samedi 12 novembre 2011

Monaco: 20 millions d'euros détournés pour satisfaire des anges

Josette P. peut être proclamée « Jeanne d'Arc du XXIe siècle » ! Comme la Pucelle, elle entendait les voix des anges lui dicter la marche à suivre… mais pour détourner de l'argent déposé à la banque Monte-Paschi.
Elle a comparu devant les magistrats et les jurés du tribunal criminel de Monaco (l'équivalent de la cour d'assises en France), pour un long procès qui a duré quinze jours et s'est terminé lundi soir, très tard.
Cette femme, qui se croyait inspirée, avait tout simplement profité, à l'époque, de son poste d'attachée de direction de l'établissement financier (aujourd'hui vendu à une banque d'Andorre) pour détourner plus de 20 millions d'euros.
Comment ? Des « séraphins », au téléphone, lui demandaient de prélever périodiquement de fortes sommes sur une cinquantaine de comptes appartenant à de riches clients et de les déposer dans d'autres établissements bancaires de Monaco, Marseille, Paris, Aix…« pour faire du bien » !
« Un horrible karma »
L'accusée a reconnu les quelque cinq cent cinquante opérations frauduleuses qu'on lui reproche. Mais a nié tout enrichissement personnel. Elle se souvient cependant de sa façon de sélectionner les comptes « à débiter ». « La majorité des clients étaient italiens, âgés, et ne venaient jamais ou très rarement à la banque. »
Mais qui se cachait derrière les anges ? Pour le tribunal, il s'agit de Catherine D. (une Française, absente au procès), Jean-Luc F. (son compagnon), Marie-Josèphe B. (la mère de Catherine D.) et Abdelhamid O. (le père), Shéhérazade et Amel O. (leurs deux filles), ainsi que Béatrice L., secrétaire particulière de cette famille.
« Comment avez-vous connu les époux O. ? », a demandé le président. « Ils sont venus à la banque en 1988 pour recevoir de l'argent en provenance de l'étranger,répond Josette P. Puis j'ai sympathisé avec le couple quand on a parlé d'ésotérisme et de croyance en l'au-delà. Oui, j'ai un horrible karma. Alors, Marie-Josèphe B. m'a proposé un médium algérien pour me guérir de ce mal-être. »
Carence de la banque
Aux intérêts de la partie civile, Me Étienne Leandri a souligné que « la banque s'était acquittée d'une dette de 20 723 131 e. Car elle a assumé les conséquences des détournements frauduleux en indemnisant les victimes ».
Pour le procureur Jean-Jacques Ignacio, « à l'arrivée de cette manne, tout le monde en a croqué. C'est-à-dire que, pendant quinze ans, elle a profité de revenus de plus d'un million d'euros par an… »
La défense - Mes Gilbert Sauvage, Agnès Fichot, Richard Mullot, Thomas Giaccardi, Yann Lajoux et Joël Blumenkrantz - a mis en exergue les carences de la banque Monte-Paschi, comme les huit années nécessaires à l'arrivée de cette affaire devant la juridiction monégasque.
Josette P. a écopé de cinq ans de prison ferme ; Béatrice L, deux ans, et Marie-Josèphe B., trois ans. Mais ces personnes demeurent libres par le jeu de remises de peine et la détention préventive.
Shéhérazade et Amel O. écopent d'un mois avec sursis chacune. Abdelhamid O. et Jean-Luc F. sont acquittés.
Seule Catherine D., considérée comme le cerveau de cette escroquerie, est condamnée à sept ans de prison ferme, mandat d'arrêt international et 80 000 e d'amende.
http://www.nicematin.com/article/monaco/monaco-20-millions-deuros-detournes-pour-satisfaire-des-anges

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