vendredi 3 septembre 2010

Affaire Modolo: parmi les accusés, deux parcours a priori privilégiés

La cour d'assises d'Aix-en-Provence a commencé vendredi l'examen des personnalités des accusés de l'affaire William Modolo, torturé et assassiné en mai 2006, en commençant par Barbara Jean-Louis et Arnaud Frapech, aux deux parcours a priori privilégiés.

Dans le box, à leurs côtés, Jean-Pierre Planqueel, 31 ans, Aurélie Piteux, 24 ans, et Franck Julien, 39 ans, étaient des habitués des squats, de la vie à la marge des sans domicile fixe.

Au moment des faits, Barbara Jean-Louis, 28 ans, issue d'une famille de la classe moyenne était aide-maternelle dans une école de Gardanne (Bouches-du-Rhône), Arnaud Frapech est le fils d'un avocat niçois.

La rencontre entre les deux groupes d'accusés était improbable et pourtant, tous ensemble, ils ont, d'après l'accusation, été impliqués dans des actes de torture et de barbarie qui ont conduit à la mort de William Modolo, 21 ans, le 18 mai 2006.

Au moment où elle a rencontré Planqueel, Barbara Jean-Louis a raconté qu'elle vivait une période difficile. Elle venait de se séparer de son ami de l'époque, Stéphan Pena, handicapé par une maladie génétique. Elle avait également subi un avortement très difficile.

"C'était une période où Barbara n'était pas stable", a dit à la barre son frère aîné, Nicolas, stewart de 38 ans. "Elle se cherchait", a-t-il ajouté, précisant: "Elle était moins présente, je la sentais s'éloigner".

Pour sa soeur, Emilie, 25 ans, auxiliaire de puériculture, Barbara avait "l'impression d'être le vilain petit canard de la famille".

Peu avant les faits, elle d'habitude "joviale" était devenue "moins souriante, très distante".

Sa famille acceptait mal sa relation avec Planqueel, le "routard" qu'elle avait pris "en pitié, au début". Barbara affirme qu'elle était amoureuse de lui et ne pouvait "pas partir du camp", comme si elle était sous son emprise.

Le parcours de Frapech présente certaines similitudes. Parents divorcés, sentiment d'être mal aimé, de ne pas trouver sa place, recherche d'affection...

Le jeune homme de 29 ans est le fils d'un avocat niçois, divorcé de son épouse alors que l'accusé était à peine âgé de quatre ans.

"Pendant mes 29 ans sur terre, ils se sont renvoyé la balle", affirme l'accusé qui dit également: "j'ai poussé un peu tout seul et j'ai poussé de travers".

Ni son père, ni sa mère ne sont présents à l'audience.

Le frère et un ami de Frapech père sont venus expliquer que celui-ci était très exigeant avec son fils. "Arnaud n'arrivait pas à donner ce qu'attendait son père", a dit Christian Beder, chef d'entreprise, ajoutant: "la déception était là".

Arnaud, financièrement aidé - il dispose d'un studio et d'une voiture payés par ses proches - s'essaie un peu à tout: les métiers de la restauration grâce à son beau-père, une formation de disc-jockey que lui finance sa mère, puis l'immobilier, mais très vite, il abandonne.

"On a l'impression que beaucoup de gens vous donnent des chances", dit le président de la cour d'assises. "Je n'ai pas su en attraper beaucoup", répond l'accusé. A partir de l'âge de 13 ans, il a commencé à prendre de la drogue, "sa passion". Cannabis puis ecstasy, héroïne ou cocaïne...

Depuis le début du procès, Frapech se vit comme la victime d'événements qui le dépassent... autant quand il évoque les faits que lorsqu'il analyse son CV. C'est la faute, dit-il, des "erreurs que j'ai subies".

"C'est tout vous, ça, M. Frapech. Et les erreurs que vous avez faites ?", lui rétorque le président.

"Il faudrait arriver à vous dire que ce qui vous arrive, vous en êtes aussi responsable", conclut-il.

L'analyse des personnalités doit se poursuivre lundi.

Le verdict est attendu le 10 septembre.
http://www.lepoint.fr/societe/affaire-modolo-parmi-les-accuses-deux-parcours-a-priori-privilegies-03-09-2010-1232200_23.php

lundi 23 août 2010

"Monsieur a de l'argent pour la justice, mais il n'a rien pour ses enfants"

Une fin d'après-midi de juillet au tribunal correctionnel de Paris.

Une femme blonde, la quarantaine élégante, est appelée à la barre. Son ex-concubin, qui manque à l'appel, ne paye plus sa pension alimentaire pour ses deux filles mineures, depuis deux ans. La dette frise les 6.500 euros.

- "Il ne s'est jamais occupé des enfants ! Madame la présidente, lance l'avocate de la mère, il vit à Cannes au soleil pendant que madame assume seule ses deux jumelles de quatre ans !

- Vous n'étiez pas ignorante des difficultés professionnelles de votre mari et du fait que sa déclaration d'impôts mentionnait toujours zéro ! intervient, énervée, l'avocate du père.

- Vous vous exprimerez quand viendra votre tour, maître ! s'agace la présidente.

- Depuis la séparation, il a tout fait pour nuire à ma cliente, poursuit l'avocate. Il dépense son argent dans de multiples procédures et on vient nous dire qu'il survit à peine ! s'offusque-t-elle. Il a eu l'audace de faire appel de la décision du juge aux affaires familiales (JAF) parce qu'il trouvait que 150 euros par enfant, c'était trop, eh bien, qu'a fait la cour d'appel ? Elle a doublé cette somme en fixant la pension à 300 euros par enfant ! Les juges n'ont pas été dupes : l'opacité des ressources de Monsieur R. ne leur a pas échappé. Il a eu plusieurs boutiques et a hérité de son père ! Et qu'a fait Monsieur R. à la suite de cette décision? Il a déposé une nouvelle requête devant le JAF pour demander une révision de la pension alimentaire sur la base d'"éléments nouveaux" ! Visiblement, Monsieur R. a de l'argent pour la justice et pour nuire à la mère de ses enfants, mais il n'a rien du tout pour ses enfants..."

Revenant vers le pupitre où est étalé son dossier, l'avocate poursuit : "On a eu beaucoup de mal à obtenir sa déclaration de succession. Finalement, on l'a eue il y a un mois seulement, parce qu'il savait que cela pourrait jouer contre lui aujourd'hui. 230.000 euros : c'est la somme qu'il a reçue par donation-partage. Je vous laisse apprécier, madame la présidente..."

Pendant que l'avocate détaille la surface financière de la partie adverse, la salle observe un silence de cathédrale.

- "On l'aura compris, ce père manifeste un intérêt affectif marginal pour ses deux dernières filles."

La procureure, convaincue de l'intention coupable de Monsieur R. "qui ne justifie pas de son infortune", demande quatre mois de prison avec sursis et une amende de 200 euros.

L'avocate de Monsieur R. ne se laisse pas démonter. Au contraire, avec un aplomb non pondéré, elle se lance, s'adressant d'abord à la plaignante :

"Vous le savez bien, madame, vous me connaissez bien, vous savez que je suis une vieille relation de votre ex-mari et que celui-ci ne me verse aucun euro d'honoraire !" Se tournant vers la présidente : "Mon client n'a plus de société, son fonds de commerce a été liquidé. Toutes les déclarations fiscales l'attestent : néant. Vous n'en doutez pas, il a ensuite traversé une période d'abattement moral majorée par le fait que son épouse ne travaillait pas. Honte pour lui, il s'est fait héberger par sa mère pendant six mois. Maintenant, il vit à Cannes où, grâce à la famille de madame, il occupe gratuitement un appartement de 50 mètres carrés. Donc, arrêtez de fantasmer sur la Riviera, le soleil et la belle vie! On peut manger des sandwichs aussi sur la Côte d'Azur...

Après quelques secondes de silence : "Oui, c'est vrai, il a obtenu 230.000 euros d'une succession, mais soyons réalistes. Il perçoit une retraite misérable de 100 euros par mois. Le reste, il l'a placé et ça lui rapporte 500 euros par mois. Aujourd'hui, madame s'étonne de son impécuniosité. Mais elle l'a toujours connu fauché ! Alors, maintenant, tout retombe sur cet homme qui a accepté d'assumer le désir tardif de maternité de madame, enceinte à 44 ans grâce à un coup de pouce de la médecine. Mais, lui, il en avait 60, il était déjà père de deux grands enfants. Il a simplement voulu lui faire plaisir et voilà le résultat : elle le poursuit devant votre tribunal."

L'avocate jette un oeil sur ses notes et ajoute : "Depuis la naissance des deux petites, leur vie a changé. Madame avait un très bon poste dans une boutique de luxe et a tout arrêté pour élever ses deux filles. En outre, la famille très matriarcale de madame s'est incrustée dans le couple et mon client s'est senti totalement dépossédé, rejeté et étouffé." Et de conclure, en s'approchant de la présidente : "Monsieur propose de verser à madame un acompte de 1.000 euros. Il versera le solde le jour de l'audience du JAF qui révisera le montant de la pension fin septembre. En conséquence de quoi, je vous demanderai une dispense de peine."

L'audience est suspendue. Les enfants se défoulent dans le couloir. Les avocats parlent à voix basse à leurs clients anxieux.

Le verdict tombe. Monsieur R est condamné à quatre mois de prison avec sursis, à 1.000 euros de dommages et intérêts et à 800 euros au titre des frais d'avocat.

Une fois la porte de la salle d'audience franchie, Madame R. s'empresse d'annoncer la nouvelle par téléphone à ses parents.

