de l’étudiante qu’elle avait été tuée.
« Je n’ai pas pu. Son père a des problèmes cardiaques, il est fragile. Je leur ai dit qu’elle avait eu un accident, qu’elle était blessée. Tout le monde hurlait, le père s’arrachait les cheveux… Je n’ai pas pu… »
Mardi sera le dernier jour du procès
Wahid Khalifi est resté la tête basse, caché derrière le muret du box des accusés. Au fond de sa cellule, ce week-end, pense-t-il aux recommandations que lui a fait le président de la cour d’assises, vendredi, avant de lever l’audience ?
Avant le dernier jour du procès, mardi, Samuel Grévin a insisté : la peine prononcée dépend non seulement de la gravité des faits, mais aussi de la personnalité de l’accusé et de son comportement lors de l’audience.
Ces recommandations visaient certainement l’arrogance dont fait preuve l’Amiénois, mais, de surcroît, elles viennent s’ajouter à l’insistance du président : la version donnée par l’accusé ne colle en rien aux constatations et expertises. Autrement dit : on ne croit pas à la thèse de la mort accidentelle.
http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-regionale/Le-destin-tragique-de-Natalia
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