La présidente le fait revenir au petit matin du 17 février 2008. Depuis quelques minutes, il raconte encore une fois le message de Clélia, qui lui demande de venir la chercher au Flib’, une boite de nuit lilloise. Vers quatre heures, il arrive, et la jeune fille monte à ses côtés, à l’avant de la Twingo. Jusque là, tout est clair : sa version est confirmée par la jeune Justine, amie de Célia. Les deux jeunes filles ont passé la soirée ensemble, Julien déposera Justine chez elle, à Haubourdin.
A peine a-t-il démarré qu’arrive sur le téléphone de Clélia le message qui déclenchera une violente dispute. C’est Priscilla. « Elle a sans doute vu Clélia monter dans ma voiture », suggère Julien Sailly. En tout cas, elle veut signifier à Clélia que c’est elle, désormais, qui est avec Julien. Justine, à la barre, raconte une dispute comme elle n’en avait jamais vue. Un échange de coups, de gifles. Des menaces.
A Haubourdin, devant chez elle, les choses se calment. Les deux jeunes gens se parlent, Clélia décide de rentrer avec Julien, mais Justine a encore peur pour son amie. « Je lui ai proposé de dormir chez moi… » Ses larmes l’empêchent d’aller plus loin. Elle ne reverra plus son amie.
A partir de ce moment-là, il n’y a plus de témoin. Pourtant, Clélia et Julien ne sont pas tout à fait seuls : Priscilla ne lâche pas. Elle poursuit Julien de ses textos : « Elle voulait savoir si j’étais avec Clélia, je lui répondais que non. »
« Fadettes » détaillées sous les yeux, Catherine Schneider avance dans le temps : « A partir de 4h26, vous échangez des textos avec Priscilla toutes les trois minutes, à peu près… » Chaque message fait « borner » le téléphone ; on peut ainsi localiser assez précisément l’endroit où il se trouve. En l’occurrence, la voiture a redémarré d’Erquighem-le-Sec, pour un périple sinueux. « On parlait, je roulais au hasard. » Tout en répondant aux messages de Priscilla qu’il est à Lille, qu’il attend que son oncle lui ramène sa voiture et qu’il va venir chez elle. A 4h39, son téléphone « borne » à Santes. Deux minutes plus tard, il est à Ennetières-en-Weppes. Puis à Radinghem. A 4h47, Priscilla écrit à Clélia. « Pour lui dire quoi ? » demande la présidente.
« Je m’appelle Julien Sailly, je ne peux pas répondre à la place de Priscilla. » Le ton est sec. Sailly est au moins sur ses gardes. Peut-être excédé.
On avance. Englos, et de nouveau Radinghem-en-Weppes. A 4h51, nouveau message pour tenter de calmer Priscilla : « Mon oncle arrive, il sort de chez sa meuf ». Wavrin, Fromelles, Sainghin-en-Weppes, la voiture passe d’un côté et de l’autre de la route nationale 41, sans itinéraire logique. A 4h57, Priscilla appelle Julien mais il ne répond pas. Il ne la rappellera qu’à 5h07, après un bref texto à 4h59. Il y a là un trou de huit minutes qui intrigue la présidente et l’avocat général : « Pourquoi vous l’appelez ? », demande l’avocat général.
« Elle avait essayé de me joindre juste avant. » Sailly est maintenant sur les nerfs.
« Clélia est où ? »
« Dans la voiture. Elle attend. »
« Tranquillement, sans rien faire ?... »
« Ben oui »
« Elle sait que vous êtes au téléphone avec Priscilla et elle ne fait rien ?... »
« Elle est pas censée savoir que je suis avec Priscilla… »
« Vous la prenez pour une idiote ? »
Sailly est de plus en plus fleur de peau. Le magistrat ne le lâche pas. Il sait qu’au téléphone, le jeune homme dit à Priscilla d’appeler Clélia, si elle croit réellement qu’il est avec elle. Et que d’un autre téléphone, elle le fait. Pour tomber sur le répondeur : Clélia n’a pas répondu.
« Pourquoi ne répond-elle pas ? »
« Je ne suis pas là pour faire des hypothèses. »
« A partir de ce moment, tous les appels sur le téléphone de Clélia sont renvoyés sur le répondeur… »
« J’en sais rien, c’est pas mon téléphone. »
« Elle est toujours dans la voiture, à ce moment-là ? »
« Oui. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise »? Que c’est moi qui ai éteint son téléphone ? Non. C’est pas moi. »
Pour lui, c’est la fin de la nuit. « J’ai déposé Clélia au rond-point », pas loin de chez elle. Luc Frémiot n’en croit pas un mot, évidemment : « Ce que je crois, Monsieur, c’est que si vous proposez à Priscilla d’appeler Clélia sur son téléphone à 5h07, c’est que vous savez parfaitement qu’elle ne peut plus répondre… »
http://www.lavoixdunord.fr/region/meurtre-de-clelia-huit-minutes-de-vide-dans-la-nuit-de-ia0b0n1602774
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