mercredi 9 février 2011

PROCÈS BISSONNET - "Commettre le pire, par amour de son patron"

Méziane Belkacem, jugé pour le meurtre de Bernadette Bissonnet, qu'il a avoué, a été présenté, mercredi, par son avocate comme un homme qui s'est construit dans la "soumission absolue" jusqu'à "commettre le pire par amour de son patron", Jean-Michel Bissonnet. "Pourquoi cet homme inoffensif", pendant près de 50 ans de son existence, "est arrivé le 11 mars 2008 à commettre un geste d'une incroyable violence": c'est à cette question qu'a tenté de répondre Me Iris Christol, au cours d'une plaidoirie émouvante devant la cour d'assises de l'Hérault.




Né le 23 avril 1959 en Algérie, Méziane Belkacem voit son père, harki, partir pour la France quand il a "à peine trois ans". Bientôt, sa mère se remarie et le laisse avec sa soeur, il ne va pas à l'école, travaille aux champs, puis à 14 ans, à la mort de sa grand-mère, il se retrouve "tout seul". "Complètement perdu", il "décharge des camions à la ville, dort dans des abris de fortune". À 20 ans, il rejoint son père. Mais, arrivé à la gare, il l'attend "pendant cinq jours, assis sur une valise", finit par le trouver, se marie, a un fils, aujourd'hui sommelier à Londres, divorce, a quatre enfants avec une autre femme.


De dominant à dominé




C'est là qu'entre en scène Jean-Michel Bissonnet, chez qui il lave les vitres et jardine occasionnellement, "son sauveur, son idole". Sa réussite professionnelle, cette grande maison, "ça l'épate". "Bissonnet, il le voit quatre fois par an. Il lui parle. Ne serait-ce que quelqu'un qui boit un café et s'assoit à la même table que lui, c'est énorme", raconte Me Christol. D'autant plus que les choses vont mal avec sa femme, il vit dans un petit hôtel.




Alors "il y a cru. Il a toujours cet espoir, vertu de l'esclave. Il a cru qu'en se conformant à ce qu'on attendait de lui", il aurait "peut-être une vie meilleure". Cet homme qui "s'est construit en étant inférieur", cet homme qui avait l'amour du patron", dans une relation coloniale de "dominant à dominé", conclut un "pacte de sang et finit par commettre le pire", assène la jeune avocate. Dans le box, Méziane Belkacem baisse les yeux, tandis que son père, assis au premier rang, cache difficilement son émotion.


Mobile




Si Méziane Belkacem a agi par "servilité", le vicomte Amaury d'Harcourt, qui a reconnu avoir participé à la réunion de préparation du crime et fait disparaître l'arme, a agi par "amitié", a estimé Me Gérard Christol, qui défend également l'employé. Qu'en est-il en revanche de l'introuvable mobile de Jean-Michel Bissonnet, toujours absent du box qu'il avait quitté lundi après-midi après s'être emporté contre les "mensonges" proférés à l'audience ?




Pour l'avocat, "il avait certainement pour sa femme énormément de sentiments. Mais il avait cette autre part de lui-même qui voulait de l'ailleurs". Or, "les portes de la fantaisie, de l'adultère, des cabrioles diverses et variées lui étaient fermées. Parce que l'image devait être intacte, rien ne devait clocher." Dans un tel monde, "le divorce est impossible (...). Alors, il va imaginer un scénario dans lequel il ne serait pas. Jamais il n'aurait tué lui-même sa femme, il faut que ce soit mis à distance."




L'avocat général a requis, mardi, la réclusion criminelle à perpétuité contre Bissonnet, jugé pour complicité dans l'assassinat de sa femme, tandis qu'une peine de 25 ans de prison a été réclamée contre Belkacem et de 10 ans contre d'Harcourt, qui comparaît libre.


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