À la fin de la journée, vers 21 heures, le tribunal clôturera son 18e dossier.

http://www.lepoint.fr/chroniques-ete-carnets-justice/monsieur-a-de-l-argent-pour-la-justice-mais-il-n-a-rien-pour-ses-enfants-23-08-2010-1227655_195.php

vendredi 20 août 2010

"J'ai six enfants à nourrir et des factures à payer, la vie c'est pas comme dans les livres"

Un ambulancier accusé de trafic de drogue, ça fait désordre. Les policiers ont retrouvé chez lui quatre kilos de cannabis mais aussi de l'ecstasy et des bijoux, probablement volés. Il est jugé par le tribunal correctionnel de Paris selon la procédure rapide des "comparutions immédiates".

- "J'ai six enfants à nourrir, Madame la présidente, je gagne même pas 1.300 euros par mois, vous savez, la vie est chère à Paris, se défend l'homme.

- Vous vous rajoutez des difficultés, rétorque la présidente. À sept enfants, vous passerez au trafic de cocaïne, et à huit, vous vendrez de l'héroïne si on suit votre logique ?

- Je me suis endetté, la machine à laver qui tombe en panne, des vêtements pour mes enfants, j'ai pris des crédits, la vie, en vrai, c'est pas comme dans les livres, Madame la présidente..."

Les magistrats esquissent un rictus avant de reprendre leur masque de circonstance.

- "Comment conciliez-vous une vie d'ambulancier avec les petits trafics de nuit ? C'est dans les "after" que vous trouviez votre clientèle, en tout on dénombre 21 clients !

- J'ai pas recruté, j'ai vendu aux amis de mes amis...

- Vous avez déjà été poursuivi pour des faits similaires, c'est pour cela que vous avez acheté un téléphone à un autre nom. Combien ça vous rapportait ce petit jeu ?

- 500 euros par mois..."

Deux femmes au visage terreux et à l'expression revêche viennent de s'asseoir dans le box. L'une baisse la tête et manque de s'assoupir.

La procureure énonce les 12 condamnations du prévenu, "trafiquant chevronné qui tire de son trafic des revenus confortables". Il risque quatre ans de prison en application de la loi sur la récidive. "Sa seule chance, poursuit la magistrate, ce sont ses enfants. Le temps de détention doit être pour lui un temps de réflexion et ne doit donc pas excéder le minimum légal (...)".

L'avocate a la tâche difficile.

- "L'année 2010 a été particulièrement rude à l'égard des trafiquants de drogue. Un jeune de 29 ans a encore été condamné à six ans de prison pour avoir détenu deux kilos de cannabis. Mais ici, Madame la présidente, on ne parle pas d'arme lourde ni de saisie record de stupéfiants, s'agace l'avocate. Oui ! ce qu'a fait mon client est inexcusable ! Je vous l'accorde. Et il est le premier à en être parfaitement conscient. Mais son acte est explicable. Il faut savoir que Monsieur G. est toxicomane, suivi par un psychothérapeute. Le lot quotidien de sa cité, ce sont les violences et les viols. Lui, c'est dans la drogue qu'il trouve refuge. Chaque jour, il doit affronter de nouveaux défis, acheter une paire de chaussures à son fils, remplacer un appareil électroménager pour sa femme. C'est un homme fier qui veut assumer ses responsabilités de père de famille (...). La justice n'est pas seulement là pour punir, elle a aussi une vertu pédagogique. La peine plancher est beaucoup trop rigoureuse pour quelqu'un qui a six enfants à élever. Madame le procureur l'a bien dit, ses enfants c'est sa dernière chance... Alors, comme dit Rabelais, le temps mûrit toutes choses. Il faut lui faire crédit pour l'avenir, c'est de soins dont il a besoin pour ne pas s'enfoncer davantage, pas de prison (...).

L'homme fond en larmes et serre sa tête entre ses mains. "Je m'excuse Madame la présidente", sanglote-t-il.

Il sera condamné à quatre ans de prison avec maintien en détention. Jusqu'à son procès en appel que lui conseille son avocate.

Alors qu'il quitte le box, l'air dépité, la présidente demande aux deux femmes de se lever. Elles sont albanaises, prévenues d'avoir acheté du crack avec les produits de leur prostitution...
http://www.lepoint.fr/chroniques-ete-carnets-justice/j-ai-six-enfants-a-nourrir-et-des-factures-a-payer-la-vie-c-est-pas-comme-dans-les-livres-20-08-2010-1226943_195.php

mercredi 11 août 2010

Les soeurs PAPIN : Les soeurs "assassines"

Le 2 février 1933, Monsieur René Lancelin arrive au commissariat de police du Mans avec son ami Monsieur Audoire. Ce soir M. Lancelin devait dîner avec sa femme et sa fille chez leur ami M Chambon. Les deux femmes, après avoir fait les courses ce jour-là, devaient se rendre chez Chambon directement. Celles-ci n'étant pas encore arrivées à six heures et demie, M. Lancelin essaye de leur téléphoner mais personne ne décroche. Croyant à un simple retard, il retourne chez lui,mais quand il arrive il ne peut y pénétrer.
croit alors qu'elles sont déjà parties et que les deux bonnes, Christine et Léa Papin, ont fermé la porte de l'intérieur et ne peuvent pas entendre la sonnette à cause du bruit dans la cuisine. Cependant, quand il retourne chez Chambon sa femme et sa fille ne sont pas encore arrivées. Il commence à s'inquiéter quand personne ne décroche le téléphone et retourne donc chez lui une deuxième fois sans toutefois parvenir à y pénétrer de nouveau. Il remarque alors la lumière dans la chambre des domestiques dans la mansarde et présume qu'il s'agit d'une bougie. Il décide de se rendre au commissariat.
Deux agents de la police accompagnent M. Lancelin à sa maison dans la rue Bruyère. Ils trouvent la maison plongée dans l'obscurité ainsi que la porte verrouillée. A ce moment ils pensent à une fuite de gaz dans la maison. Les agents pénètrent dans l'immeuble en passant par la maison voisine, escaladent un mur et commencent à l'explorer avec une torche électrique. Au rez-de-chaussée ils ne trouvent rien de peu habituel, sauf le tiroir de la table de la cuisine ouvert sur une armée de couteaux à découper la viande. Ensuite, ils commencent à monter l'escalier mais s'arrêtent en découvrant un oeil humain sur la marche. En arrivant sur le palier ils trouvent les corps de Mme et Mlle Lancelin affreusement mutilés.
A ce point-là ils pensent trouver les deux bonnes dans le même état. Ils pensent avoir affaire à un acte d'aliéné. Ils montent donc à la mansarde avec précaution. En haut, ils trouvent une autre porte fermée. Quand ils pénètrent dans cette chambre par la force ils voient les deux jeunes femmes vivantes, couchées dans le même lit et un marteau englué de sang à côté de la porte. Les deux femmes se lèvent puis elles avouent rapidement qu'elles ont tué les femmes Lancelin. Christine, l'aînée, déclare qu'il s'agissait d'un acte de défense.


L'arrestation
Les deux femmes sont conduites au commissariat où elles ont été inculpées d'assassinats. Cinq personnes étaient présents aux premières interrogatoires: M. Herbert, juge d'instruction, M. Riegert, Procureur de la République, Dr Chartier, médecin légiste, le commissaire central et M. Bouttier, le greffier du tribunal. Christine leur explique les détails de ce qui a passé ce jour-là. Me Chambon, avocat et le frère de Madame Lancelin, a voulu recevoir les Lancelin et les Audoire pour le dîner. Les deux bonnes croyaient que leurs patronnes seraient absentes tout l'après-midi. Après avoir fait des courses, elles iraient prendre le thé chez Mme Audoire. Puisque la réunion ce soir serait intime, les deux femmes ne rentreraient pas se changer et elles se rendraient directement chez Me Chambon. Les deux bonnes restaient seules à la maison. Mais ce n'était pas un jour férié et elles ont passé le temps à faire les travaux ménagers. Vers cinq heures il y avait une panne d'électricité à cause du fer. Les deux femmes ont décidé d'attendre le matin avant de repasser les plombs. Inopinément, entre cinq heures et demi et sept heures, Mme et Mlle Lancelin sont arrivées à la maison.

Christine explique ce qui se passe au retour de sa patronne:
"Quand Madame est rentrée, je lui ai rendu compte que le fer était de nouveau démoli et que je n'avais pu repasser. Quand je lui ai dit cela, elle a voulu se jeter sur moi; nous étions à ce moment-là, ma sœur et moi et mes deux maîtresses, sur le palier du premier étage. Voyant que Mme Lancelin allait se jeter sur moi, je lui ai sauté à la figure et je lui ai arraché les yeux avec mes doigts. Quand j'ai dit que j'ai sauté sur Mme Lancelin, je me trompe, c'est sur Mlle Lancelin, Geneviève que j'ai sauté et c'est à cette dernière que j'ai arraché les yeux. Pendant ce temps, ma sœur Léa a sauté sur Mme Lancelin lui a arraché également les yeux. Quand nous avons eu fait cela elles se sont allongées et accroupies sur place."
Christine continue :
"Ensuite, je suis descendue précipitamment à la cuisine et je suis allée chercher un marteau et couteau; avec ces deux instruments, ma sœur et moi nous sommes acharnées sur nos deux maîtresses, nous avons frappé la tête à coups de couteau et nous avons également frappé avec un pot d'étain qui était place sur une petite table sur le palier. Nous avons changé plusieurs fois les instruments de l'une à l'autre, c'est-à-dire que j'ai passé à ma sœur le marteau pour frapper et elle m'a passé le couteau, nous avons fait la même chose avec le pot d'étain. Les victimes se sont mises à crier, mais je ne me souviens pas qu'elles aient prononcé quelques paroles. Quand nous avons eu fait le coup, je suis allée fermer au verrou la porte cochère et j'ai fermé également la porte de vestibule. J'ai fermé ces portes parce que j'aimais mieux que ce soit la police qui constate notre crime avant notre patron. Ensuite, ma sœur et moi sommes allées nous laver les mains à la cuisine car nous les avions pleines de sang, puis nous sommes montées dans notre chambre, nous avons enlevé nos effets qui étaient maculés de sang, nous avons mis un peignoir, nous avons fermé la porte de notre chambre à clef, et nous nous sommes couchées toutes les deux dans le même lit. C'est là que vous nous avons trouvés quand vous avez enfoncé la porte. Je n'ai aucun regret ou, autrement dit, je ne peux pas vous dire si j'en ai pas, j'aime mieux avoir la peau de mes patronnes plutôt que ce soit elles qui aient la mienne ou celle de ma sœur. Je n'ai pas prémédité mon crime, je n'avais pas de haine envers elles, mais j'admets pas le geste qu'a eu ce soir Mme Lancelin à mon égard."


