Intense audience hier matin lorsque Me Iris Christol et son père, Me Gérard Christol, ont plaidé avec brio pour l'assassin de Bernadette Bissonnet.
Contre les vingt-cinq ans requis pour ces deux coups de fusil tirés sur Bernadette Bissonnet, ils sont deux à se lever. Iris Christol, la fille, Gérard Christol, le père. Unis dans une défense à double détente. Iris est la première à parler de Meziane Belkacem, « cet homme inoffensif pendant 49 ans, qui en est arrivé à commettre un acte d’une incroyable violence ».
Et elle raconte avec talent la vie de ce petit Kabyle, abandonné par son père harki, délaissé par sa mère, quand elle se remarie. Oublié de tous. « Il a grandi dans cette idée qu’il n’existait que quand on avait besoin de lui.
» Deux mariages ratés, une vie de travail qui va d’échec en échec, et cette angoisse d’être avalé par le vide et la solitude. « Quand Jean-Michel Bissonnet lui offre un café et s’assied à la même table, pour lui, c’est énorme. Quelqu’un d’important le regarde : c’est gigantesque. Il était mûr pour Jean-Michel Bissonnet, qui n’avait plus qu’à le cueillir.
Et puis se lève Gérard Christol, le vétéran montpelliérain de tant de campagnes judiciaires. Dans les cours d’assises « dont on ne sort jamais intact », il a passé 45 ans « avec ces choses indicibles, avec ce qu’on sait du mal et de la capacité à le nier ». Et il en parle. On est dans le funambulisme pénal, dans l’ovni oratoire mêlant réquisitoire, plaidoirie et humanisme.
Ce qu’il raconte comme personne, ce n’est pas le dossier, ce n’est pas son client. C’est le crime de Jean-Michel Bissonnet. « Je crois savoir comment se sont passées les choses. “D’un côté” ce personnage de BD, le vicomte d’Harcourt, né tout en haut et qui ne rêve que de descendre. Ce chercheur d’or, cet enregistreur de musique sub-saharienne, qui trouve que c’est beaucoup mieux que de prendre le thé à Chambord. »
Le complot avec Belkacem ? « C’est un peu comme si à Versailles, un jardinier croisait Louis XV et lui demandait : t’as pas cent balles ? C’est grotesque. » D’Harcourt et Bissonnet « se sont amusés pendant des années. Bernadette avait peur qu’il l’embarque au Togo, au Niger, pour des chasses dont il ne reviendrait pas. Entre Bernadette et le vicomte, c’était un univers d’incompréhension absolue. »
Bissonnet, lui, malgré sa réussite, « ne peut sortir du carcan où il s’est enfermé. Il est dominé par une femme remarquable. Car chez les Juan, on ne divorce pas ». Alors naît l’idée du crime, « lentement, comme de l’eau qui croupit. Il rêve à la disparition de sa femme. Non pas qu’il la déteste, mais il y a cette autre part de lui-même qui veut un ailleurs impossible ».
Et Jean-Michel Bissonnet « imagine le scénario d’une pièce qui doit être jouée sur une scène, quand lui est dans la salle et regarde ». Son génie, « c’est qu’on ne peut pas imaginer que cet extraordinaire homme d’affaires puisse s’adresser pour tuer sa femme à des guignols ».
Contemplant le siège laissé vide par l’accusé, Me Christol conclut : « Le vicomte est assis dans son fauteuil voltaire, l’Arabe de service est dans le box. C’est ainsi que la pièce avait été écrite, qu’elle s’est jouée, et qu’elle se termine. »
http://www.midilibre.com/articles/2011/02/09/A-LA-UNE-Une-defense-a-double-detente-pour-Belkacem-1533349.php5
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