Très certainement bien briefée par son avocat, Me Duchet, Fabienne Lévy ne parle plus en dehors des audiences. Cette grande brune qui, en décembre 2010, multipliait, lors des pauses, les interviews à l’extérieur du prétoire de la cour d’assises de Moselle, a décidé de réserver son verbe au président Iogna-Prat et à ses jurés.
Depuis hier, cette Mosellane de 53 ans, ancienne commerçante dans le prêt-à-porter à Saint-Avold, est jugée en appel à Nancy. Poursuivie pour trois braquages de banques et une tentative, commis en Allemagne, en 2006 et 2007, ainsi que pour un autre vol à main armée, au Crédit Mutuel de Meisenthal. Montant du butin, jamais retrouvé : la bagatelle de 173.000 euros.
Il y a deux ans, elle avait tellement horripilé la cour, avec son arrogance et un penchant avéré pour la victimisation, qu’elle avait écopé d’une peine supérieure aux réquisitions : 10 ans ferme.
Son fils, poursuivi pour complicité pour l’avoir conduit sur trois braquages, avait pris, lui, alors qu’il était mineur pour le premier vol à main armée, 5 ans dont 3 avec sursis.
« Je venais de fermer la porte de l’agence quand, derrière moi, une voix m’a demandé si elle pouvait me poser une question », témoigne une employée de Meisenthal. « Je me suis retournée, j’ai vu une femme, avec une arme. Elle m’a un peu bousculée pour que j’ouvre de nouveau la porte, que j’enlève l’alarme. Je l’ai conduite au coffre. Elle m’a demandée de me coucher par terre, de ne pas la regarder. Elle m’a même menacée de tirer ». Dans le box, Fabienne Lévy lève les yeux au ciel.
Quelques minutes plus tôt, elle avait expliqué son parcours, son impeccable scolarité et une licence de droit à Strasbourg qu’elle n’achève pas pour partir en Afrique avec ce riche entrepreneur de dix ans plus âgé qu’elle rencontre alors qu’elle n’a que 22 ans. Fabienne avait aussi narré pourquoi, devenue, patronne de trois boutiques après le retour en France et la séparation, en 2001, elle avait décidé de braquer des banques. « Un problème de licenciement avec une salariée, les prud’hommes, 500.000 francs à payer et, au bout, la liquidation judiciaire. On m’a massacrée. Mon divorce aussi m’a massacrée. Je me suis retrouvée sans rien. Pas de pension, de prestation compensatoire. Rien… ». Fabienne Lévy redevient tout à coup loquace, replonge dans ses exubérantes fulgurances. Mais la volubilité peut être dangereuse : « Vous n’avez pas fait appel de ce jugement de divorce », fait remarquer Me Fittante, avocat des parties civiles. « Non. Mon ancien mari a dit qu’il allait avoir ma peau. Et il avait beaucoup d’entrejambe, vous savez… ».
Cette femme s’entiche ensuite d’un mauvais garçon, « avec un casier long comme ça… », prend un an ferme en 2004 pour un vol de voiture. « Ça a complètement basculé à partir de ce moment-là. J’ai perdu confiance en la justice. J’ai voulu me venger du système ». Le psychiatre parle d’aigreur, d’amertume. De puérilité également : « Ces braquages sont des vols de restauration. Comme des enfants qui se remboursent d’un préjudice qu’ils estiment avoir subi ».
Fabienne a déroulé une vie normale pendant 45 ans avant de se lancer, ruinée et revancharde, dans le vol à main armée. Quand elle braquait, avec le pistolet pointé dans le dos des employés, Fabienne portait une perruque blonde, des lunettes noires. Elle vouvoyait ses victimes et leur disait bonjour en arrivant.
http://www.estrepublicain.fr/actualite/2012/05/08/me-venger-du-systeme
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