La cour et les jurés n’ont délibéré qu’une petite heure, hier après-midi, pour rendre leur verdict : huit ans de prison alors que l’avocate générale, Charlotte Millon, en avait requis dix au nom de la société.
« Mais il a déjà été condamné à la pire des sanctions, avait constaté la magistrate. Il lui faudra vivre sans Tessa, mais avec son crime. Avec des remords sans pouvoir se regarder en face, sans avoir le courage de dire la vérité. Cette sanction-là, il l’aura à perpétuité. »
Tessa aura été « la grande oubliée de l’audience, a expliqué l’avocate générale. Aujourd’hui, elle aurait 2 ans et demi, elle courrait partout, porterait des robes à volants, des barrettes dans les cheveux. Elle voudrait que papa soit là pour la première rentrée scolaire. » Mais, fait rarissime dans une affaire criminelle, le banc des parties civiles sera resté désespérément vide durant le procès de Nicaise Sautron. La mère du bébé et sa famille se sont rangées derrière les dénégations de l’accusé.
Hier matin, en visioconférence depuis l’île de La Réunion, la jeune femme l’a répété : « Il n’a rien fait. Je n’ai pas de raison de lui en vouloir. » « Vous semblez vous voiler la face », s’est étonné le président Bréjoux. « Avez-vous peur de la vérité ? » a insisté l’avocate générale, en se demandant pourquoi elle n’avait pas voulu prendre connaissance des rapports médicaux qui incriminent son compagnon.
Après avoir avoué avoir frappé le bébé à coups de poings, le 1 er juillet 2010, Sautron s’était rétracté trois mois plus tard, incriminant sa voisine qui avait gardé l’enfant dans la journée. « Pour échapper à la honte et à la culpabilité, il rejette la faute sur l’Autre. C’est une défense projective », a expliqué hier matin le Dr Blachère, expert psychiatre. Une « logique archaïque » pour cet homme immature et un peu fruste dont rien dans la personnalité et le passé ne laissait présager un tel passage à l’acte.
Sa culpabilité ne fait aucun doute, a expliqué l’avocate générale. Les constatations médicales collant parfaitement avec les aveux de Sautron en garde à vue, puis devant le juge.
« Faux aveux ? » M e Sylvain Cormier a posé la question. Pour la forme. Parce qu’en bon avocat, il aura fait le métier du début à la fin du dossier, suivant son client sur le terrain miné de ses dénégations. Pour ne pas laisser de zones d’ombres. Pour finalement constater que Sautron « accuse sa voisine sans étayer » et que « par là il nous dit son désarroi ». « Son crime est son châtiment suprême, il est condamné à la vie. Et du fond de son remord, il se débat dans des contradictions infernales », ajoutait l’avocat lyonnais, qui appelait à la clémence pour cet homme qui prie tous les jours pour sa fille et n’aspire qu’à « reconstruire sa famille ».
Incapable de s’assumer en bourreau de son bébé, l’espace d’une inexplicable pulsion de violence, peu bavard à l’audience, Nicaise Sautron aura attendu la fin de son procès pour évoquer Tessa, en quelques mots : « On pense que je suis le pire des salopards. Mais même si elle n’a vécu que six mois, ma fille, elle a été toute ma vie. »
http://www.leprogres.fr/ain/2012/06/13/huit-ans-de-prison-pour-le-pere-accuse-d-avoir-tue-son-bebe
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