Léa Papin refuse de donner des explications. Le juge lui a lu les déclarations de Christine et puis Léa confirme les affirmations de sa sœur. Elle explique son rôle dans le crime en ajoutant: "Tout ce que vous a dit ma sœur est exact, les crimes se sont passés exactement comme elle vous les a narrés. Mon rôle dans cette affaire est absolument celui qu'elle vous a indiqué. J'ai frappé autant qu'elle, comme elle; j'affirme que nous n'avions pas prémédité de tuer nos patronnes, l'idée nous en est venue instantanément, quand nous avons entendu que Mme Lancelin nous faisait des reproches. Pas plus que ma sœur je n'ai le moindre regret de l'acte criminel que nous avons commis. Comme ma sœur, j'aime mieux avoir eu la peau de mes patronnes plutôt que ce soit elles qui aient eu la nôtre."
Les nouvelles du drame paraissent le lendemain à la une du journal local La Sarthe du Soir: "Horrible forfait. Mme Lancelin et sa fille Geneviève assassinées par leurs bonnes". Les Lancelin étaient connus dans la ville du Mans. M. Lancelin était ancien avocat respecté dans la région de la Sarthe. A l'enterrement de Mme et Mlle Lancelin un détachement du 117e d'Infanterie était présent pour accompagner le cortège. En revanche, les deux bonnes étaient peu connues dans la rue Bruyère et ses environs. Selon le rapport du commissaire central les sœurs n'adressaient jamais la parole à aucun voisin, pas même aux domestiques des maisons voisines. Ceux qui les ont connues les ont considérées, en général, comme travailleuses, honnêtes et sérieuses.

Le procès
Après quelques mois d'investigation l'instruction a conclu par une inculpation différente pour chaque sœur. Christine a été accusée du double meurtre tandis que Léa a été accusée d'avoir tué, en concert avec sa sœur, Madame Lancelin. En septembre 1933 un jury dans la salle d'Assises du Sarthe a trouvé les deux femmes coupables de l'assassinat de leurs patronnes. Christine Papin a été condamné à "avoir la tête tranchée sur la place du Mans" mais un décret du président Albert Lebrun le 22 janvier 1934 a commué la peine de mort en travaux forcés à perpétuité. Cependant elle a été internée à l'hôpital psychiatrique de Rennes dans les premiers mois de 1934. Elle y est morte le 18 mai 1937 de "cachexie vésanique" sans avoir revu sa sœur. Léa Papin à été condamnée à dix ans de travaux forcés et vingt ans d'interdiction de séjour. Elle a été libérée le 2 février 1943, le jour anniversaire du crime, puis elle a habité avec sa mère à Nantes où elle est morte en 1982.





Les sœurs Papin sont deux employées de maison, auteurs d'un double meurtre sur leurs patronnes le 2 février 1933 au Mans.
http://grands.criminels.free.fr/papin_fichiers/papin_article.html

Ce fait-divers tragique, qui deviendra l'affaire Papin, va devenir le procès de deux domestiques « modèles ».


L'affaire a inspiré par la suite de nombreux auteurs, notamment, Jean Genet apour sa pièce de théâtre intitulée Les Bonnes.


Le procès des Soeurs PAPIN va surtout démontrer les carences de certaines expertises psychaitriques puis ces deux femmes seront jugées responsables de leurs actes.


Extrait des aveux de Christine PAPIN:





"Quand Madame est rentrée, je lui ai rendu compte que le fer était de nouveau démoli et que je n'avais pu repasser. Quand je lui ai dit cela, elle a voulu se jeter sur moi; nous étions à ce moment-là, ma sœur et moi et mes deux maîtresses, sur le palier du premier étage. Voyant que Mme Lancelin allait se jeter sur moi, je lui ai sauté à la figure et je lui ai arraché les yeux avec mes doigts. Quand j'ai dit que j'ai sauté sur Mme Lancelin, je me trompe, c'est sur Mlle Lancelin, Geneviève que j'ai sauté et c'est à cette dernière que j'ai arraché les yeux. Pendant ce temps, ma sœur Léa a sauté sur Mme Lancelin lui a arraché également les yeux. Quand nous avons eu fait cela elles se sont allongées et accroupies sur place."





Christine continue :


"Ensuite, je suis descendue précipitamment à la cuisine et je suis allée chercher un marteau et couteau; avec ces deux instruments, ma sœur et moi nous sommes acharnées sur nos deux maîtresses, nous avons frappé la tête à coups de couteau et nous avons également frappé avec un pot d'étain qui était place sur une petite table sur le palier. Nous avons changé plusieurs fois les instruments de l'une à l'autre, c'est-à-dire que j'ai passé à ma sœur le marteau pour frapper et elle m'a passé le couteau, nous avons fait la même chose avec le pot d'étain. Les victimes se sont mises à crier, mais je ne me souviens pas qu'elles aient prononcé quelques paroles. Quand nous avons eu fait le coup, je suis allée fermer au verrou la porte cochère et j'ai fermé également la porte de vestibule. J'ai fermé ces portes parce que j'aimais mieux que ce soit la police qui constate notre crime avant notre patron. Ensuite, ma sœur et moi sommes allées nous laver les mains à la cuisine car nous les avions pleines de sang, puis nous sommes montées dans notre chambre, nous avons enlevé nos effets qui étaient maculés de sang, nous avons mis un peignoir, nous avons fermé la porte de notre chambre à clef, et nous nous sommes couchées toutes les deux dans le même lit. C'est là que vous nous avons trouvés quand vous avez enfoncé la porte. Je n'ai aucun regret ou, autrement dit, je ne peux pas vous dire si j'en ai pas, j'aime mieux avoir la peau de mes patronnes plutôt que ce soit elles qui aient la mienne ou celle de ma sœur. Je n'ai pas prémédité mon crime, je n'avais pas de haine envers elles, mais j'admets pas le geste qu'a eu ce soir Mme Lancelin à mon égard."





Léa Papin refusera de donner des explications, se bornant à confirmer les affirmations de sa sœur:


"Tout ce que vous a dit ma sœur est exact, les crimes se sont passés exactement comme elle vous les a narrés. Mon rôle dans cette affaire est absolument celui qu'elle vous a indiqué. J'ai frappé autant qu'elle, comme elle; j'affirme que nous n'avions pas prémédité de tuer nos patronnes, l'idée nous en est venue instantanément, quand nous avons entendu que Mme Lancelin nous faisait des reproches. Pas plus que ma sœur je n'ai le moindre regret de l'acte criminel que nous avons commis. Comme ma sœur, j'aime mieux avoir eu la peau de mes patronnes plutôt que ce soit elles qui aient eu la nôtre."

http://avocats.fr/space/sylvie.lore/contents/

jeudi 5 août 2010

Les affaires de "bébés congelés" en série

Le 17 mai 2010, Véronique Courjault sort de prison. Reconnue coupable le 18 juin 2009 par la cour d'assises d'Indre-et-Loire de triple-infanticide, la justice a accepté sa demande de remise en liberté après quatre ans de prison
Véronique Courjault, un nom qui a défrayé la chronique. La découverte en juillet 2006 par Jean-Louis Courjault des corps de deux bébés dans le congélateur de leur maison à Séoul en Corée du Sud, a été le point de départ de l'affaire des "bébés congelés". Après la macabre découverte, le couple nie être les parents, mais en octobre des tests ADN réalisés en France confirment les analyses sud-coréennes désignant les époux Courjault comme les parents des deux nouveau-nés. Lors de leur garde à vue, Veronique Courjault avoue le double infanticide et souligne que son mari n'était au courant de rien. Elle confesse également un troisième infanticide commis en 1999 en France. Elle est mise en examen et écrouée pour "assassinats" et son mari, laissé libre, pour "complicité d'assassinats".

En mars 2008, la juge d'instruction chargée de l'affaire renvoie Véronique Courjault devant la cour d'assises et ordonne un non-lieu pour son époux. Quelques jours plus tard, la procureure générale de la Cour d'appel d'Orléans fait appel de l'ordonnance de non-lieu. En janvier 2009, la chambre de l'instruction de la Cour d'appel d'Orléans confirme le non-lieu mettant définitivement hors de cause Jean-Louis Courjault
Le procès de son épouse s'ouvre le 9 juin 2009. Lors des audiences, Véronique Courjault affirme "n'avoir pas prévu de donner la mort aux enfants".

Le 18 juin, la cour d'assises d'Indre-et-Loire la condamne à huit ans de prison.



