mardi 12 juin 2012

Le parcours sans tache de Redhouane Filali, jugé pour braquage

Tout le monde en convient : Redhouane Filali, 33 ans aujourd'hui, n'a pas le profil du braqueur. Ce qui ne prouve rien, mais n'a pas manqué d'intriguer la cour d'assises.
Son casier judiciaire ne porte que deux condamnations, pour conduite en état d'ivresse, dont la première remonte à plus de dix ans. A Colomiers, où ce fils d'immigrés marocains a vécu toute sa vie, la famille, très soudée, solidaire, jouit d'une bonne réputation. Pas de démêlés avec la police, la justice ou les services sociaux : les six enfants, devenus adultes, ont du travail, une famille. Tous ont été élevés dans « le respect des autres, de bonnes façons, la politesse », résume Amane, l'une de ses sœurs. Et Zachia, la plus jeune, d'ajouter : « C'est une famille simple, sans problème », menée par un chef de famille dur au travail, soucieux de l'avenir de ses enfants. Et impliqué dans la vie religieuse : il a été le président, durant plus de vingt ans, de la mosquée de Colomiers.

« je suis réglo, je n'ai rien à cacher »

Dans ce cocon familial, Redhouane Filali se sent bien. Il aime les repas en commun, s'occuper de ses neveux, les emmener à la pêche, faire du camping. Il s'occupe de sa plus jeune sœur, qui l'a baptisé R2, en référence au petit robot de Starwars, parce qu'il aime bouger, et qu'il parle beaucoup. Il est décrit comme un adulte « gentil, serviable, intelligent ». Mis en cause par deux petits délinquants de Colomiers, qui avait laissé entendre qu'il était impliqué dans un trafic de stupéfiants, Redhouane Filali s'insurge : « Je suis réglo, je n'ai rien à cacher ». D'ailleurs, les enquêteurs n'ont jamais eu vent de rumeurs le concernant. Il n'a jamais mis en cause dans une enquête judiciaire. Rien de tout ça. Et un enquêteur de conclure, à la barre : « S'il est vraiment impliqué dans ce braquage, il n'a vraiment pas l'attitude d'un pro ». Électricien de formation, formé à l'installation de réseau téléphonique, façadier un temps, puis chauffeur-livreur, Redhouane Filali n'a pas le profil du braqueur. Ce qui ne prouve rien. Mais ne lasse pas d'intriguer.

Des zones d'ombre qui intriguent

Un parcours sans tâche, sans aucun doute. Mais quelques zones d'ombre. Tout d'abord, sur les mois qui ont précédé les faits.
De nombreux séjours au Maroc. À cette époque, sans travail, Redhouane Filali effectue de longs séjours au Maroc, où vit l'une de ses sœurs. Il y retrouve souvent ses parents, qui y passent trois mois par an. « Je sortais d'une rupture douloureuse, je n'avais plus de travail, je voulais changer d'air », résume le jeune homme. L'une de ses sœurs confirme : après cette rupture, le jeune homme avait changé. C'est une période difficile : Redhouane Filali est parfois contraint à emprunter de l'argent à ses proches. « J'ai fait un peu de travail au noir », admet le jeune homme. Avait-il besoin d'argent ? Lors de son interpellation, cependant Redhouane Filali avait retrouvé du travail : interpellé en décembre, il aurait dû commencer en janvier suivant.
La mystérieuse BMW. Trois jours avant les faits, Redhouane Filali emprunte une voiture à son ami d'enfance Cyril C…, qui vit sur le même palier que lui, et tient un garage. Une BMW noire. Or, c'est la voiture des braqueurs, plusieurs témoins l'ont vue, l'un d'eux a même relevé l'immatriculation. Il la rendra deux jours après le vol à main armée, demandant de « dissimuler le véhicule ». Un comportement plus qu'étrange.
La fuite à Montpellier. Apprenant que son ami garagiste a été interpellé, mi-décembre 2010, Redhouane Filali prend la décision de s'enfuir, à Montpellier, où, pourtant, il ne connaît personne. Il ne se rendra qu'une dizaine de jours plus tard, sur les conseils de son avocat, et la pression de sa famille. Là encore, son comportement surprend.
Un alibi à géométrie variable. Le jeune homme a toujours nié être le braqueur du convoyeur du Crédit Agricole, ce 1er décembre 2010. En garde-à-vue, Redhouane Filali s'en est d'abord tenu à ces dénégations. Puis, il a expliqué qu'il ne pouvait pas donner d'informations : « J'ai peur pour ma famille. Des menaces planent sur elle », a-t-il assuré. Finalement, il a expliqué que deux hommes lui avaient demandé de lui fournir un véhicule. Mais les indications données aux enquêteurs se sont terminées dans une impasse. Un nouveau mystère.

http://www.ladepeche.fr/article/2012/06/06/1370857-le-parcours-sans-tache-de-redhouane-filali.html

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