mercredi 9 février 2011

La 3e journée de la cinquième semaine en direct

EN DIRECT - Troisième journée de la cinquième et dernière semaine du procès Bissonnet. Hier en fin de séance, l'avocat général a donné ses réquisitions : perpétuité pour Jean-Michel Bissonnet, 25 ans pour Meziane Belkacem, 10 ans pour Amaury d'Harcourt. Aujourd'hui, les plaidoiries continuent.




9 h 17 - Bissonnet fait dire : "je ne me présente pas à cette séance"


Comme le veut le protocole judiciaire, le président Mocaer a délivré une nouvelle sommation interpellative à Jean-Michel Bissonnet, toujours absent du box des accusés.
Le président Mocaer lit le mot de Bissonnet remis à l'huissier : italic;">"j'ai accepté d'être extrait de la maison d'arrêt pour me rendre devant la cour d'assises pour retrouver mes avocats pour une décision finale".
Le président interroge la défense.
"C'est à lui de prendre une décision, je ne peux pas vous dire s'il vient" répond Me Leclerc.
Quelques dizaines de secondes passent. Le président Mocaer lit à nouveau un mot de l'accusé récupéré par l'huissier :
"Ayant vu mes avocats, je ne me présente pas à cette séance".
La journée débute donc sans Jean-Michel Bissonnet.


9 h 23 - Me Iris Christol prend la parole : "pourquoi, pourquoi ?"
La première avocate de Méziane Belkacem, Iris Christol, commence sa plaidoirie.
"Je me lève pour Méziane Belkacem, pour vous aider à répondre à cette question que je me pose depuis trois ans, pourquoi, pourquoi cet homme inoffensif pendant 49 ans est arrivé à commettre un geste d'une incroyable violence, aux antipodes absolues de ce qu'il a été toute sa vie".


9 h 38 - Les traumatismes de l'enfance
L'avocate retrace le fil de l'existence du jardinier pour tenter de comprendre les racines du mal. Et pointe du doigt les traumatismes de l'enfance.
"A 3 ans, il y a le départ du père, harki qui décide d'aller combattre pour les Français. La deuxième grande injustice faite à ce garçon, c'est que sa mère part à son tour, parce qu'elle n'a pas le choix. Il s'est construit avec quasiment rien, la seule chose où il a fondé sa légitimité c'est de travailler, servir, il s'est construit sans regard fondateur".


9 h 53 - l'arrivée en France
"Et puis après sa soeur se marie, c'est terrible pour lui, c'est celle qui lui tendait la main pour traverser la rivière. Il apprend ensuite que sa mère a fait six autres enfants dont elle s'occupe. Alors il part en France, à 20 ans, à la recherche de son père. Qu'il ne trouve pas d'abord, car Mohamed Belkacem n'existe plus, il n'en peut plus d'être juste arabe, alors il change de prénom. Il finit ensuite par le retrouver.Et il travaille, travaille..."




10 h 04 - "Personnalité abandonnique"
Me Christol déroule toujours la vie de son client.
"Méziane Belkacem va se construire sur cet "espoir vertu d'esclave", il va attendre que ça s'arrange, qu'on le reconnaisse, qu'on va l'aider, que sa vie aura un sens. Cette personnalité abandonnique, l'angoisse perpétuelle de l'abandon,ça ne s'arrête pas. Après sa première femme, il s'en va, avec son fils qui est devenu le seul sommelier musulman au monde, qui fait goûter le vin.
Et après, il y a la seconde femme, elle le diminuait, lui disait "tu es gros, tu sers à rien, je veux plus de rien".


10 h 16 - "Jean-Michel Bissonnet il a une grosse maison, la plus grosse"
La robe noire développe maintenant les relations du jardinier avec son ex-employeur.
"C'est vrai que Jean-Michel Bissonnet a été dans sa vie comme un ami, ça en fait rire certains, mais c'est vrai. Ne serait-ce que d'offrir un café et le partager avec lui, d'être égal à égal, il s'est vu dans les yeux de l'autre. Jean-Michel Bissonnet, dans son idée à lui, c'est le modèle de la réussite absolue, parce qu'il a une grosse maison, la plus grosse. Dans la maison, il n'y a pas une piscine, il y a deux piscines, dans le salon, il n'y a pas une télé, il y a deux télés, et ça, ça le fait rêver..."


10 h 31 - "Comme un pacte de sang que font les enfants"


Me Iris Christol place l'humain au coeur de sa plaidoirie, décortiquant le processus qui aurait poussé son client à accepter le supposé contrat de Jean-Michel Bissonnet.
"Oui il y a cru, que Bissonnet allait l'aider, qu'il allait devenir quelqu'un, il a passé sa vie à se conformer à ce qu'on attend de lui. Et pourquoi à ce moment là, parce qu'il est seul, il vient de se séparer. Il était mûr pour Jean-Michel Bissonnet, il lui a suffit de s'asseoir à côté de lui et de lui dire "ma femme aussi est méchante avec moi, et tu vois ma maison, je vais tout perdre, il faut que tu m'aides. On sera tous les deux", comme un pacte de sang que font les enfants, ridicule, parce que c'est ça qui se joue. Méziane Belkacem a entendu "tu n'es plus seul" et il a été prêt à marcher sur le corps de quelqu'un d'autre pour construire un pont vers l'autre rive. Et il l'a fait, il a été tellement conditionné, tellement préparé à ça".


10 h 44 - "Il l'a fait pour lui"
Me Christol termine son propos et revient sur l'implication de Bissonnet. En rappelant que le laveur de carreaux assume tout.
"Méziane Belkacem, aujourd'hui c'est un autre homme, qui a cessé de servir. Il dit "on va assumer et on va assumer tous les deux parce qu'on l'a fait tous les deux". C'est entre eux deux que ça s'est joué, parce qu'il l'a fait pour lui. Il n'attend maintenant que d'être condamné et d'être entendu".


10 h 46 - audience suspendue pour 15 minutes.


11 h 09 - reprise
C'est au tour de Gérard Christol, le second avocat du jardinier de prendre la parole. La salle est archi-comble.
"C'est avec une intense émotion que je prends la parole, il a beaucoup été question du regard du père, des souvenirs de l'enfance...Qu'est-ce que la réussite ? Il me vient en vrac des émotions multiples et la première : je regrette que JM Bissonnet ne soit pas là, je ne pas convaincu qu'il n'est pas été ébranlé dans la forteresse qui l'enferme".


http://www.midilibre.com/articles/2011/02/09/A-LA-UNE-La-3e-journee-de-la-cinquieme-semainen-direct-1533175.php5

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