Point de départ d'une série

Cette affaire des "bébés congelés" a jeté un coup de projecteur sur un phénomène jusque là ignoré du grand public et qui a marqué les Français. Le réalisateur oscarisé Jean-Xavier de Lestrade a même porté l'histoire sur les écrans. Dans le documentaire-fiction "Parcours meurtrier d'une mère ordinaire : l'affaire Courjault", diffusé sur France 3, il a reconstitué mot pour mot le procès de la mère infanticide.

Si cette affaire des "bébés congelés" a suscité autant d'intérêt c'est aussi parce qu'elle a été le point de départ d'une série de cas similaires. On peut ainsi citer l'affaire "Valérie Serres", "Virginie L."…

En 2010, on dénombre deux affaires.

Le corps d'un nouveau-né a été retrouvé dans le congélateur d'un appartement à Metz, le 6 juin. Le corps du bébé avait été découvert par un ami de la mère, venu faire le ménage dans l'appartement pendant l'hospitalisation de celle-ci pour une septicémie provoquée par son accouchement. Le nouveau-né, qui était viable à la naissance, était emballé dans un plastique. Agée de 38 ans, la femme a été mise en examen pour "homicide volontaire" sur mineur de moins de 15 ans. Selon les enqueteurs, elle ne supportait pas sa grossesse.

Le drame de l'Aude. Le 13 juin, une femme de 34 ans s'est présentée à la gendarmerie accompagnée de son père, de son mari et de son beau-père, pour dénoncer son propre crime, datant de plusieurs mois. Quelques jours plus tôt, son mari avait découvert le corps d'un nouveau-né enveloppé dans un sac en plastique dans le congélateur de la maison familiale à Lasbordes (près de Carcassonne). Selon l'examen médico-légal, le bébé de sexe masculin qui avait entre 37 et 39 semaines, était vivant à la naissance.

Mise en examen pour infanticide, la mère soutient aux enquêteurs qu'elle ignorait être enceinte. Elle explique être tombée d'une échelle et avoir alors été prises de contractions. Selon le commandant de la compagnie de gendarmerie de Castelnaudary, le capitaine Pascal Massa, elle était dans une "incompréhension totale" lors de son accouchement. Pour le procureur de Carcassonne, il n'y a pas de doute, "il y a un déni très fort de grossesse". Une notion souvent présente dans les affaires d'infanticide.



Pas de "profil type" de la mère infanticide

Interrogé par Nouvelobs.com, le psychologue clinicien Marc Ferrero explique que le déni de grossesse est le "refus inconscient de savoir qu'on est enceinte". Le psychologue ajoute que dans ces situations, "la naissance est un véritable découverte qui peut se transformer en traumatisme". Et dans certains cas, la naissance peut conduire au drame.

Mais le déni de grossesse n'est pas toujours à l'origine de ces affaires. Quelles sont alors les raisons qui peuvent pousser une femme à commettre un tel geste ?

Marc Ferrero souligne qu'il n'y a pas de "profil type" de la mère infanticide. "Toutes les mères ont, inconsciemment, des désirs meurtriers envers leur enfant. La différence c'est que certaines passent à l'acte". Le psychologue évoque aussi la pression de la société sur les mères, notamment avec la notion "d'instinct maternel", qui selon lui est une "invention". Mais s'il n'existe pas de "profil type", il y a tout de même quelques similitudes. "Très souvent, ces femmes sont dans une situation d'isolement (environnemental, social…). Elles n'ont pas la possibilité de s'exprimer, elles ne parlent pas", indique Marc Ferrero.

Véronique Courjault est une de ces femmes. Le premier jour de son procès, elle a évoqué son enfance dans une famille de huit enfants. "Je pense avoir eu un manque de communication, de démonstration affective… Je n'ai pas su trouver ma place. Je n'ai pas confiance en moi", avait-elle expliqué. L'enquêteur de personnalité ajoute qu'elle "affiche une personnalité ne montrant pas de trait extraordinaire".



Un phénomène ?

Les mères infanticides n'ont pas conscience de leurs actes. Le fait de placer un nouveau-né dans un congélateur répond à un désir inconscient de conserver le bébé auprès d'elles. Pour Marc Ferrero, c'est aussi un moyen de régler la question de la culpabilité. "Dans leur esprit, c'est un acte moins violent que de jeter son enfant dans une benne à ordure, par exemple. Et il n'y a pas de transformation du corps", explique le psychologue clinicien.

Si ces affaires sont tant connues, cela signifie-t-il qu'elles sont en augmentation ces dernières années ?

"Il n'y a pas d'augmentation du nombre d'infanticide. Il y a bien au contraire un effondrement des statistiques en la matière", insiste Marc Ferrero. Pour lui, la médiatisation, voire la surmédiatisation, de ces affaires, qui fascinent les Français autant qu'elles les horrifient, est à l'origine de ce phénomène.

Ces derniers jours, une nouvelle affaire d'infanticide, qui devrait faire beaucoup de bruit, a été révélée. Dominique Cottrez, aide-soignante de 45 ans, a été mise en examen et écrouée pour "homicides volontaires de mineurs de moins de 15 ans" après la découverte des corps de huit nouveau-nés, enterrés dans un jardin à Villers-au-Tertre (Nord)
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20100730.OBS7876/les-faits-divers-4-5-les-affaires-de-bebes-congeles-en-serie.html

lundi 2 août 2010

Jamila Belkacem, la serial-empoisonneuse

Tout commence le 26 février 1999, par un appel téléphonique angoissé d’une certaine Myriam Maillard aux pompiers de Bourg-en-Bresse, dans l’Ain: son «ami» Jacques Brunet ne répond pas au téléphone, ce qui l’inquiète. Une angoisse justifiée: arrivé à l’appartement de ce dernier, les pompiers découvrent qu’un incendie s’est déclaré, et le corps du vétérinaire calciné. Un tragique accident, selon Myriam Maillard qui affirme aux policiers que Jacques Brunet avait l’habitude de prendre des somnifères et de s’endormir avec une bougie. La justice en reste là.

Cependant, un expert en assurances indique à la veuve de Jacques Brunet, qui vivait séparée de lui, qu’il a trouvé des traces d’hydrocarbures dans l’appartement et sur le matelas où a été découvert le corps. La veuve apprend également que les comptes de son mari ont été vidés, et demande à la justice un complément d’enquête. Le corps de Jacques Brunet est alors exhumé, et l’autopsie relève que le vétérinaire a été tué avant que l’incendie ne se déclare: il n’y a pas de suie dans la trachée, son corps a été aspergé de benzène et il a absorbé un grand nombre d’anxiolytiques et d’antidépresseurs, dont un, la doxépine, à dose toxique. Le parquet ouvre une information pour assassinat.

Transferts d’argent
Dans le viseur des enquêteurs: la fameuse Myriam Maillard. Ils découvrent que ce nom est emprunté, et qu’elle s’appelle en réalité Jamila Belkacem. Elle est née en 1960 au Maroc, et a débarqué en France en 1983. L’année suivante, elle se marie avec René Maillard, rencontré par petite annonce. Ils ont quatre enfants, avant de se séparer mais sans divorcer, en 1994. Monsieur aimait trop les hommes, selon Madame. Elle voulait toucher plus d’allocations, selon le mari.

En 1995, Jamila Belkacem rencontre Jacques Brunet, vétérinaire dans l’Ain, à nouveau par petite annonce. Elle lui cache son identité, et le fait qu’elle est mariée. Deux ans plus tard, elle ouvre un compte sous sa fausse identité et commence à y transférer l’argent de son amant, sans qu’il ne se rende compte de quoi que ce soit. La preuve: en septembre 1998, il s’installe chez elle, à Villefranche-sur-Saône, dans le Rhône. Jamila Belkacem réussit à faire croire à son mari que Brunet est un «bon ami»» atteint d’une tumeur au cerveau, et à son amant que son mari est en fait son demi-frère, et qu’il s’appelle Georges.

L’amant drogué aux antidépresseurs
Cependant, une fois installé chez elle, le vétérinaire devient apathique, perd la mémoire, dort beaucoup. L’enquête révèlera que sa maîtresse fabrique de fausses ordonnances pour acheter des antidépresseurs, qu’elle pile dans sa nourriture. Dans le même temps, ses comptes se vident à vue d’œil, alors que ceux de Jamila Belkacem se remplissent. Mais, début février 1999, Jacques Brunet décide de réaliser son rêve: s’acheter un beau bateau, et faire le tour du monde avec Jamila et les quatre enfants. Le 19 février, elle se rend avec lui à Bourg-en-Bresse. Plus personne ne reverra le vétérinaire vivant.

L’a-t-elle assassiné pour qu’il ne découvre pas que quelque 500.000 francs s’étaient évaporés de son compte bancaire? C’est ce que semblent penser les enquêteurs, qui ont découvert la trace des fausses ordonnances sur un ordinateur familial. Mais Jamila Belkacem nie. «Je suis innocente», s’époumone-t-elle. En avril 2002, elle est tout de même reconnue coupable, et écope de 20 ans de réclusion criminelle. C’est une «mythomane narcissique», décrite comme manipulatrice et très persuasive. «Il est impossible, dans le discours de cette femme, de distinguer le vrai du faux», indique un psychiatre. L’aide-soignante ne supporte pas que l’on puisse remettre en cause l'image qu'elle donne d'elle-même – souvent très imaginaire - et est capable de tuer pour la préserver.

