samedi 14 janvier 2012

« Au moins l’un de vous deux a menti »

Deux hommes, deux morts, deux vérités. Fouad Sellam et Jean-Barthélémy Rathequeber ont confirmé pourtant, hier, qu’ils ont été les artisans d’une seule et même mécanique criminelle. Indispensables rouages interdépendants, selon la théorie de l’avocat général, Philippe Romanello. Selon lui, ils sont bien « coauteurs » des meurtres atroces de Jocelyne, 59 ans, et Jean-Claude Saint-Aubert, 62 ans, tout juste descendus de Lorraine dans le sud en 2008, pour profiter de leur retraite. L’enjeu du jour était clair néanmoins, alors que la cour d’assises de l’Aude, à Carcassonne, a procédé à leur interrogatoire sur les faits : « Au moins l’un de vous deux a menti », a lancé le président Joël Mocaer, en ouverture de débats où rien n’aura été épargné aux familles des victimes. Pendant près de sept heures, les deux hommes ont joué avec les nerfs des jurés, en tentant d’imposer leur vérité. Pas LA vérité. Leur récit des trois jours-clés – les 2, 3, 4 avril 2008 – au cours desquels la séquestration, l’exécution du plan et les assassinats barbares se sont produits, a donné lieu au mano a mano attendu. D’un côté, Fouad Sellam, sa logorrhée soporifique, son torrent de paroles, son immense égo. Contre toute évidence, il a, à nouveau, expliqué, hier, que si les Saint-Aubert – qu’il retenait dans leur maison pendant que Rathequeber testait leurs cartes bancaires au distributeur –, l’avaient voulu, ils auraient pu s’échapper. « Je les ai laissés libres, sans bâillon, sans menottes, seuls dans leur chambre. C’est comme ça que M me a pu écrire son message sur le carnet », a-t-il prétendu. De l’autre, un Rathequeber aussi terre à terre qu’inquiétant et toujours leader incontesté du duo.

Meurtre en trois actes

L’achat du matériel (adhésifs, menottes, cordelettes) le mercredi. Le premier déplacement, le jeudi, sur le terrain de Cruzy (Hérault), où Jean-Claude Saint-Aubert sera achevé le lendemain. La séquestration du vendredi. Ces trois actes du drame ont rythmé une discussion parfois irréelle (lire par ailleurs). A grands renforts de gestes dans son box, Sellam charge Rathequeber : « Il a vidé un premier chargeur, puis un deuxième (sur Jean-Claude Saint-Aubert), puis il a pris un gros rocher et le lui a jeté dessus. De sang-froid. « Non, réfute le second, c’est Sellam, qui avait trop bu et est devenu incontrôlable. Je voulais juste faire peur à M. Saint-Aubert, au bord du trou, quand Fouad lui a tiré dans la tête, puis vidé deux chargeurs. Ensuite, c’est vrai, j’ai jeté la pierre, comme je l’avais vu dans un film, parce que du cerveau lui sortait de la tête et que je le voyais agoniser.» Sellam reconnaît la séquestration, mais nie les meurtres : « Pour moi, devant vous, je peux vous dire que je suis aussi coupable que lui, mais mon intention n’était pas de les tuer. Même si je leur ai dit qu’ils risquaient de mourir. sans animosité aucune », essaie-t-il. C’en est trop pour l’avocat général :« J’aimerais que vous arrêtiez de faire parler les morts, M. Sellam. La seule chose sûre, c’est le message de M me Saint-Aubert qui dit: Modeste (Rathequeber) et Fouad vont nous tuer et nous enterr er. » Au bout de l’horreur, le jeune Marocain, perdu entre sa ligne de défense et sa fiction des faits qu’il reconstruit en direct, aura ses mots impensables, faisant sortir de la salle le fils de Jocelyne, horrifié : « Le seul truc que Jean-Barthélémy m’a dit, c’est qu’il avait du mal, depuis, à manger de la viande saignante.» Rathequeber, lui, persiste et signe : « C’était un gros accident, dans le feu de l’action.»
Contre toute évidence.

http://www.republicain-lorrain.fr/

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