Le rideau tombe au matin du 1er décembre 2005. Dominique, "Libellule" ou "Libé" pour les intimes, 57 ans, est retrouvée pendue à un étroit escalier en colimaçon. La cour d'assises des Hauts-de-Seine cherche à savoir si la défunte, au tempérament suicidaire, a mis fin à ses jours ou si les deux accusés, Franck Renard Payen et Olivier Eustache, l'ont assassinée avant de maquiller le crime en suicide, ce qu'ils nient.
Sur "La Martinique", on menait grand train. "Libé" ne supportait pas d'être seule et aimait à s'entourer d'"une cour de beaux jeunes hommes car elle détestait la laideur", a dit un proche lors du procès. Il y a Franck Renard Payen, le "fils spirituel", dont la veuve Aubry fera deux mois avant sa mort le légataire universel de sa fortune, estimée à 14 millions d'euros. Stan, un temps restaurateur, a, lui, tout quitté pour se consacrer à elle après le décès de son mari. Il y a aussi "les gens de la Seine", ce petit monde fortuné qui habite sur le fleuve. On fait la fête, on boit des cocktails vodka-schweppes, on planifie des vacances au Sénégal, à Cuba ou en Turquie.
Noeud simple ou complexe ?
Certaines soirées dérapent comme en juillet 2005, quand "Libé" convie une dizaine de personnes à un barbecue. "De l'argenterie a été dérobée dans mon magasin d'antiquités. Je vais porter plainte et vous allez tous être entendus par la police", avertit-elle. Puis elle disparaît avant de réapparaître en tenue de sport. Elle se jette sur Stan, le frappe à coups de poing, l'accusant du vol. On ne le reverra plus dans son entourage. Pour Stan, "cette soirée était une mise en scène cousue de fil blanc". Franck Renard Payen aurait voulu le mettre à l'écart pour isoler la veuve, thèse soutenue par le frère de la défunte, Frédéric Fontaine, seule partie civile au procès.Mais, après deux semaines de procès, l'accusation paraît fragilisée, notamment par la parole des experts qui privilégient désormais en majorité la thèse du suicide. L'un d'entre eux avait évoqué pendant l'instruction une strangulation avant la pendaison, mais s'est montré beaucoup moins catégorique devant les jurés. "L'intervention d'un tiers me paraît plus probable, mais sans certitude absolue", a-t-il dit à la barre. Quant au noeud qui a servi à la pendaison, il ne le trouve plus complexe, mais "plutôt simple". Détail important car, pour plusieurs témoins, la veuve était "très peu manuelle" et incapable de faire un noeud, d'autant qu'elle avait absorbé alcool et médicaments le soir de son décès.
"Elle pouvait refaire sa vie"
Frank Renard Payen, interrogé jeudi, a campé sur ses positions, assurant n'avoir jamais su avant la mort de Dominique Aubry qu'il en était le légataire universel. "Libé, elle avait pas à faire un testament. Elle était jeune, elle pouvait refaire sa vie", a-t-il assuré.Frédéric Fontaine, en conflit avec sa soeur qui voulait le déshériter, reste persuadé que l'accusé a tout manigancé pour capter l'héritage. "Quel aurait été votre destin si Libé n'avait pas disparu, combien de temps auriez-vous continué à vivre à ses crochets, à tenir ce rôle de monsieur de compagnie ?" a lancé Olivier Schnerb, avocat de Frédéric Fontaine. Les deux accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Verdict attendu mardi.
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