Flan au chocolat aux antidépresseurs pour le mari
En février 2003, la cour d’assises du Rhône s’apprête à la juger en appel. Mais coup de théâtre: juste après avoir tiré les jurés au sort au sort, le président reçoit une lettre de René Maillard, le mari de Jamila Belkacem: «Je vous écris pour vous dire que je ne viendrai pas au procès en tant que témoin car je suis coupable. C’est moi qui ai assassiné Jacques Brunet, le 23 février 1999 dans la soirée. Cette date me hante. Je préfère me suicider libre que derrière les barreaux.» A l’arrivée des gendarmes, l’homme est dans le coma. Il en sort au bout de quelques jours, et là, second coup de théâtre: il dit n’avoir jamais écrit au président, et nie avoir jamais tenté de se suicider.

L’enquête démontrera que Jamila Belkacem a poussé sa fille aînée à empoisonner son père avec un flan au chocolat aux antidépresseurs et à poster de faux aveux, pour qu’elle soit acquittée. Après une interruption, le procès reprend et les jurés des assises portent sa condamnation pour le meurtre de l’amant à trente ans. Le procès de la tentative d’assassinat du mari s’ouvre en janvier 2006. Jamila Belkacem est condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 22 ans. Sa fille, mineure lors de la tentative d'empoisonnement, est condamnée à une peine de prison de 5 ans, dont quatre ferme et à une obligation de soins. Leur complice, Sihame Maziz, 28 ans, est condamnée à 12 ans de prison. En novembre 2006, les trois femmes sont rejugées en appel. La cour confirme la condamnation infligée en première instance à Sihame Maziz et Jamila Belkacem, mais la fille de cette dernière voit sa peine réduite à trois ans de prison ferme.
http://www.20minutes.fr/article/587095/Retour-sur-une-affaire-criminelle-3-5-Jamila-Belkacem-la-serial-empoisonneuse.php

Les mystères de l'homme des bois

Un double assassinat, une évasion spectaculaire, une cavale dans la forêt, un suicide : l'affaire Giraud-Lherbier, a connu de nombreux rebondissements. Et suscite encore aujourd'hui de multiples interrogations. Jean-Pierre Treiber, principal suspect dans les assassinats de Géraldine Giraud, 36 ans, fille du comédien Roland Giraud, et de Katia Lherbier, 32 ans, devait être jugé en avril 2010 devant la Cour d'assises de l'Yonne. Mais le garde-chasse aux oreilles décollées n'a pas laissé à la justice le temps de décider de son sort . Il s'est pendu le 20 février dans sa cellule de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis. Avant ça, il aura joué avec les nerfs des policiers, leur échappant pendant près de deux mois et demi. Retour sur les événements
Comment Jean-Pierre Treiber est-il devenu le suspect numéro un ?

Jean-Pierre Treiber, un garde forestier de 41 ans, est arrêté le 23 novembre 2004 en Seine-et-Marne en possession des cartes bancaires des Géraldine Giraud et Kathia Lherbier, disparues depuis le 1er novembre. L'homme les a utilisées une douzaine de fois, pour un montant de près de 3.000 euros.

Le 9 décembre 2004, les corps des deux femmes sont découverts au fond d'un puisard du jardin de Jean-Pierre Treiber, à Villeneuve-sur-Yonne. Le garde forestier est mis en examen pour assassinats le 20 décembre. L'homme n'a de cesse de clamer son innocence, en dépit d'éléments accablants.

En 2005, les enquêteurs se penchent sur d'autres suspects.

La tante de Géraldine Giraud, Marie-Christine Van Kempen, qui a connu Katia Lherbier avant Géraldine, est arrêtée après la découverte de traces de chloroforme dans sa cave. Le procureur avait avancé que les deux jeunes femmes avaient trouvé la mort en inhalant du gaz toxique
Le 25 novembre 2005, Marie-Christine Van Kempen est mise en examen et écrouée pour complicité d'assassinats. Patricia Darbeau, amie de Treiber, est écrouée pour recel d'escroquerie, après l'usage des cartes bancaires des victimes.

Mais les deux femmes finissent par être libérées et bénéficient d'un non-lieu. Jean-Pierre Treiber reste donc le seul visé par la justice.




"Koh–Lanta" ou planqué au chaud ?

La cavale de Jean-Pierre Treiber a tenu l'opinion en haleine pendant plusieurs semaines, de par son caractère rocambolesque. Tout commence par l'évasion du garde-chasse. Le 8 septembre 2009, il réussit à s'enfuir de la prison d'Auxerre, où il est détenu dans l'attente de son procès, en se dissimulant dans un carton, dans l'atelier où il travaillait
Les gendarmes focalisent alors leurs recherches dans la forêt d'Othe, au nord d'Auxerre
Une découverte donne un caractère romanesque à sa fuite. Des journalistes de France 3 trouvent une lettre de Blandine, la visiteuse de prison et amie de Jean-Pierre Treiber, au pied d'un chêne gravé d'un coeur dans la forêt de Bombon.

"Elle était adressée à Treiber avec ces mots : 'à mon ange adoré, j'espère que tu m'aimes toujours autant, je suis heureuse, ils n'ont pas réussi à nous piéger, j'espère que tu vas revenir voir ce mot, cette fois-ci RDV à la barrière des morilles, jtm, 10.000 bisous, ton Hartzala'", raconte le journaliste Edouard Da Costa.

Une battue est organisée par la police le 10 octobre, dans la forêt, où les enquêteurs ont ne découvert qu'une boîte dans laquelle les deux amoureux échangeaient leur courrier.

Policiers et gendarmes se livrent alors à une traque sans précédent, à l'affût du moindre indice permettant de localiser précisément celui qu'on surnomme "l'homme des bois".

Quelques jours plus tard, le 17 octobre, dans l'édition du Figaro-Magazine, des photos du fugitif, prises, selon l'hebdomadaire, par une caméra de vidéosurveillance installée par la police dans les rues du village de Bréau en Seine-et-Marne, va énerver un peu plus les enquêteurs. Le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux en fera quasiment une affaire personnelle : "Qu'il soit seul, en forêt ou aidé de complices, Jean-Pierre Treiber sera arrêté", lance le ministre.

Sur les photos publiées par le Figaro-Magazine, on le voit marchant tranquillement, à la nuit tombante, lunettes de vue sur le nez, s'aidant d'une canne et portant un sac.

Elles ont été prises les 15 et 16 septembre, une semaine après son évasion. La police avait installé des caméras aux alentours et dans le village où le fugitif avait ses habitudes pour y avoir été garde-chasse, et où il pourrait compter sur la solidarité de proches
Durant toute la cavale, Jean-Pierre Treiber ne de cesse d'envoyer des lettres. Mi-septembre c'est l'hebdomadaire Marianne qui reçoit une missive dans laquelle il clame son innocence et promet qu'il sera présent à son procès. Le 8 octobre, Paris-Match publie trois lettres adressées le 1er octobre par Jean-Pierre Treiber à son amie Blandine. Le 21 octobre, c'est à un co-détenu qu'il envoie un courrier. Et la veille de son arrestation, le 19 novembre, le fugitif nargue encore les enquêteurs : Paris-Match publie de nouvelles lettres, dans lesquelles il raconte notamment, à son amie Blandine, son arrestation manquée par les policiers du Raid, le 10 octobre dans la forêt de Bombon, ses changements de planque, la vie qu'il mène : "Koh-Lanta, c'est du pipi de chat à côté de ce que je fais", écrit-il. Et de conclure : "Si je ne réussis pas à prouver mon innocence, au moins j'aurais essayé".

Le 20 novembre, Jean-Pierre Treiber est finalement arrêté par le Raid dans un studio de Melun. Il ne manifeste "aucune réaction" et apparaît en bonne forme physique, "comme quelqu'un qui vit chez lui tranquillement et qui n'a jamais passé plus de dix minutes dans les bois", selon le patron du Raid.

Le 7 décembre, lorsque Jean-Pierre Treiber s'explique pour la première fois depuis son arrestation face aux deux juges d'instruction d'Auxerre cosaisis de l'enquête sur son évasion de la maison d'arrêt d'Auxerre, il affirme "être resté un mois dans les bois" et "un mois dans l'appartement" où il a été arrêté


Qui l'a aidé ?
Flavien Cosson, co-détenu de Jean-Pierre Treiber, est soupçonné de l'avoir aidé à se dissimuler dans le carton dans l'atelier de la prison d'Auxerre. Il est mis en examen pour complicité d'évasion.

Quatre personnes sont en outre poursuivies pour recel de malfaiteur. Il s'agit de Michel Huys et de sa compagne, Marie-Thérèse Fournier, des amis de longue date de Treiber. Ils sont suspectés d'avoir été les premiers à héberger le fugitif au cours de sa cavale, dans leur ferme des Ecrennes, en Seine-et-Marne.

Selon François Pérain, procureur de la République d'Auxerre, "Michel Huys a accueilli Jean-Pierre Treiber à son domicile aux Ecrennes à partir du 10 octobre 23 heures. Treiber s'est présenté à lui affamé, amaigri, lui demandant du secours. Il a donc décidé d'aider son ami".

Régis Charpentier, un ami de Michel Huys, est quant à lui soupçonné d'avoir récupéré Jean-Pierre Treiber au début du mois de novembre pour l'héberger dans le studio de Melun où le fugitif a été arrêté, tandis que le quatrième complice, Christian Top, aurait ravitaillé Treiber en lui apportant du fromage et de la confiture
Le suicide de Jean-Pierre Treiber était-il prévisible ?

"J'en ai marre d'être pris pour un assassin et privé de ceux qui me sont chers. JP", tels sont les mots que Jean-Pierre Treiber a laissés, le 20 février, avant de se pendre avec un drap à un barreau de chaise dans sa cellule de Fleury-Merogis.

