Dans la nuit du 8 au 9 mai 2010, Céline Millet circulait à vélo pour rentrer chez elle. Soudain, elle chute. « Elle était en état d'ébriété », diront les policiers qui la suivaient. « J'ai heurté une bordure de trottoir », soutiendra l'enseignante en lettres de 37 ans.
La suite de la scène, qui a donné lieu hier après-midi à un nouvel épisode judiciaire, s'est déroulée lors de la garde à vue. Précisément lors du transfert de Céline Millet au dépôt pour être placée en cellule. Deux fonctionnaires féminines ont procédé à sa fouille. C'est là que les choses se sont mal passées.
Dans un courrier de dix pages au procureur de la République, Céline Millet parlera quelques mois plus tard d'abus d'autorité, de violences volontaires, de traitements inhumains et dégradants et de viol, pour qualifier ce qu'elle assurait avoir subi ce soir-là.
Ces accusations ont conduit les deux policières à déposer plainte pour dénonciations calomnieuses, dossier traité hier devant le tribunal correctionnel de Bordeaux, présidé par Frédérique Gayssot. Entre-temps, Céline Millet avait été condamnée en février dernier à trois mois de prison avec sursis pour violences, outrages et refus de se soumettre à un dépistage d'alcoolémie. Peu après, elle avait abandonné la plainte qu'elle avait déposée, notamment pour viol.
« Nous n'avons rien fait »
Toutes les étapes de cette triste affaire ont été rappelées à l'audience d'hier. Par la voix des deux policières, parties civiles défendues par Me Guillaume Sapata, venues dire qu'elles n'avaient fait qu'appliquer à Céline Millet la procédure réglementaire à laquelle elles étaient tenues à l'époque. Et dire aussi que les suites, qui ont pris une tournure très médiatique, ont eu de graves conséquences dans leurs vies, jusqu'à la crainte de perdre leur emploi. « Alors que nous n'avons rien fait », s'irritera l'une d'elle. Me Sapata demandait 3 000 euros de dommages et intérêts pour l'une et 5 000 euros pour l'autre.
Un vif débat s'est ensuite engagé entre le procureur adjoint, Christian Lagarde, et Me Pierre Blazy, avocat de Céline Millet. Pour le représentant du ministère public, cette dernière n'est qu'« une affabulatrice, une manipulatrice de premier ordre, mais qui est absente aujourd'hui alors que nous aurions beaucoup de questions à lui poser ».
Réalité et ressenti
Il a voulu voir dans la démarche de Céline Millet et de son avocate de l'époque, Me Christine Maze, « une volonté de peser sur le débat qui avait lieu à l'époque au sujet de la réforme de la garde à vue ». Il réclamait « une sanction exemplaire » et requérait dix-huit mois de prison avec sursis.
De quoi faire bondir Me Pierre Blazy qui définissait Céline Millet comme une femme fragile et malade « bipolaire » depuis longtemps. « Bien sûr qu'il n'y a pas eu de viol. Mais il y a une différence entre les faits réels et la façon dont Céline Millet les a ressentis. C'est vrai qu'elle a donné une gifle, qu'elle s'est débattue. Mais est-ce qu'autour d'elle, tout le monde a eu le comportement qu'il devait avoir ? », interrogeait l'avocat. Il accusait Christian Lagarde de n'accorder aucune importance à l'état de santé de l'enseignante. « Je n'ai pas dit que ce n'était pas important. Je ne l'ai même pas pensé. C'est insultant », réagissait le procureur adjoint.
« Vous ne le pensez pas, mais vous avez fait l'impasse dessus », reprenait Pierre Blazy, qui demandait la relaxe. Le jugement a été mis en délibéré au 1er février 2012.
http://www.sudouest.fr/2011/12/08/les-tristes-suites-d-une-garde-a-vue-574588-2780.php
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