jeudi 10 novembre 2011

Assises (Charly-sur-Marne) / Une condamnation difficile à prévoir

C'est une histoire dramatique. Elle se déroule chaque fois en silence entre le bourreau et ses deux victimes qui refusent de le regarder. Pour que le calvaire ne s'apparente pas en plus à une image qui emprisonne.
La fille de l'accusé, âgée de dix-neuf ans aujourd'hui, s'exprime avec la voix inaudible d'une petite fille dont l'enfance a été volée.
Les scènes commencent quand elle est âgée de huit ou neuf ans et se déroulent de 2001 à 2004 près de Villiers-Saint-Denis.
Au moment où ses amies s'amusent à la poupée, elle est traitée comme une femme par son propre père. Les caresses sur son sexe précédent des incursions d'un doigt à trois ou quatre reprises. Les faits se déroulent dans la chambre de ses parents dans l'après-midi. La maman se trouve au rez-de-chaussée et ne s'aperçoit de rien. L'enfant se lave souvent comme pour effacer une tâche qui ne disparaît pas. Elle est écrasée par la honte, la peur, et puis surtout la douleur de la confiance trahie. L'adolescente a prévu de se taire.
Elle ignore que sa demi-sœur a subi elle aussi des attouchements. Ils ont débuté lorsque leur mère était absente pour accoucher d'elle en 1992.Ces agressions ne seront dénoncées qu'en 2004 et l'enquête est confiée aux gendarmes de Charly-sur-Marne. Cette deuxième victime est âgée à l'époque de dix-neuf ans. Elle appelle papa son beau-père avant les faits et puis par son prénom ensuite.
« Un soir, il est venu toucher ma poitrine. Je l'ai repoussé violemment. Il me disait que je pouvais toucher son sexe, que ce n'était pas méchant. Il m'a dit que si je refusais, il allait gâcher ma vie » dit-elle avant de poursuivre d'une voix ferme : « J'étais devenue agressive. J'avais de la haine, maintenant, elle retombe. » L'avocat de la défense, Me Miel, se montre lui-même impressionné par ces deux témoignages éloignés de la vengeance. Il ne prend pas la parole en adversaire mais en ami.
« Les faits ne sont pas contestables », rappelle-t-il en ajoutant « courage ».
Certains pourraient voir dans cette attitude une simple posture. Il est plus vraisemblable de penser qu'il s'agit plutôt d'une manifestation de solidarité.
D'autant plus que l'accusé reconnaît tout, même des viols commis sur une autre de ses filles qui n'a pas porté plainte. La justice ne les jugera jamais car ils sont trop anciens pour cela.
Alors quel avenir réserver à un homme de soixante-cinq qui implore le pardon ?
Le verdict attendu dans la soirée d'aujourd'hui est bien difficile à prévoir.

http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/assises-charly-sur-marne-une-condamnation-difficile-a-prevoir

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