En décembre 2009, Jean-Pierre Treiber, interrogé par le juge sur ses deux mois et demi de cavale, avait déclaré : "c'était l'évasion ou le suicide". A ce moment, Jean-Pierre Treiber avait été placé à l'isolement total, des conditions de détention nettement durcies.

Lors de son retour en détention en novembre, après sa folle cavale, l'administration pénitentiaire ne l'avait pas jugé dépressif.

Peu après la mort de Treiber, son avocat s'est dit incapable d'expliquer son geste. "Je ne suis pas sa voix posthume, sa décision n'appartient qu'à lui. J'ignore ses motivations profondes et intimes mais je les respecte", a déclaré Me Eric Dupond-Moretti
Quelles suites judiciaires l'affaire va-t-elle connaître ?

Le suicide de Jean-Pierre Treiber a annulé son procès, qui aurait dû s'ouvrir le 19 avril devant la Cour d'assises de l'Yonne, et a mis fin à l'action publique contre lui.

En revanche, un procès en correctionnelle, dont la date n'a pas été fixée, doit se tenir prochainement à Auxerre concernant les personnes soupçonnées d'avoir aidé le garde-forestier pendant sa fuite
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20100721.OBS7469/les-faits-divers-de-l-annEe-1-5-les-mysteres-de-l-homme-des-bois.html

mardi 27 juillet 2010

Alfredo-Stranieri-le-coucou

Tout a commencé par la vente d'une Jaguar. Son propriétaire, un commerçant de la région parisienne, met une petite annonce dans «la Centrale des particuliers». Un homme se porte acquéreur, sans négocier le prix: 390.000 francs à l'époque (60.000 euros). Rendez-vous est pris le 4 janvier 1999 dans une station-service de Pondorly (Val-de-Marne). L'acheteur - un certain Frédéric Adman - n'a pas le chèque sur lui. Il propose alors à Simon Cohen de se rendre à Viry-Châtillon, où il tient une discothèque, le New Love. Son banquier les y attend, avec l'argent, promet-il.

Arrivés sur place, il n'y a pas de banquier. En attendant, Frédéric Adman propose un petit tour du propriétaire. Les deux hommes descendent au sous-sol pour visiter la discothèque. Après une vague démonstration de DJ, Simon Cohen se retrouve braqué par un 22-long rifle. «Il m'a dit "bon allez" et a commencé à me tirer dessus», raconte-t-il lors du procès en 2003. Cinq balles dans le corps, dont une dans les poumons, il parvient à s'enfuir, à escalader le portail fermé à clef et à se réfugier chez des voisins qui appellent la police. L'auteur des coups de feu crie dans la rue «c'est un voleur», avant de s'enfuir en voiture. Simon Cohen vivra. Un miracle sans lequel le parcours criminel d'Alfredo Stranieri - de son vrai nom - aurait pu durer encore longtemps.

Disparition d'un couple
Ce fait divers va en effet mettre la puce à l'oreille à Claude Girard, dont la fille a disparu depuis la fin 1997. A l'époque, Nathalie fréquentait un certain Frédéric Adman, propriétaire du New Love. Elle avait téléphoné à ses parents pour leur dire qu'ils venaient de vendre les lieux au prix fort. Depuis, plus de nouvelles. Claude Girard retourne donc voir la police, qui l'avait éconduit une première fois en 1998. Même fin de non recevoir. Le lien avec l'affaire Simon Cohen n'est pas fait.

Il faudra attendre qu'Alfredo Stranieri, né Italien le 30 juillet 1956 puis naturalisé français en 1982, commette un nouveau crime pour que le lien entre les affaires soient fait et qu'émerge petit à petit le profil du tueur aux petites annonces.

En mars 1999, dans l’Aveyron, il repère dans le journal la vente d'une auberge à Bez-de-Naussac, «La Bouriate». Sous le nom de Mario Stranieri - son frère -, il se porte acquéreur pour 4 millions de francs (plus de 609.000 euros), toujours sans négocier. Les propriétaires, Nicole Rousseau et son ami Claude Mouly, signent l'acte de vente début avril. Puis disparaissent dans la nature. C'est grâce à la persévérance de leurs enfants respectifs, très inquiets, que les policiers vont de nouveau mettre leur nez en juillet dans les affaires de Stranieri, qui s'est installé depuis dans l'auberge, l'air de rien. Ils s'aperçoivent que le «coucou» est recherché pour avoir tiré sur Simon Cohen à Viry-Châtillon. L'homme est placé en garde à vue.

Une bâche bleue
Entre temps, Claude Girard reçoit un appel d'un journaliste du Parisien, qui l'informe qu'Alfredo Stranieri vient d'être arrêté dans l'Aveyron où un couple a disparu après lui avoir vendu une auberge. Le père de Nathalie comprend alors que sa fille et son ami ont sûrement été assassinés et se souvient d'avoir vu une bâche bleue dans le jardin du New Love. Il alerte la police, qui découvre les deux corps à l'endroit indiqué. En Aveyron, l'enquête s'accélère et les deux corps de Nicole Rousseau et son ami Claude Mouly sont également retrouvés enterrés dans le jardin de la Bouriate.

Au procès, qui s'ouvre en février 2003 devant les assises de l'Essonne, Alfredo Stranieri va tenter de s'en sortir en apportant des explications fantaisistes incohérentes. En vain. Confondu par la carabine 22 long rifle, qui a également servi à tuer Nathalie Girard et Frédéric Adman, il est condamné le 28 février 2003 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans. En mars 2004, cette condamnation est confirmée par la cour d'appel de Créteil et son pourvoi en Cassation est rejeté début 2005.
http://www.20minutes.fr/article/586187/Retour-sur-une-affaire-criminelle-2-5-Alfredo-Stranieri-le-coucou.php

mercredi 21 juillet 2010

"C'est justement parce qu'il la sent naïve et crédule qu'il se sert d'elle..."

L'histoire est singulière. De dos, madame G., de petite taille, exhibe une épaisse chevelure rousse. Cette femme d'une cinquantaine d'années, salariée d'une compagnie d'assurances depuis 40 ans, élevant seule ses deux enfants et ses deux neveux orphelins, se retrouve - à son insu ? - sur le banc des accusés à la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Son compte bancaire a servi à détourner plusieurs chèques interceptés dans le circuit postal par son compagnon, qui a ensuite falsifié le nom du bénéficiaire devenu madame G. Celle-ci s'est alors retrouvée créditrice de la rondelette somme de 8.300 euros, un petit "cadeau" de son ami de 20 ans plus jeune qu'elle, en "remerciement" de tout ce qu'elle a fait pour lui. Sauf que, quelques jours plus tard, il l'a "incitée" à faire des retraits d'espèces pour acquérir divers objets. Le jeune homme s'est ensuite volatilisé sans laisser d'adresse.


- Comment, après quatre ans de relations amoureuses, croire à une telle naïveté ? s'étonne la présidente. Après toutes ces années d'intimité partagée, vous ne connaissez ni son adresse, ni sa profession, ni même la véritable identité de ce dénommé Fabrice ?

Silence. Madame G. expliquera plus tard : "Je n'ai rien vu, je ne consultais pas mes comptes et ne me suis aperçue de rien."

La présidente rappelle à la prévenue que le fait d'encaisser les sommes frauduleusement détournées est passible de cinq ans de prison. En théorie, bien sûr. Car madame G. a un casier vierge et un statut social peu compatible avec une peine privative de liberté.

D'ailleurs, la procureur reste sobre. Elle s'en tient à une peine de trois mois avec sursis, sanctionnant la complicité intellectuelle de madame G. Un argument que l'avocate va s'efforcer de retourner subtilement.

"Il faut se mettre à sa place, madame la présidente, commence-t-elle, d'un ton bienveillant. Ma cliente est divorcée, elle n'a pas la vie facile avec quatre enfants à charge. Puis elle rencontre cet homme de 30 ans, d'origine noire..."

L'avocate se déplace dans la salle, tantôt vers la gauche, s'adressant à la procureur, tantôt vers la droite, fixant une à une les magistrates composant le tribunal.

Et de poursuivre : "Il est beaucoup plus jeune qu'elle, elle n'ose pas s'afficher avec lui. Ils se voient épisodiquement, mais cela la rend heureuse. Mesdames du tribunal, ma cliente ne se pose pas de question. Elle fréquente Fabrice et pas monsieur X, usurpateur d'identité et délinquant à ses heures. Et ce Fabrice se montre attentif et délicat. C'est tout ce qui compte pour elle. Elle ne se pose aucune question à son sujet. Et pourquoi, d'ailleurs, s'en poser ? Qui s'en poserait ? Fabrice ne lui demande rien. D'ailleurs, elle n'a pas grand-chose à lui donner... "

Après une parenthèse de silence, laissant aux magistrates le temps de peser la valeur de ces explications, l'avocate poursuit. "Et lorsqu'il dépose cet argent sur son compte, il lui dit : Je vais t'aider. Cela n'éveille aucun soupçon de sa part. Après tout, il lui doit beaucoup, elle l'héberge parfois, lui offre des cadeaux et paie son abonnement de téléphone. Il n'y a rien de très étrange dans le fait qu'il dépose de l'argent sur son compte. Et puis, lorsqu'il lui demandera de retirer des espèces, elle les lui donnera. Après tout, ce n'est pas son argent ! Qu'y a-t-il d'anormal dans tous ces gestes et attitudes d'une femme amoureuse ?

La présidente observe la prévenue, l'air presque compatissant.

"Madame la présidente, ajoute l'avocate, c'est justement parce qu'il la sent naïve et crédule qu'il se sert d'elle pour masquer sa fraude. Il savait très bien qu'elle n'allait pas contrôler l'origine des chèques !"

