Digne, la maman de Jérôme Gérard, hier, devant le tribunal correctionnel de Verdun. En tant que partie civile, elle s’adressait à ceux, qui, pour elle, sont complètement responsables de la mort de son fils, le 14 juin 2009, dans un accident de la circulation. « Nous devions fêter les 20 ans de Jérôme le 25 mai », dit-elle dans un sanglot.
La famille de Jordane Jean, elle aussi décédée lors de cet accident à l’âge de 15 ans, est également présente.
Ce jour de juin 2009 était une belle journée. Dans la soirée, un groupe de huit jeunes s’était rendu à Verdun, chercher du soda. Dans une voiture, il y avait Daniel qui conduisait, avec Jordane, sa petite amie et trois autres personnes. Dans l’autre véhicule, Mathieu, au volant d’un cabriolet, et trois autres copains. « En revenant de Verdun, Jordane et une copine ont voulu monter dans le cabriolet. Elles ont échangé leur place avec deux autres », détaille le président Thomas Grégoire. Des témoins voient les voitures défiler à vive allure, à la sortie de Belleray, direction Dugny, le cabriolet en tête. « Beaucoup disent qu’elles se suivaient de très près. »
Mathieu, arrivé dans un virage, le négocie mal, avec la vitesse. Et se retrouve en face d’un véhicule tout terrain. Il met un coup de volant sur la droite. La voiture fait plusieurs tonneaux avant de se retrouver dans le talus, sur le toit.
À 110 km/h au lieu de 80
Poursuivi pour homicide involontaire, Mathieu a la tête basse. Il présente ses excuses aux familles. Et l’assure : « Si je pouvais prendre la place de vos enfants, je le ferais. » Lui, est directement responsable de l’accident. Il roulait trop vite, à 110 au lieu de 80 comme jeune conducteur. Entre 120 et 130, assure l’expert. Mais Mathieu n’est pas le seul sur le banc des accusés.Daniel, qui conduisait la voiture qui suivait le cabriolet est lui aussi poursuivi pour les mêmes faits. Car selon l’instruction, qui a duré trois ans, il n’a pas respecté les distances de sécurité. Il a collé le cabriolet, en empêchant Mathieu de freiner.
« On ne faisait pas la course »
Mais Daniel le répète depuis le départ, il ne se sent pas du tout responsable de ce qui s’est passé. Et ne veut surtout pas perdre son permis car il en a besoin pour travailler. « On ne faisait pas la course. On se baladait. J’ai vu la sortie de route de Mathieu. J’ai freiné, donc c’est que je ne le collais pas ! J’ai évité le 4X4. J’ai gardé la maîtrise de mon véhicule. » Non, pour Me Hagnier et Me Leininger, pour les familles de victimes, les jeunes ne roulaient pas tranquillement. « Il ment au tribunal. Et comme dirait Voltaire, on doit le respect aux vivants et la vérité aux morts. »Me Héchinger plaide la relaxe pour son client Daniel. « Il n’y a aucune preuve qu’il collait la voiture. » D’autre part, son client n’est selon lui pas poursuivi pour les bons faits. « On lui reproche en fait un manquement aux consignes de sécurité. Ce n’est marqué nulle part dans la prévention. »
Me Bourel, qui défend Mathieu, insiste sur le poids que doit porter son client. « Il est plein de remords, a des difficultés à vivre, ne voit plus personne. » Depuis trois ans, Mathieu est sous contrôle judiciaire avec interdiction de conduire. « Il fait des études. C’est peut-être dur à entendre pour les parties civiles mais il a un avenir. Il a 21 ans… »
La substitut Amandine Gory avait bien fait le distinguo entre l’auteur direct et indirect de la faute qui a conduit à la mort des adolescents.
Le tribunal non. Les deux hommes ont été condamnés à 18 mois de prison avec sursis et annulation de leur permis de conduire. Avec interdiction de le repasser avant un délai d’un an…
http://www.estrepublicain.fr/justice/2012/05/03/vous-avez-ruine-nos-vies
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