Aisne. Laurence Godbille, âgée de 36 ans, a été condamnée hier à cinq ans d'emprisonnement dont deux ferme par la cour d'assises pour violences volontaires sur son bébé, Brandon, âgé d'un mois, en 2007. L'intention de tuer n'est pas retenue.
IMMOBILE, la tête inclinée, enveloppée dans un long manteau noir comme une veuve de guerre, elle semble indifférente à tout. Même à son avenir qui se dessine avec beaucoup d'incertitude. Avant que la cour ne se retire pour délibérer, Laurence Godbille explique à nouveau : « Je me sens coupable mais je ne voulais pas tuer. »
Elle porte un jean élimé et des chaussures de sport, comme si elle allait en promenade. Mais sa mine prostrée, son teint blême indiquent qu'elle est déjà harassée.
Sa balade risque d'être brève si l'on écoute Ludovic Manteufel, l'avocat général, représentant la société. « Elle a bien tué Brandon et elle a longtemps caché la vérité. Rien ne justifie que l'on donne la mort à un enfant. »
Il requiert six ans d'emprisonnement pour l'accusée qui n'a jamais été incarcérée : « La peine est nécessaire pour lui faire comprendre que ce qu'elle a fait est irréparable. On ne peut délivrer un permis de tuer. La vie est sacrée », estime le magistrat, tendu par l'exigence de défendre des principes forts.
Mais que valent-ils dans un foyer où des enfants portent des colliers de chiens pour les empêcher de se noyer lors de parties de pêche ? Quelle est la valeur d'une sanction pour une mère de quatre enfants qui ignore le sens du mot bonheur. Une esclave domestique qui sert le repas à son mari, à ses enfants, avant de pourvoir se nourrir elle-même.
Tel un matelot de corvée
Dans cet environnement, les exemples ne manquent pas pour raconter des vies à l'écart, coupées du monde, des existences menées aujourd'hui pratiquement comme au début du siècle dernier. Une situation accentuée par la crise, la fermeture d'écoles, l'absence de transports en commun comme le dénonce Me Moreau, avocat de la défense. « C'est le procès de nos campagnes. Cette solitude, on ne veut pas la voir. »
Laurence Godbille rame dans une barque qui prend l'eau avec un mari qui ne veut nullement prétendre au rôle de capitaine. Elle, c'est le matelot qui est toujours de corvée, comme dans la nuit du 20 au 21 avril 2007, à La Neuville-les-Dorengt. Le bébé d'un mois, crispé par les coliques, geint. Vers 5 heures, elle appuie sa tête contre les draps. Un geste brutal, la révolte injuste d'une opprimée, certes, mais accompagné d'une caresse sur le ventre. La maman n'a pas voulu tuer.
Son avocat l'affirme haut et fort en emportant l'adhésion. Ses derniers mots suscitent une émotion générale. Au nom de la maman prostrée, il s'adresse à la petite victime, Brandon : « Je sais que tu vois ta mère, ta maman te demande pardon, je sais que tu lui pardonneras. »
Laurence Godbille échappe finalement à la prison malgré une peine de cinq ans d'emprisonnement assortie de deux ans ferme. Elle a en effet trois ans de mise à l'épreuve et ne sera pas incarcérée si elle répond à ses obligations. La cour n'a pas voulu infliger une double peine à un être prématurément brisé.
http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/cinq-ans-demprisonnement-pour-la-mere-de-brandon
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