Conclusion sans faille au terme d'une démonstration sans fissure.

"Faute d'avoir été animée d'une quelconque intention frauduleuse, ma cliente n'est pas coupable de l'infraction qui lui est reprochée", tranche l'avocate d'une voix grave.

S'adressant à madame G. :

- "Avez-vous quelque chose à ajouter, demande la présidente.

- Oui, dire que je suis sincère et que je l'ai toujours été."

Sincérité récompensée ou marque d'indulgence féminine ? Madame G. sera relaxée.
http://www.lepoint.fr/chroniques-ete-carnets-justice/c-est-justement-parce-qu-il-la-sent-naive-et-credule-qu-il-se-sert-d-elle-20-07-2010-1216502_195.php

mardi 20 juillet 2010

«Les frères siamois de l'horreur»

L'histoire aurait pu inspirer Henning Mankell, auteur de polar suédois*. Elle se passe dans le nord de la France, en février 1997. Dans la nuit du 11 au 12, plus précisément. C'est soir de carnaval au Portel, dans la banlieue de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) et malgré la pluie, Isabelle, Audrey, Peggy et Amélie sont de sortie. Les deux premières sont soeurs, leurs deux amies également. Toutes sont âgées entre 17 et 20 ans. Elles ont revêtu leur costume de carnaval: une colombine, une marquise, une indienne et un mousquetaire.

Après l'incendie de Monsieur Carnaval, les jeunes filles prennent la route d'Equihen-Plage, où la fête doit se poursuivre jusqu'à 7h. Elles sont aperçues pour la dernière fois vers 1h. Entre temps, tout bascule dans l'horreur. Il faudra une dizaine de jours à la police pour s'en rendre compte. Celle-ci croit tout d'abord à une fugue. Les recherches sont menées par Gérald Lesigne, procureur de la République de Boulogne-sur-Mer, celui de l'affaire d'Outreau. Petit à petit, les témoignages évoquent les étranges allées et venues d'une camionnette blanche ce soir là. Une piste qui mène rapidement aux frères Jourdain, deux ferrailleurs originaire de Dannes, un petit village près de la côte.

Violées et battues
Le 21 février, Jean-Louis, l'aîné alors âgé de 37 ans, craque et conduit les policiers là où les quatre corps ont été enterrés «tête-bêche», dans une fosse de sable de la plage Sainte-Cécile, à Camiers. L'autopsie révèle que trois d'entre elles ont été violées et que toutes ont été sévèrement battues à coups de poing avant d'être étranglées. L'une d'elle aurait même été enterrée vivante.

C'est l'effondrement général. D'autant que les deux frères étaient connus pour des faits de violence, l'un ayant été condamné pour attentats à la pudeur et viol [Jean-Louis], l'autre pour meurtre par strangulation sur sa petite amie [Jean-Michel]. Le débat sur la récidive refait déjà surface.

Mère incestueuse et père alcoolique
Les deux hommes, au physique de catcheur et à la mine patibulaire, ont vécu «dans une bicoque de bric et de broc, au milieu des animaux et des détritus», écrit Libération en 2000, année du procès. Issus du deuxième mariage de Jeanne, mère de neuf enfants placés en foyers, et de Louis, rencontré alors qu'il séjournait à la Chartreuse, un établissement psychiatrique. Les deux fils ainsi que leur troisième frère Jean-Luc grandissent entre un père alcoolique et une mère incestueuse dans un climat de violences permanentes.

Ni les auditions des «monstres du boulonnais», ni leur procès devant le tribunal de Saint-Omer n'auront permis de savoir exactement ce qui s'est passé cette nuit-là. Jean-Louis, le grand frère «benêt» et plus bavard raconte qu'ils ont pris en stop les quatre jeunes filles dans leur fourgonnette. Ils les auraient alors emmenées à la plage Sainte-Cécile. Jean-Michel, le cadet, aurait pris les choses en main, violant et tuant chacune d'entre elles, dans un blockhaus, sur la dune ou dans la camionnette, selon les versions. La dernière aurait été contrainte de regarder ses amies et sa soeur morte avant d'être étranglée puis jetée dans la fosse. Selon l'Humanité, Jean-Louis dit n'avoir tué personne, «juste» introduit un doigt dans le sexe de la dernière victime.

Jean-Michel, lui, présenté comme le chef de bande, est resté beaucoup plus mutique, s'en tenant à une version: il aurait quitté son aîné et les quatre filles au blockhaus restant plus d'une heure pour «regarder la mer». Les deux hommes, rebaptisés «les frères siamois de l'horreur» par l'avocat général ont été condamnés en octobre 2000 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de peines de sûreté de vingt-deux et vingt ans de prison. Leurs peines ont été confirmées en appel deux ans plus tard.

* Auteur des Morts de la Saint-Jean, en éditions de Poche
http://www.20minutes.fr/article/585637/Retour-sur-une-affaire-criminelle-1-5-Les-freres-siamois-de-l-horreur.php

mardi 13 juillet 2010

"J'vous jure, Madame, j'ai pas brûlé de voiture !"

En cet après-midi ensoleillé du mois de juillet, Monsieur B. nourrit d'autres rêves que celui de passer l'épreuve de vérité devant un tribunal hostile. D'autant plus qu'il nie être l'auteur de l'incendie de voiture qui lui est reproché, infraction passible de 10 ans de prison et de 15.000 euros d'amende. Cet homme d'une trentaine d'années a été arrêté, ivre, un briquet dans la poche, à proximité d'une voiture en feu. Reconnu le lendemain par deux témoins lors d'un tapissage (identification d'un suspect par des témoins protégés par une glace sans tain), il dément l'accusation.




Tandis que la présidente de la 23e chambre du Tribunal correctionnel de Paris relate les circonstances dans lesquelles les flammes se sont propagées, manquant d'embrasser l'immeuble voisin, l'avocate du prévenu lui souffle quelques mots à l'oreille.





- Comment expliquez-vous que les deux témoins vous aient formellement reconnu ? demande la présidente.

- J'vous jure Madame la présidente ! C'est pas moi, j'vous jure !

- Comment expliquez-vous alors que lorsque les policiers vous ont interpellé, vous aviez un briquet avec vous ?

- Madame la présidente, j'ai pas brûlé de voiture, j'ai toujours un briquet sur moi, j'vous jure...

Au-dessus des trois femmes du tribunal, une autre femme, le regard détaché, tenant à la main une balance en équilibre, veille sur l'audience. Cette fresque symbolise Thémis, déesse de la justice, gardienne du Temple intemporel de l'Equité.

- Vous avez pourtant refusé de souffler dans l'éthylomètre, poursuit la présidente.

Pas de réponse.

La présidente lit des extraits du portrait psychologique du prévenu, benjamin d'une fratrie de 10 enfants, père de deux enfants dont un n'a jamais été reconnu : "aucune pathologie névrotique ni psychiatrique. État anxio-dépressif modéré. Fragile".

Impatiente et agacée, l'avocate de la défense se balance d'un pied sur l'autre tout en tournant les pages de son dossier.

Le casier judiciaire de Monsieur B. ne plaide pas en sa faveur. Y figurent plusieurs séjours en prison pour vol, viol en réunion et agressions diverses.

L'homme s'accroche à chaque parole de la magistrate, attentif et nerveux.

Un orage se prépare, le ciel s'assombrit et une bouffée d'air balaye la salle.

L'avocat des copropriétaires de l'immeuble endommagé par les flammes se lève et se contente de demander 8.000 euros de dommages et intérêts.

- La compagnie d'assurance de l'immeuble couvre-t-elle le sinistre, Maître ?

- Je ne saurais vous répondre Madame la présidente...

Silence.

Au terme d'un réquisitoire sévère n'épargnant aucun détail sur les intentions malveillantes de l'incendiaire présumé, la représentante du parquet demande 18 mois d'emprisonnement. Une fermeté voulue par la politique pénale rigoureuse édictée par le garde des Sceaux à l'égard de ce type d'infraction, dont les auteurs sont systématiquement déférés au parquet.

La défense a la partie dure. L'avocate s'engouffre dans la brèche du doute tout en attaquant.

- Les officiers de police procèdent à un tapissage avec deux témoins le lendemain des faits et pas dans les minutes qui suivent ? Ce n'est pas sérieux, Madame la Présidente ! Comment voulez-vous qu'ils se souviennent précisément de la façon dont Monsieur B. était habillé ? Ils étaient en étage élevé, d'où l'on ne peut distinguer ni la couleur d'une chemise ni la forme d'un pantalon ! A cette époque de l'année, 90 % des hommes portent un bermuda gris et une chemise beige ! Et ce n'est pas parce qu'on a un briquet à la main que l'on vient de mettre le feu à une voiture !

Après quelques secondes de silence, l'avocate reprend sur un ton calme et désabusé, prenant à partie le tribunal : "Mesdames du tribunal, réfléchissons, pourquoi mon client, qui travaille dans une société de nettoyage et qui n'a aucune raison de s'en prendre à la terre entière, se rendrait-il coupable d'une infraction aussi gratuite et misérable ?..."

Le tonnerre étouffe la fin de la plaidoirie tendant à la relaxe.

Partie perdue. Monsieur B., finalement condamné à un an de prison ferme, rejoindra sa cellule à l'issue de l'audience.
http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/laurence-neuer/j-vous-jure-madame-j-ai-pas-brule-de-voiture-13-07-2010-1214156_56.php

mercredi 7 juillet 2010

Manuel Noriega condamné à sept ans de prison

L'ancien dictateur de Panama était jugé pour blanchiment d'argent...
L'ancien dictateur du Panama, Manuel Noriega, a été condamné ce mercredi par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de sept ans de prison pour blanchiment d'argent de la drogue. Le tribunal a également ordonné la saisie des 2,3 millions d'euros bloqués sur les comptes français de Manuel Noriega.Le parquet avait requis contre l'ancien homme fort du Panama la peine maximale de 10 ans de prison et la saisie de ces sommes.

Le tribunal correctionnel de Paris avait déjà condamné par défaut l'ex-dictateur du Panama et son épouse à dix ans de prison pour la même affaire, jugée le 1er juillet 1999 par la 11e chambre. «Il faut retenir l'image d'une organisation parfaitement structurée aux mains d'un homme et dans l'intérêt d'un homme, Manuel Noriega» avait dit le procureur Michel Maes lors de ses réquisitions.

Le général Noriega avait été extradé le 26 avril des Etats-Unis après 20 ans passés dans une prison de Miami
http://www.20minutes.fr/article/584059/Manuel-Noriega-condamne-a-sept-ans-de-prison.php

lundi 5 juillet 2010

Noriega fixé sur son sort mercredi

Le tribunal correctionnel de Paris rendra mercredi à 13h30 son jugement dans le procès de l'ancien homme fort du Panama Manuel Noriega, 76 ans, soupçonné d'avoir blanchi dans les années 80 en France quelque 2,3 millions d'euros issus du trafic de cocaïne. La peine maximale de dix ans de prison a été requise à son encontre par le ministère public à l'issue du procès, qui s'est tenu du 28 au 30 juin.

"Il faut retenir l'image d'une organisation parfaitement structurée aux mains d'un homme et dans l'intérêt d'un homme, Manuel Noriega", avait alors déclaré le procureur, Michel Maes. "Ce système a été conçu pour blanchir l'argent de la drogue pour le profit de M. Noriega", avait-il ajouté, excluant qu'il bénéficie de l'immunité de chef d'Etat, réclamée par la défense. L'accusation a également demandé la confiscation des fonds placés sur ses comptes français, soit environ 2,3 millions d'euros.

Le tribunal correctionnel de Paris s'était déjà penché sur cette affaire le 1er juillet 1999, condamnant par défaut l'ex-dictateur du Panama et son épouse à dix ans de prison ferme. Après 20 ans passés dans une prison de Miami, il a été extradé le 26 avril des Etats-Unis vers la France. Pour l'accusation, le rôle de Manuel Noriega a été "simple et clair: il s'agissait d'apporter sa protection au transport régulier de la drogue et au transfert d'argent" provenant d'un "trafic intimement lié au cartel de Medellin". Les fonds engrangés au Panama par ce trafic transitaient, selon l'accusation, par des comptes en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Suisse pour finir en France, notamment sur des comptes du CIC, de la Bank of Credit and Commerce International (BCCI) et Paribas.

L'ex-dictateur a affirmé durant son procès être victime d'un "montage bancaire et financier imaginaire" orchestré par les Etats-Unis. Selon lui, les fonds placés en France ne provenaient pas de la drogue mais de diverses entreprises dont il était actionnaire majoritaire, d'héritage familial ou de revenus versés par la CIA, qui l'avait recruté comme agent double dans les années 70. Sa défense a vivement dénoncé les réquisitions. "On ne veut pas du retour du général Noriega à Panama, c'est la seule explication", s'était emporté Me Yves Leberquier, l'un de ses avocats. Selon lui, les accusations de trafic de cocaïne sont le "prétexte" pour s'être débarrassé du dictateur parce qu'il s'était opposé aux Etats-Unis sur la question du Nicaragua et du canal de Panama.

Relevant "l'absence de preuve montrant que les fonds proviennent de stupéfiants", Me Olivier Metzner, autre avocat de Manuel Noriega, avait appelé le tribunal à se pencher sur "les dessous qu'(il) ne voit pas dans le dossier". L'avocat du Panama, Me Yves Baudelot, a quant à lui déploré qu'aux yeux de l'opinion internationale, cette république ait été, à cause de Noriega, assimilée au "pays du trafic de drogue". Pour réparer ce préjudice moral, il a réclamé 16 millions d'euros, plus 11 millions d'euros de préjudice matériel. En 1999, la justice ne lui avait octroyé qu'un franc symbolique.
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/07/05/97001-20100705FILWWW00325-noriega-fixe-sur-son-sort-mercredi.php

dimanche 4 juillet 2010

Procès de Villiers-le-Bel : condamnations à des peines de 3 à 15 ans

La cour d'assises de Pontoise a condamné à des peines allant de 3 à 15 ans de prison, dans la nuit de samedi à dimanche, les quatre jeunes accusés d'avoir tiré sur des policiers lors des émeutes de Villiers-le-Bel (Val-d'Oise) en 2007 et un complice qui leur a fourni une arme. La cour d'assises n'a pas suivi les demandes du ministère public qui avait requis des peines plus lourdes allant de 7 à 20 ans. Elle a condamné trois des quatre accusés de tirs sur des policiers et n'a retenu pour le quatrième, Mara Kanté, 23 ans, que la détention d'arme. Ce dernier, contre qui 15 ans avaient été requis, n'écope que de trois ans. Abderhamane Kamara, 29 ans et son demi-frère Adama Kamara, 29 ans, contre qui l'avocat général avait requis 20 ans de prison, ont été condamnés respectivement à 15 et 12 ans de prison. Ils avaient été désignés comme les "leaders" avec "des antécédents de violence" par l'un des deux avocats généraux, Étienne le Saux. Lire la suite l'article
Ibrahima Sow, 26 ans, contre qui le parquet avait aussi requis 15 ans, a été condamné à 9 ans. Les jurés n'ont pas condamné Mara Kanté pour avoir tiré sur des policiers, mais pour détention d'arme. Samuel Lambalamba, qui était jugé pour complicité pour avoir fourni une arme aux tireurs, a été condamné à 3 ans. Il comparaissait libre, un mandat de dépôt lui a été notifié. Sa peine est confondue avec une condamnation antérieure de un an pour caillassage durant les émeutes. Les avocats de la défense ont dix jours pour faire appel. Le verdict a été accueilli par les pleurs des familles présentes dans la salle. Visiblement troublés par ce verdict, les avocats de la défense ont toutefois dénoncé des peines "très lourdes". "C'est dur d'avoir une peine aussi sévère pour un dossier qui reste aussi vide", a d... lire la suite de l'article sur Lepoint.fr
http://www.lepoint.fr/societe/proces-de-villiers-le-bel-condamnations-a-des-peines-de-3-a-15-ans-04-07-2010-1210812_23.php

jeudi 1 juillet 2010

Villiers-le-Bel : le procès de la peur

Au 9e jour du procès, deux témoins ayant désigné les frères Kamara comme auteurs des tirs sont venus s’expliquer
Lui, c’est Bozhor. Petit, trapu, costaud, il s’avance à la barre, sans hésiter, les mains croisées derrière son dos. " Enlevez-lui les menottes ", demande la présidente. " Madame, pendant ma garde à vue, les policiers m’ont mis la pression en me demandant de choisir entre mes enfants et mes potes. Alors au bout de 48 heures, j’ai craqué, j’ai dit oui à tout et signé sans regarder." La présidente Sabine Foulon : "Est-ce qu’il y a une loi dans la cité qui dit qu’on ne doit pas parler ? – Je vais pas vous mentir, tout le monde sait que ca existe, c’est la loi du ghetto ." Elle : "Vous avez déménagé après votre garde à vue. Vous aviez peur ? – Pas du tout, je n’ai pas peur. Je n’aime pas Abou, c’est vrai, mais j’estime Adama et je ne crois pas qu’ils sont des chefs comme tout le monde le dit ." Un avocat des parties civiles se lève : " Est-il vrai que vous avez été agressé après votre garde à vue ? – C’est vrai, j’ai reçu un coup de couteau et on m’a frappé, mais pour des raisons que j’ignore." Arrive ensuite Christopher Bénard, entouré de deux policiers. Polo rose, jean moulant gris, Christopher s’exprime à toute vitesse, et ponctue toutes ses phrases d’un : "Oui, madame Foulon ". La présidente lui lit sa déposition, dans laquelle il affirme avoir croisé les accusés en prison et les avoir entendus se vanter d’avoir tiré sur la police pendant les émeutes. " Accusés, levez-vous, ordonne-t-elle. Lesquelles de ces quatre personnes reconnaissez-vous ? ", demande-t-elle à Christopher. Il désigne Adama et Maka. L’avocat des parties civiles : "Vous avez l’air blême. Vous êtes malade ? ----- Oui, je suis malade. – Malade de peur ? - Entre autres… Je fais des attaques de panique : ma grand-mère reçoit des menaces de mort, ma copine a eu sa porte fracturée... – Si vous avez peur, pourquoi vous vous exprimez dans la presse ? –J’espérais que cela me permettrait d’obtenir une protection policière, que je n’ai pas eue. Si j’avais su, jamais j’aurais témoigné. J’ai rien gagné, à part devoir me cacher toute ma vie et déménager. J’ai rien gagné à part la vérité ." Cette fois, c’est l’accusé Adama Kamara qui se lève : "J’en ai assez d’entendre ces bêtises. Je suis père de famille, j’ai trois enfants que je ne vois pas grandir depuis que je suis en prison. Messieurs les jurés, je sais plus comment m’exprimer devant vous, quoi que je fasse, j’aurais tort, je sais plus comment vous prendre. Vous me faites peur, j’ai peur ." Sa voix se brise.
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20100701.OBS6463/villiers-le-bel-le-proces-de-la-peur.html